Françafrique. Ça n’en finira donc jamais ?
Après les indépendances africaines, l’ingérence
et l’intervention militaire françaises dans son ancien pré carré, la
Françafrique, n’ont jamais cessé. Depuis 2011, Sarkozy puis Hollande n’ont pas
« démérité » en la matière ! Sans consulter le Parlement, ils
ont décidé de mener des opérations extérieures dans la région sahélo-saharienne
notamment et d’y renforcer la présence des bases militaires. Certes, la
Constitution de la 5ème République autorise l’Elysée à décider,
seul, des interventions à l’extérieur, la seule obligation du Président consistant
à informer le Parlement dans les 3 jours et à le consulter si l’opération se
prolonge au-delà de 4 mois. Cela n’est pas nouveau dans « notre »
monarchie républicaine. Ainsi nous finançons par notre impôt des guerres dont
nous ne voulons pas. Dans un rapport(1), Survie
relate le processus des interventions militaires françaises « en
cascade », l’une entraînant l’autre, dans la région africaine incluant :
Libye, Tchad, République Centrafricaine, Niger, Mali, Burkina Faso, Côte
d’Ivoire et Mauritanie.
L’armée française est très présente en Afrique sahelo-saharienne
Dans les années 1960, à l’heure de la
décolonisation, la France veut préserver ses intérêts économiques (pétrole,
uranium, bois…) ; elle signe avec plusieurs Etats africains des accords de
coopération militaire ou de défense ou encore d’assistance, dans une certaine
opacité comme l’affirme Pierre Joxe, ancien ministre de la Défense « Personnellement, je n’ai jamais réussi à
obtenir la totalité des accords et leurs clauses secrètes, (…) tellement
secrètes que je ne sais même pas qui les connaît ». Ils énoncent la
garantie de protection de l’armée française contre un agresseur extérieur,
l’aide à la répression des mouvements de rébellion, le rétablissement d’une
situation interne « périlleuse » avec exfiltration du chef de l’Etat
en cas de besoin. Des accords ont été signés avec au moins onze pays dont
la Centrafrique (1960), le Gabon (1960), la Côte d’Ivoire (1961), le Togo
(1963), le Cameroun (1974). Il s’agit, en pleine guerre froide, de maintenir
les pays africains dans la sphère d’influence occidentale tout en n’y regardant
pas de trop prêt sur les agissements de certains dictateurs notoires (Tchad ou Cameroun
par ex.).
A partir des années 1990, les
nostalgiques de la colonisation élaborent une « nouvelle doctrine »
destinée à conforter la légitimité de la présence française militaire en
Afrique et, surtout, à en partager les coûts. Les interventions militaires sont
placées sous mandat de l’ONU, quelquefois arraché au forceps ou a posteriori. C’est
pourquoi la France tient à sa place prépondérante au Conseil de Sécurité de
l’ONU et à sa responsabilité du Département
des Opérations de Maintien de la Paix(DPKO) qu’elle détient depuis 1997,
aujourd’hui assumée par le diplomate Jean-Pierre Lacroix.
Depuis 2011, la France justifie ses
interventions en Afrique par la lutte contre le terrorisme (opérations Serval
et Barkhane) ; elle s’autorise ainsi à maintenir des forces importantes en
hommes et en moyens techniques modernes ; pas question d’abandonner sa
politique d’ingérence, de maintien de ses bases militaires ou encore des
opérations extérieures, les OPEX.
En coulisses, les présidents
successifs continuent de pratiquer tractations et interventions militaires
officieuses, sous-traitées à des mercenaires (à l’image des Bob Denard et Paul
Barril) ou encore des opérations secrètes ou clandestines menées par le service
Action de la DGSE. Ils ne se privent pas d’installer ou de destituer les chefs
d’Etats en fonction des intérêts français. La « grande muette » se
charge d’entretenir l’opacité et le secret.
