Rouges de colère car les classes populaires ne doivent pas payer la crise du capitalisme.



Verts de rage contre le productivisme qui détruit l’Homme et la planète.



Noirs d’espoir pour une société de justice sociale et d’égalité


vendredi 3 novembre 2023

 

Terrorismes

(édito de PES n° 97)

 

L’incursion de la branche armée du Hamas dans une partie du territoire occupé par Israël, s’il remet à l’agenda international la colonisation de la Palestine, il le fait dans les pires conditions, le massacre de nombreux civils. Il semblerait que l’histoire s’écrive avec le sang des innocents et la vocifération des ignares ou prétendus tels. Ils entendent perpétuer l’impunité d’Israël, de son gouvernement d’extrême droite qui poursuit la colonisation, l’apartheid et la mise en prison à ciel ouvert des Gazaouis.

 

Les Occidentaux, quant à eux, et leurs supplétifs de tous ordres entendaient ensevelir la distinction entre occupant et occupé, colonisateur et colonisé, humilié et tortionnaire. La vague de colère engendrant les massacres et la soif de vengeance produisent l’innommable : d’une part sacraliser les massacres, les martyrs palestiniens, et de l’autre, animaliser les morts ennemis, ensevelis sous les décombres. La polémique sur la question du terrorisme tendrait à démontrer que les terroristes n’utilisent que des kalachnikovs contre les populations civiles et qu’en revanche,  il serait moral de bombarder les populations gazaouies (femmes, enfants, vieillards…) 

 

Les dominants voudraient également transformer ce « conflit » en une guerre de religions entre islamisme et judaïsme, qui conduirait à une sorte d’apocalypse. De sinistre mémoire, on se souvient de la sentence des guerres de religions : « tuer les tous, Dieu reconnaîtra les siens ». Ce n’est même plus la loi du talion, « œil pour œil, dent pour dent », mais « pour un œil les deux yeux », pour une dent « toute la gueule ».

 

L’injonction répétitive de désigner le Hamas comme groupe terroriste n’est qu’une instrumentalisation pour marginaliser tous ceux qui défendent la libération nationale du peuple palestinien. Il s’agit également d’obliger à s’aligner sur les Etats-Unis et le gouvernement Netanyahou, et ce, tout en tentant d’imposer une police de la pensée. Faut-il rappeler la révolte des Cipayes en 1857 en Inde, cette mutinerie s’en prenant au colon britannique de manière sanglante, tout comme les représailles indiscriminées de l’armée britannique ? On peut évoquer également la guerre d’Algérie, les grands attentats de 1954 et leurs 10 morts, la bataille d’Alger en 1957 où les bombes furent suivies de tortures et de « corvées de bois » et, auparavant, les enfumades massacrant, de manière « terroriste »(?) les Bédouins et autres tribus.

 

Groupe terroriste, Etat terroriste ? Propos favorisant le terrorisme ? Faut-il, pour satisfaire Darmanin et policer la pensée dominante, supprimer la fin du chant des Partisans : « ohé les tueurs à la balle et au couteau, tuez vite » et la Marseillaise qui proclame « qu’un sang impur (celui de l’ennemi) abreuve nos sillons » ? Ces propos « terroristes » doivent-ils être supprimés ?

 

Bref, le mot terroriste n’explique rien : ridicules et dangereux sont ceux qui le manipulent.

 

GD, le 31.10.2023

 

 

Poème d’Hassen

 

Un billet pour la paix

 

Palestine, tu es dans notre estime

dans nos pensées les plus intimes

nous tous contre la vermine

celle qui nous opprime

qui nous comprime

celle qui assassine

et qui chagrine

Ces vies que l’on supprime

comme un battement de cils

sous une pluie de mines

qui paradent en vitrine

me rongent et me contaminent

Quand un peuple fulmine

contre l’injustice unanime

pour retrouver ses racines

celles qui sont dignes

là où il a planté ses vignes

je veux lui faire un signe

retirer l’épine

d’un monde qui s’abîme

redonner la voix à ceux qui subissent

des idées, des mots qui les ruinent

qui les placent en victimes

Quand cessera cette infamie ?

Arrêtons ces colonies

pour redonner la vie

pour assainir le pays

de tout ce qui le pourrit

 


 

Gaza. L’enfer.