Toutefois, la présence militaire
française a changé. Le contingent d’hommes a fortement diminué depuis les années
1960 au bénéfice des forces spéciales. Le Drian l’affirme : « il s’est agi de diminuer les
effectifs en augmentant notre présence ». L’ensemble représente
environ 10 000 militaires français. La France dispose de 4 bases permanentes dans la zone Sahel/Sahara.
Les deux plus importantes sont Djibouti (1 700 hommes) pour le contrôle de
la mer Rouge et la Côte d’Ivoire (600 hommes) pour les opérations ouest-africaines ;
les deux autres sont la base maritime au Sénégal et la plateforme aérienne du
Gabon. Ce dispositif est renforcé par une base à la Réunion et une à Mayotte.
S’y ajoutent les opérations
extérieures (OPEX), ponctuelles. Elles deviennent parfois permanentes, comme
l’opération Corymbe dans le Golfe de Guinée (1990) ou l’opération Epervier au
Tchad (1986), intégrées depuis juillet 2013 dans l’opération Barkhane, entérinant
la présence de 1 000 hommes au Tchad et 1 700 au Mali. Les forces
spéciales se sont multipliées pour quadriller
la zone sahélo-saharienne : le Niger, par ex. abrite une base de renseignement
aérien munie de drones français.
Le Commandement des Opérations
Spéciales (COS) complète ce dispositif : réservoir de 3 000 hommes
choisis parmi les troupes d’élites, dotées d’équipements ultra-modernes,
dépendant directement de l’Elysée, il est capable d’interventions sur toute la
planète.
2011.
Sarkozy montre ses muscles
En
Libye.
Le printemps arabe commence le 10 mars 2011 contre le dictateur Kadhafi. La
France est le 1er pays à reconnaître le Conseil National de
Transition(CNT). Elle veut destituer Kadhafi. Pourquoi ? Pour l’histoire
officielle, la France a empêché un bain de sang que l’armée de Kadhafi
projetait contre les rebelles à Benghazi, Fillon, 1er ministre et
les médias mettront en scène l’urgence absolue d’intervention pour sauver des
vies. Simultanément, le puissant lobbying, de la France notamment, auprès du
conseil de sécurité de l’ONU aboutit à la résolution 1973 autorisant
l’intervention le 17 mars 2011 : Opération
Harmattan déclenchée le 19 mars. C’est une imposture : l’urgence de la
situation a été largement surévaluée, l’offensive des forces loyalistes était
de bien moindre ampleur qu’annoncée. Alors que le Sommet de l’Elysée n’était
pas terminé, le général Desclaux (en charge des opérations aériennes) recevait
un appel de l’Elysée l’avertissant de l’importance cruciale d’une frappe en ce
jour : « Si vous ne voyez rien,
lui a-t-il été dit, envisagez d’utiliser
vos bombes pour détruire un carrefour stratégique vers Benghazi ! ».
Pourquoi tant d’empressement de
Sarkozy ? La France veut une plus grande part du pétrole libyen : un
accord secret a été signé avec le CNT pour lui attribuer 35% du total du
pétrole brut, en échange du soutien total et permanent au CNT. Il s’agit aussi
de ne pas laisser Kadhafi supplanter la France en Afrique francophone. D’aucuns
prétendent enfin que les autorités libyennes demandaient à Sarkozy de rendre
l’argent versé par Tripoli pour financer sa campagne présidentielle de 2007 (50
millions€) ; la justice française saura-t-elle aller au terme de ses
investigations ? Fillon l’a reconnu « nous sommes allés bien au-delà de la résolution de l’ONU » ainsi
que l’amiral Rogel : « Du début
à la fin (...) notre souci a été de mettre fin à ce régime ». La
France a soutenu les rebelles par un appui militaire et par la livraison d’armes.
Sept mois de combats, des forces navales et aériennes énormes, 4 200
soldats mobilisés, sans prendre la peine d’évaluer le nombre de morts libyennes,
la seule personne qu’il fallait abattre l’a été : Mouammar Kadhafi le 20
octobre 2011 à Syrte.