 

Le conflit israélo-palestinien semblait être en sommeil. Les Gazaouis survivaient dans cette prison à ciel ouvert, la Cisjordanie s’accommodait de la colonisation… Allait-on assister à l’avènement d’un nouveau Moyen-Orient ? D’autant qu’une guerre en chassant une autre, celle de l’Ukraine emplissait les écrans pour disparaître aussitôt depuis le 7 octobre avec l’opération Déluge Al-Aqsa. Le Hamas et sa brigade armée ont rappelé au monde que la cause palestinienne n’est pas morte. Les assassinats odieux qu’ils ont organisés le 7 octobre contre des civils israéliens sont inacceptables et condamnables. A peine perpétrés, voici qu’en France enflaient des polémiques sans fin, servant de calculs politiciens nauséabonds : acte terroriste ou crime de guerre, accusant ceux qui ne qualifient pas le Hamas de terroriste, d’être antisémites. La cause palestinienne ne risque-t-elle pas d’être ensevelie dans ce fracas ? Les Palestiniens pourront-ils, un jour, sortir de l’impasse qu’ils n’ont pas choisie, en 1948 puis en 1967 ? Telles sont les questions que nous nous posons au-delà des horreurs que subissent les familles israéliennes et palestiniennes, ces dernières étant prises au piège dans la bande de Gaza ou soumises aux violences perpétrées par les colons en Cisjordanie.  

 

1 - Comment en est-on arrivé là ?

 

Les images du 7 octobre des massacres de jeunes, de vieillards, d’hommes, de femmes, d’enfants, des otages violentés appellent à la condamnation sans ambiguïté de l’attaque menée par le Hamas. Pour nous Occidentaux, c’est facile. Pour les Palestiniens qui subissent quotidiennement l’occupation, c’est sans doute difficile.

 

Pour les Palestiniens, ce sont les violences des colons (armés par l’Etat d’Israël) organisant de véritables pogroms dans les villages de Cisjordanie (près de 200 morts depuis le 1er janvier) sous le regard protecteur de l’armée. Ce sont les humiliations quotidiennes aux checkpoints, les provocations répétées sur l’esplanade des Mosquées ; c’est l’enfermement dans la bande de Gaza de 2.3 millions de Gazaouis sur 365 km2 (40 kms de long sur entre 6 et 12 kms de large), soit plus de 6 000 hab/km2 (1), sous blocus depuis 17 ans ; c’est le maintien en prison de 4 900 prisonniers politiques. 11 millions de Palestiniens aspirent à l’autodétermination, dont une partie (5.8 millions) est en exil dans les camps de réfugiés au Proche-Orient et l’autre sous la domination d’une puissance occupante. C’est toute une jeunesse privée d’avenir. Pour les Palestiniens, la guerre n’a jamais cessé ni leur lutte pour que la Palestine ne disparaisse pas, encore plus aujourd’hui face au projet de « nouveau Moyen-Orient » de Netanyahou, dans lequel a disparu, en tant que territoire palestinien, la Cisjordanie et Gaza. Satisfait, il a présenté ce plan à l’ONU, fort d’avoir obtenu la reconnaissance de l’Etat d’Israël par des alliés de poids,  Emirats Arabes Unis, Bahreïn, Maroc, Soudan, tous signataires, en 2020 des accords d’Abraham, sous le patronage de Trump.  

 

Les Palestiniens n’oublient pas les luttes et les échecs : la 1ère intifada (1987) puis l’espoir des accords à Oslo en 1993, signés par Arafat et Rabin, affirmant le principe d’autonomie palestinienne, vite torpillés 2 ans plus tard par Oslo 2 divisant la Cisjordanie en trois zones à souveraineté partagée avec Israël. Ils n’oublient pas l’échec du sommet de Camp David en 2000 réunissant Clinton, Yasser Arafat et Ehoud Barak, suivi de la 2ème intifada (2000), après la visite provocatrice de Sharon sur l’esplanade des Mosquées, ni la construction du mur d’apartheid israélien. Les Gazaouis n’oublient pas les offensives successives à Gaza, « Plomb durci » en 2008 (plus de 1 400 Palestiniens dont 410 enfants tués, « Pilier de défense » en 2012 (160 morts palestiniens et 6 Israéliens), « Bordure protectrice » en 2014  (plus de 2 200 Palestiniens  (dont 73 % de civils) tués ainsi que 72 Israéliens. Ils n’oublient pas non plus la déclaration de Trump, le 6 décembre 2017, reconnaissant Jérusalem comme capitale d’Israël et prétendant y transférer l’ambassade US.

 

Aussitôt après l’attaque du Hamas, les images du déferlement des violences de l’armée israélienne nous sont parvenues : les bombes (dont certaines au phosphore blanc) larguées sur Gaza déciment les populations ; les hôpitaux sont bombardés ; électricité, eau sont coupées ; les médecins opèrent sans anesthésiant, à la lueur de leurs téléphones portables… L’enfer absolu ! Le corridor humanitaire n’est mis en place que 20 jours plus tard ne laissant passer les camions qu’au compte-gouttes par la porte de Rafah, environ 17 par jour alors qu’il en faudrait 10 fois plus.

 

« Nous avons le droit, et même le devoir », de comprendre, sans avoir à prouver que l’on n’est pas antisémites. Car la guerre actuelle n’est pas une guerre d’Israël contre le Hamas (comme on l’entend dans les médias). Le conflit d’aujourd’hui ne date pas de 1987 (création du Hamas). Il est la prolongation de la guerre de l’Etat d’Israël contre le peuple palestinien. Certains qualifient le 7 octobre de « 11 septembre israélien ». « Cela n’éclaire en rien les motivations des assaillants car le Hamas ne relève pas du djihadisme international comme Al Qaida ou Daech. C’est un mouvement à la fois nationaliste et islamiste, prêt à mener une politique du pire pour parvenir à « l’établissement d’un Etat palestinien souverain et indépendant dans les frontières de 1967 » comme stipulé dans sa charte modifiée en 2017 (2).

 

Le Hamas, issu des Frères musulmans jordaniens et égyptiens, est un mouvement politique émanant du désespoir de toute une population. Il arrive au pouvoir par des élections, sans majorité absolue car nombre de Gazaouis sont opposés à son projet politique. Mais s’il est arrivé là,  c’est essentiellement à cause de l‘occupant, Israël, qui a combattu les organisations laïques comme l’OLP (Organisation de Libération de la Palestine), dans sa stratégie de maintenir l’état de guerre et de ne pas avoir de partenaires pour la paix. Le quotidien Haaretz rappelle une intervention de Netanyahou en ce sens, de mars 2019 à la Knesset « Quiconque veut empêcher l’établissement d’un Etat palestinien doit renforcer le soutien au Hamas et lui transférer de l’argent. C’est une partie de notre stratégie (3) ». La division entre les organisations palestiniennes, la corruption d’une partie des membres dirigeants de l’Autorité Palestinienne, devenue sous-traitante de la sécurité israélienne, laissent les mains libres au gouvernement d’extrême droite de Netanyahou. Son projet : faire disparaître la Palestine, en  annexant la Cisjordanie où vivent déjà 740 000 colons (ils étaient 115 000 en 1993) et en « expulsant » les Gazaouis au Sinaï. Certains évoquent une deuxième Nakba ?

 

Pour les Palestiniens, des lueurs d’espoir se sont éteintes aussi vite qu’apparues et les résolutions de l’ONU, pour une grande part jamais appliquées, n’ont jamais fait l’objet d’aucune sanction (de type blocus, embargo…), l’ami étatsunien y veille. Le 23 décembre 2016, le conseil de sécurité de l’ONU vote la résolution 2334 condamnant la colonisation dans les territoires occupés (pour une fois,  les USA n’ont pas fait usage de leur droit de veto). Un an plus tard, Trump est au pouvoir et tout bascule (4) : reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël, fermeture du consulat des Etats-Unis à Jérusalem Est, réduction drastique de l’aide étatsunienne de l’UNRWA (agence des Nations Unies chargée des réfugiés palestiniens au Proche-Orient). En janvier 2020, un plan de paix apparaît : « tout, tout de suite, pour les Israéliens et quelque chose, plus tard, peut-être, pour les Palestiniens ». La clé de voute est un plan de normalisation entre des Etats arabes et Israël. Les accords d’Abraham sont signés en août 2020 par les Emirats arabes unis, le Bahreïn,  le Maroc et le Soudan, l’Egypte a déjà signé un traité de paix en 1979 et la Jordanie en 1994. Restait à convaincre l’Arabie Saoudite… mais le 7 octobre risque de changer la donne.    

 

C’est dans ce contexte global qu’intervient l’attaque meurtrière du Hamas qu’Amnesty International qualifie de « crimes de guerre » mais que les médias qualifient  immédiatement de « terroristes ». Le traitement médiatique ne sera pas le même, le lendemain, lorsque des milliers de civils palestiniens subissent les représailles israéliennes qui exercent leur « droit à la défense ».