Les puissances occidentales, emmenées
par la France, ont prouvé qu’elles pouvaient destituer un président. Mais qui
se soucie des conséquences dramatiques pour le pays qui a sombré dans le chaos
et des répercussions profondes en Afrique, notamment au Mali et au Niger ?
En
Côte d’Ivoire (2011),
même procédé, en solitaire cette fois, pour défaire Gbagbo et soutenir
Ouattara. Depuis 2002, la Côte d’Ivoire est coupée en deux suite à
l’interposition des troupes françaises entre l’armée ivoirienne et une
rébellion. En 2010, sur fond de crise non résolue, un processus électoral est
mis en place : Gbagbo, président sortant conteste la victoire de son opposant
Ouattara. La France soutient Ouattara et se lance dans une offensive
diplomatique, médiatique, économique et militaire pour obliger Gbagbo à quitter
le pouvoir. Elle fera tout pour asphyxier le régime : par le franc CFA (monnaie
utilisée, notamment, par la Côte d’Ivoire), relié à la Banque de France et au
ministère de l’économie via la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest,
la France fait pression sur 7 ministres qui ne reconnaissent que les représentants
d’Ouattara. Parallèlement, l’UE instaure un embargo contre des acteurs
économiques importants, notamment le pétrolier Petroci, contre les ports
autonomes qui exportent le cacao et, de fait, interdit aux compagnies
européennes les deux portes principales des marchandises. La DGSE, de son côté,
s’empare de la communication et installe une antenne satellite dans un hôtel
pour relayer la TV et la radio créées pour l’occasion.
Le 19 mars 2011, les Forces
républicaines de Côte d’Ivoire(FRCI), tenant le nord du pays, alliées à
Ouattara, se lancent à la conquête du Sud. La France fait le forcing au Conseil
de sécurité de l’ONU, mettant en avant un risque de guerre civile. La
résolution du 30 mars donne à l’ONUCI (les casques bleus) le pouvoir « d’utiliser tous les moyens… pour protéger
les civils ». Les forces françaises Licorne outrepasseront largement le mandat de la France (en prenant
possession de l’aéroport et du port d’Abidjan ou en bombardant la radio TV
ivoirienne par ex.). Selon le témoignage d’un officier français, en deux nuits,
elles auraient tiré plus de missiles antichars HOT que pendant toute la guerre
du golfe (2). Les blindés français vont aider les forces FRCI pour
parvenir, le 11 avril 2011, aux portes du palais présidentiel à Abidjan et
chasser Gbagbo.
Au
Sahel, début
2000, de manière totalement secrète, le secrétariat général français de la
défense et de la sécurité nationale met en place le plan Stratégie Sahel et déploie des forces spéciales dans la région, opération Sabre, pour « aider les Etats sahéliens à exercer leur
souveraineté en vue d’assurer la stabilité et la prospérité des sociétés … ».
Des groupes spéciaux d’intervention sont créés en Mauritanie, puis au Mali sous
couvert de fournir de la formation aux forces locales. En 2008/2009, les prises d’otages par AQMI
augmentant, l’armée française installe une base permanente au Burkina Faso.
Cette présence militaire ne sera révélée qu’en 2011 lorsque la France envoie ses
forces spéciales stopper le convoyage par leurs ravisseurs de deux coopérants,
du Niger au Mali. Ces 2 otages seront tués dans l’opération.
En un an, Sarkozy a mobilisé l’armée
pour chasser du pouvoir deux régimes africains emblématiques. Le dispositif
militaire opérationnel quadrillant la région ne sera pas remis en cause par
Hollande arrivant au pouvoir en 2012 mais le fait passer à un cran supérieur pour
lutter contre le terrorisme.
Hollande, aussi, « montre ses muscles » !
Au Mali. La révolte libyenne et l’intervention de l’OTAN ont eu de
profondes répercussions dans la région. Les combattants Touaregs servant
l’armée libyenne sont repartis pour une part au Mali avec leurs pickups et leurs
armes.