Pourquoi croit-on Amnesty international lorsqu’elle dit que le Hamas commet des crimes de guerre mais pas quand elle qualifie la société israélienne de régime d’apartheid et de crimes contre l’humanité, ce que l’Etat israélien fait subir quotidiennement aux Palestiniens ? (3).

 

2 - La cause palestinienne ne risque-elle pas d’être ensevelie ?

 

Jusqu’au 7 octobre, la marginalisation de la Palestine semblait avoir réussi ; les derniers pourparlers remontant aux négociations menées par John Kerry en 2014 et la dernière initiative du Conseil de sécurité de décembre 2016 étant restée, comme tant d’autres, sans effet et sans sanctions. Elle réaffirmait pourtant que « l’acquisition de territoires par la force est inadmissible », que « le statu quo n’est pas viable », que « la création de colonies par Israël constitue une violation flagrante du droit international » et « qu’Israël, puissance occupante, est tenue de respecter ses obligations découlant de la 4ème convention de Genève ».

 

Le 7 octobre, voilà que réapparaît la « question palestinienne » sur la scène internationale. Cela peut-il la servir ou la desservir ? Le Hamas a engagé Israël dans une fuite en avant dangereuse : piéger l’armée israélienne en la faisant entrer dans Gaza où les combattants du Hamas l’attendent, disséminés dans les tunnels, avec des otages en garantie d’échanges. Il tente de provoquer Israël afin que son armée commette des crimes de guerre d’une ampleur inédite, et ainsi, retourne l’opinion publique mondiale. En 20 jours, 12 000 tonnes de bombes ont été déversées sur Gaza, l’équivalent de la puissance explosive de la bombe atomique d’Hiroshima (5)! Au 28 octobre : plus de 8 000 morts dont 3 000 enfants tués, des milliers handicapés à vie, des centaines de milliers gravement traumatisés. Le ministre de la Défense israélien a osé le dire : « Nous combattons des animaux humains et nous agissons en conséquence ». Cela n’a pas ému Mme Braun-Pivet, présidente de l’assemblée nationale, ni MM. Ciotti et Meyer Habib, affirmant qu’Israël exerce son « droit à la défense ». Ces actes doivent-ils être nommés « terroristes », « crimes de guerre » ou « génocidaires » ? Peu nombreux sont ceux qui osent les dénoncer !

 

« La cause palestinienne risque d’être ensevelie pour longtemps sous les cendres d’actes effroyables » (4). Israël bénéficie du soutien international, conduit par les Etats-Unis, son fidèle allié stratégique, face au « monde arabe ». Depuis le retrait de l’Etat d’Israël de Gaza (2005), sa stratégie est l’endiguement, par le bi       ais du blocus (2007) ayant pour conséquence le renforcement du pouvoir du Hamas. 16 ans plus tard, selon Netanyahou, il faut écraser les Gazaouis ou les renvoyer en Egypte.

 

Les crimes de guerre sont en cours dans la bande de Gaza. Quelles réactions ?

 

Le président du Conseil européen, Charles Michel, a affirmé le « droit d’Israël à se défendre en conformité avec le droit international… » et l’on a pu voir Mme Von der Leyen (sans mandat) courir au secours de Netanyahou pour lui affirmer) le soutien de l’UE.  Les positions des Etats ont fait apparaître des lignes de fracture entre le bloc occidental (Etats-Unis et Union européenne) et les pays du Sud global (pour un grand nombre membres des BRICS). Les Occidentaux ont condamné le Hamas et soutenu les autorités israéliennes dans leur riposte : Etats-Unis, France, Allemagne, Royaume Uni et Italie ont publié un communiqué commun sur ce positionnement. Ce positionnement a ensuite été partagé par l’Inde, l’Argentine et les Emirats Arabes Unis. En revanche, l’Espagne de Sanchez vient d’annoncer son soutien à la Palestine. Occupant la présidence tournante de l’UE jusqu’à décembre, elle fait figure d’exception en exhortant la commission européenne à « ne pas se plier aux diktats d’Israël qui soumet le peuple palestinien à l’apartheid ».  Le Soudan soutient la Palestine et l’Afrique du Sud (compagnon de route de la Palestine) a déclaré que « cette nouvelle conflagration est la conséquence d’une occupation et d’une colonisation illégale continue de la Palestine » et a appelé à un cessez-le-feu immédiat, positionnement adopté par l’Union Africaine.  Pékin a usé de mille précautions, se disant préoccupé par l’escalade de la tension sans désigner de responsable tout en appelant « toutes les parties concernées à rester calmes et à faire preuve de retenue, à cesser immédiatement le feu et à protéger les civils ». Poutine va recevoir le Hamas prochainement puis un représentant d’Israël. Erdogan a, lui aussi, réagi en termes mesurés d’autant qu’il a rétabli les relations diplomatiques avec Israël en 2022. L’Egypte a fait de même, craignant, tout comme le Liban, un conflit régional. L’Iran ne veut pas d’escalade du conflit mais si l’armée israélienne entre dans Gaza pour détruire le Hamas, il se verrait contraint à réagir avec le Hezbollah libanais. Les pays arabes soutenant la Palestine se sont indignés et ont déclaré que « tout autre pays (qu’Israël) serait condamné « d’affamer délibérément une population entière, la privant de nourriture, d’eau et de produits de première nécessité ».

 

Pendant ce temps, le plus gros porte-avions US croise au large du Liban ainsi que l’USS Dwight Eisenhower, avec une escadre d’un croiseur, de 4 destroyers, de plusieurs sous-marins nucléaires, comme un message aux pays (Iran, Syrie) ou au Hezbollah qui seraient tentés d’ouvrir un nouveau front au  nord.

 

Le secrétaire général des Nations Unies s’est lancé dans un exercice d’équilibre « Rien ne peut justifier l’attaque condamnable du Hamas » et ajoutait « ces attaques odieuses ne peuvent en aucun cas justifier la punition collective du peuple palestinien ». Quand on sait le peu de poids de l’ONU…* Toutefois, le soutien à Israël n’est pas total et l’on peut espérer que la colère des populations qui s’est déjà manifestée contre Israël, en Tunisie, au Maroc, en Jordanie, en Egypte, au Liban et même en Iran et en Turquie, mais aussi aux Etats-Unis, en Cisjordanie, à Liverpool et à Londres, en Allemagne et en France, fasse craindre aux Etats un embrasement dans leurs pays respectifs, ce qu’ils redoutent depuis « les printemps arabes ».        

 

Macron, à peine « expulsé » de l’Afrique de l’ouest, revient sur le terrain du Proche-Orient. Pas fute-fute, Il propose d’élargir la coalition internationale contre Daech à la lutte contre le Hamas. Les pays arabes sont très mécontents : comparer le Hamas à des promoteurs du djihad international ! Encore une belle bourde… N’est pas diplomate qui veut ! Par contre, pas d’exigence de cessez-le-feu immédiat, Macron évoque une « trêve humanitaire »…Il soutient ouvertement le projet politique du gouvernement fasciste et suprématiste juif qui veut annexer la Cisjordanie et vider Gaza de sa population. Et pour que les mécontents ne manifestent pas dans la rue, il envoie son rottweiler Darmanin, tout frétillant d’interdire les manifestations dites « pro-palestiniennes », au prétexte qu’elles soutiennent une organisation terroriste et qu’elles sont antisémites !

 

Libérer la Palestine et permettre sa reconnaissance internationale. Est-ce encore possible ?   

 

3 - Sortir de l’impasse, est-ce possible ?

 

A court terme, Netanyahou est face à un dilemme : bombarder Gaza sacrifierait les otages. Entreprendre une offensive terrestre est hasardeux mais il prépare le terrain par des incursions de chars dans la bande de Gaza et cela semble imminent. Pourquoi l’Etat israélien ne continuerait-il pas sa politique coloniale puisque depuis 56 ans, il viole allègrement les résolutions de l’ONU sans aucune sanction à son encontre  et qu’il intensifie sa politique d’apartheid ? Cela va durer encore. L’attaque du Hamas peut-elle changer la donne ?

 

Il rêve d’anéantir le Hamas, qu’hier il a soutenu. Pas si simple car le Hamas n’est pas qu’une armée, il est le gouvernement de Gaza avec des milliers de personnes salariées vivant de salaires publics. Cette « mauvaise herbe » ne peut pas s’arracher comme ça.

 

Autre obstacle. Le conflit provoque déjà  de l’agitation sur les cours de l’or noir et du gaz. L’Iran produit 3 millions de barils/jour (malgré les sanctions US) dont une partie est destinée à la Chine. Si un 2ème front s’ouvre au nord, il y aura un impact majeur sur le marché pétrolier d’autant que les exportations iraniennes ont augmenté. Ces livraisons en hausse ont permis d’atténuer la baisse des quotas de l’Arabie Saoudite et de la Russie. Les barils iraniens ont donc fait les affaires… des USA. Par ailleurs, Israël a fermé provisoirement un champ gazier. Sur une vingtaine de milliards de m3 produits en 2022 Israël en a exporté la moitié vers l’Egypte et la Jordanie : moins de gaz vers ces pays signifie moins d’exportation de GNL d’Egypte, donc moins de GNL pour le reste du monde avec comme conséquence, l’augmentation des cours du gaz.