En janvier 2012, le MNLA (Mouvement (touareg)
national pour la libération de l’Azawad) se lance à l’assaut de Menaka (est).
C’est le début d’un vaste mouvement de conquêtes par d’autres groupes
armés : AQMI, Ansar Dine, MUJAO se réclamant de l’islam. Côté armée
malienne, c’est la débandade. Le régime corrompu d’Amadou Touré s’effondre en
mars suite aux manifestations de Bamako et au coup d’Etat militaire. Au Nord,
les groupes armés prennent Gao et Tombouctou et remplacent l’Etat par la loi islamique.
Le MNLA est évincé. Le pays s’enfonce dans la crise. Octobre 2012. Hollande annonce
que la France ne compte pas intervenir directement, mais dans les faits,
l’intervention militaire est déjà actée. Ne manque que le prétexte pour intervenir.
Janvier 2013, des pickups descendant du nord arrivent jusqu’à Mopti, seul
aéroport encore aux mains de l’armée malienne. La France tient son argument
pour convaincre l’opinion. On ressort la menace et on la surestime. Le
président de transition malien demande de l’aide : l’opération Serval est déclenchée en janvier 2013. Et tant pis pour
l’ONU ! Il y a urgence, il faut arrêter l’avancée des terroristes sur
Bamako, préserver l’existence de l’Etat malien. L’offensive terrestre militaire
est lancée : 6 500 militaires mobilisés. L’offensive médiatique tourne
à plein régime, l’opinion publique est chauffée : il faut faire la guerre au
terrorisme. La France signe un accord avec le Mali le 8 mars 2013 et obtient une
totale indépendance d’action sur un territoire étranger. Sa stratégie se
révèlera des plus troubles. Censée aider le Mali à recouvrer son intégralité
territoriale et à reconquérir le Nord, l’armée va s’allier avec le MNLA, ceux
qui sont à l’origine du conflit. Elle le remet en selle dans Kidal reconquise,
là où les forces maliennes seront persona non grata. Quant aux vraies raisons
d’intervention de la France, il faut peut-être les chercher dans les ressources
du Mali : or, pétrole et gaz ou encore mines d’uranium du Niger, à la
frontière avec le Mali. Serval n’est pas une opération coup de poing visant à
libérer le nord Mali mais un premier pas vers une implantation durable dans la
sous-région.
Au
Sahel.
L’opération Serval est remplacée par l’opération Barkhane en août 2014, et couvre
Mali, Niger, Tchad, Mauritanie, Burkina Faso. 3 000 hommes dont le centre
de commandement est à N’Djamena au Tchad. Elle entérine une présence militaire
permanente au Niger, pays stratégiquement important pour surveiller hommes et
marchandises entre l’Atlantique et la Libye. Quels objectifs vise cette
opération ? Officiellement : se donner les moyens d’agir contre le
terrorisme. Par l’extension de la logique de guerre à tous les pays de la
région ? Qui n’a fait l’objet d’aucun débat ni vote au Parlement ! Qui
s’appuie sur des régimes dictatoriaux ! Au Tchad, le despote Idriss Déby
est relégitimé, idem au Niger pour Issoufou.
Le bilan est accablant : ces soutiens à des régimes autoritaires et
corrompus sont le terreau des violences futures. Depuis le lancement de Barkhane,
les combats et attaques n’ont pas cessé. La Minusma, pour la stabilisation au Mali,
subit attaque sur attaque. Des dizaines de tués, 18 morts français depuis
Serval, des violences débordant au Niger et au Burkina Faso. Ni l’armée malienne,
ni l’ONU, ni les soldats de Barkhane ne réussissent à stopper ces agissements
alors que l’opération pèse en centaines de millions d’euros au budget français.
Pour quelle utilité ? La présence militaire française rencontre une
hostilité croissante dans de très larges pans de la population nigérienne ;
au nom de la guerre contre le terrorisme, la France se donne le droit
d’intervenir quand et où elle veut, remettant en cause la souveraineté des
pays qu’elle occupe.
En
République Centrafricaine, décembre 2012, la Séléka, rébellion au nord-est
du pays, mène une offensive vers le sud. Le 22 mars 2013, elle renverse Bozizé.
Michel Djotodia prend le pouvoir. Des exactions menées par la Séléka naissent
les anti-Balaka (autodéfense des villageois) auxquels se joignent des militaires
de l’ancien régime. Ce conflit sera assimilé à une guerre de religion des anti-Balaka
(chrétiens) face aux Séléka (musulmans). La France crie au risque de génocide
et obtient de l’ONU une résolution d’intervention. Opération Sangaris le 5
décembre 2013. Dans ce conflit, la
France a une position très ambigüe : les Séléka bénéficient d’une certaine
bienveillance des autorités françaises, qui ont été informées dès décembre 2012
par l’allié, le Tchad. Des témoignages sur la collusion Séléka/troupes
tchadiennes ont été révélés par la MISCA
(mission internationale de soutien à la Centrafrique). Des armes (fusils d’assaut
israéliens) ont été retrouvées aux mains
de la Séléka, elles faisaient partie d’un lot du service de sécurité intérieure
tchadien. Le 5 décembre 2012, Hollande reçoit Deby alors même que l’offensive
Séléka est imminente. Y a-t-il eu marchandage pour que l’armée française reste
passive ? Déby a-t-il accepté de soutenir la France au Mali, en
contrepartie la France le laissait libre de déstabiliser Bozizé en
Centrafrique ? Résultat : la Séléka est au pouvoir et la situation
est totalement hors de contrôle. Quant aux relations de la France avec les
anti-Balaka, c’est tout aussi troublant. Quand Bozizé en 2013 lance un appel
pour reprendre le pouvoir, les autorités françaises ne bougent pas et ne font
pas arrêter son fervent supporter, Levy Yakété, sur lequel pèsent de très lourdes
charges (soupçonné d’avoir ordonné l’arrestation de personnes ayant des liens
avec la Séléka, d’avoir recruté de jeunes miliciens pour agresser à la machette
les personnes hostiles au régime de Bozizé, d’encourager la distribution de
machettes aux jeunes chrétiens sans emploi pour faciliter les attaques contre
les musulmans...). Ce personnage fuyant la Centrafrique en 2013 a été accueilli
en France alors que suffisamment de preuves permettaient des sanctions à son
encontre. Il est mort en France dans un accident de la route. De la même
manière, un des fils de Bozizé, accusé d’avoir œuvré à la déstabilisation de la
Centrafrique, n’a subi aucune poursuite. Cette proximité avec certains chefs
anti-Balaka est d’autant plus ambigüe que la force Sangaris a agi de même. Les
anti-Balaka n’ont pas été désarmés par Sangaris alors que les Séléka l’ont été,
les laissant face à la vindicte populaire.
Le 31.10.2016, Hollande décidait de
clore l’opération Sangaris, laissant sur place une situation où rien n’est
réglé. On peut vraiment s’interroger sur les raisons de l’intervention
française en Centrafrique, la remise en place d’une autorité légitime ne peut
se faire sur la déliquescence des structures d’un pays.
Ce retour sur la succession des
interventions militaires en Françafrique est démonstratif d’une politique du
chaos nous entraînant dans des conflits ou des guerres qui couvent toujours.
Les seules revendications qui vaillent sont celles
de Survie
Pour
faire cesser l‘impérialisme militaire française
en Afrique et ailleurs :
o
Fermeture
des bases et retrait de l’armée française d’Afrique
o
Arrêt
des interventions militaires sous commandement français en Afrique et de toute
intervention dans ses anciennes colonies
o
Arrêt
des ventes d’armes et de la coopération militaire avec des régimes répressifs
Pour
obtenir la vérité et mettre fin à l’impunité :
o
Fin
du monopole des poursuites par le Parquet et réintroduction de la possibilité
pour les victimes de déclencher une enquête en déposant une plainte avec constitution
de partie civile contre des militaires français en opération extérieure
o
Levée
automatique du secret-défense en cas de procédure judiciaire (Rwanda, Côte
d’Ivoire, Djibouti, Centrafrique..)
o
Reconnaissance
officielle des crimes coloniaux et néocoloniaux de l’Etat français
Pour
réduire le pouvoir de l’exécutif et établir un contrôle parlementaire effectif
o
Inscription
dans la Constitution de l’obligation d’un vote au parlement pour tous les
accords de défense et de coopération militaire, d’un vote des parlementaires
préalable à toute intervention militaire à l’étranger et vote annuel sur la
poursuite de l’intervention, avec création de moyens de contrôle
o
Instauration
d’un tel contrôle parlementaire sur les services secrets et sur les interventions
militaires à l’étranger, doté de moyens adéquats.
Odile Mangeot, le 30 mars 2017
(1) Rapport de
Yanis Thomas Cinq guerres pour un empire.
L’interventionnisme militaire français en Afrique 2011-2016. Survie http://survie.org/
(2) Jean-Christophe
Notin, 2013, Le crocodile et le scorpion.
La France et la Côte d’Ivoire (1999-2013) éditions du Rocher p. 340
Encart 1
A l’ONU, la France continue de « tenir le
stylo »
lorsqu’il s’agit de ses anciennes colonies
Même si le nouveau Secrétaire Général Antonio
Guterres dit vouloir reprendre en main l’institution et contrecarrer la trop
grande influence de certains membres du Conseil de sécurité, dont la France, il
a maintenu un diplomate français au poste de responsabilité du DPKO
(département des opérations de maintien de la paix). « C’est business as usual » se plaint
l’un des nombreux diplomates qui aurait voulu qu’il soit mis fin à cette
« tradition » de 20 ans…« La Chine a fait pression pour avoir le
poste…. Mais Antonio Guerres devait une faveur à la France qui a été l’une des
grandes puissances à soutenir très activement sa candidature au poste de
secrétaire général »…
In Billets d’Afrique n° 265, février
2017, David Mauger,
mensuel d’information sur la
Françafrique édité par l’association Survie
Encart 2
Déni freudien
« Quand
la France intervient en Afrique, ce n’est pas pour exercer une influence (…) et
encore moins capter des ressources » a affirmé Hollande lors de son
discours pour le Sommet Afrique-France de Bamako (les 13 et 14 janvier 2017).
Franchement, ça va tellement de soi qu’on ne voit vraiment pas l’utilité de le
préciser…
In Billets
d’Afrique n° 265, février 2017
Encart 3
Faire du vieux avec du vieux
Fillon, l’homme qui aime bien « faire partager sa culture aux peuples
d’Afrique » (…) a consacré son premier voyage de candidat à la
présidence (fin décembre 2016) aux forces Barkhane au Sahel et a rencontré les
présidents Issoufou au Niger et IBK au Mali, ce dernier a aussitôt affirmé
qu’il était rassuré car « Fillon
nous a dit que, s’il était élu, la France ne diminuerait pas son effort de
guerre au Sahel ». Vu le coût de l’effort au regard de son efficacité,
il est bien le seul à être rassuré….
In Billets
d’Afrique, n° 264 janvier 2017
Le surcoût des OPEX depuis plusieurs
années est d’environ 1,1 milliard€/an. On parle en surcoût car il faut
entendre : toutes les dépenses supplémentaires de l’armée (en indemnités
spécifiques, matériels, carburants….) dues aux OPEX. Par ex, en matière de
personnels, la grosse part est l’indemnité de séjour pour service à l’étranger,
etc.
Encart 4
La guerre, formidable vitrine pour la vente
d’armes.
La France se place entre la 3ème
et la 5ème place mondiale en matière d’exportation d’armements. Les
interventions militaires françaises constituent le meilleur moyen de promouvoir
le matériel français. Ainsi le Rafale
n’aurait sans doute pas été vendu à l’Egypte en 2015 (puis à l’Inde et au
Qatar) sans les interventions en Libye et au Mali.