 

Netanyahou pensait avoir gagné la « sympathie » des pays arabes avec les accords d’Abraham, reconnaissant Israël et éliminant, de fait, la présence des Palestiniens en Cisjordanie. Mais ils ne sont pas des accords de paix, à la différence de ceux que Riyad avait proposés en 2022, à savoir une normalisation qui comprenait le retrait d’Israël des territoires palestiniens occupés, autrement dit l’application de la résolution 242 de l’ONU restée lettre morte depuis 1967. L’Arabie Saoudite qui envisageait de rejoindre cette « coalition de l’oubli » de la Palestine a suspendu les pourparlers après le 7 octobre. « On ne peut s’empêcher de le dire : ce qui aurait dû être imposé par un plan international c’est le Hamas qui l’a imposé » (3).

 

Quant à la solution à deux Etats, que répètent mécaniquement Macron et Biden, cela semble impossible si on laisse faire la colonisation. Aucun dirigeant palestinien ne saurait accepter encore plus de rétrécissement du territoire de la Palestine jusqu’à disparition totale.

 

Il ne peut y avoir extinction du conflit sans une solution respectueuse des droits des Palestiniens. Les grandes puissances peuvent-elles comprendre que la cause palestinienne ne se laissera pas oublier ? Il est probable qu’une crise politique salutaire s’ouvre en Israël. Mais changer les dirigeants politiques sans projet reconnaissant le droit des Palestiniens à l’autodétermination et à une véritable souveraineté politique, ne suffira pas. Il faudra mettre fin à la colonisation, en finir avec l’occupation. Il ne peut y avoir de paix sans justice.

 

Pour l’heure, on assiste à une escalade de la violence condamnant à mort tous les Gazaouis, pris au piège dans la nasse qu’est la bande de Gaza. Rien ne justifie les horreurs perpétrées par le Hamas qu’il faut dénoncer comme crimes de guerre mais il faut aussi dénoncer celles commises par l’armée israélienne (à l’heure où nous écrivons plus de 8 000 morts palestiniens).

 

La question de la Palestine ne peut être résolue sans le peuple de Palestine et les Israéliens doivent aussi s’interroger sur l’Etat dans lequel ils veulent vivre. Des voix pour la paix existent encore en Israël : B’Tselem, Standing together, Breaking the silence, les guerrières de la paix, etc.

 

Il faudrait aussi ouvrir les prisons pour que de nouveaux dirigeants palestiniens émergent. On pense à Marwan Barghouti, et bien d’autres, qui pourrissent dans les prisons israéliennes depuis des décennies. Ils sont, pour la plupart, emprisonnés sans jugement, toujours en détention administrative. L’espoir viendra de la jeunesse et de tous ceux qui pensent possible de vivre en paix en Palestine.

 

La Palestine ne cessera jamais de renaître. C’est ce que le père d’Elias Sanbar (intellectuel gazaoui) exprimait ainsi en 1967 : « N’aie pas peur, n’aie jamais  peur, nous sommes comme une arête dans la gorge du monde, personne n’arrivera jamais à nous avaler ». Espérons-le.

 

Odile Mangeot, le 28.10.2023

 

(1)   Haute-Saône : 43 hab/km2 (234 000 hab. pour 5 360 km2)

(2)   Denis Sieffert, Politis

(3)   Pierre Stambul, porte-parole de l’UJFP – Union Française Juive pour la Paix

(4)   Jean-Paul Chagnollaud, directeur de l’IReMMO (institut de recherches et d’études Méditerranée/Moyen-Orient)

(5)   MRAP

 

·       Après plusieurs tentatives, l’AG des Nations Unies a appelé à une « trêve humanitaire immédiate » le 27 octobre par un vote avec 120 voix pour, 14 contre et 45 abstentions)

 

sources : Manière de voir, le Monde Diplomatique n° 157 – mars 2018 - Palestine, un peuple, une colonisation, Politis, le Monde, UJFP, AFPS, Alencontre

 

Pour en savoir plus : dossier spécial Israël-Palestine : l’embrasement, et après ?, dans le Monde Diplomatique - novembre 2023

 

 

Hors de prix !

 

Adania Shibli, autrice palestinienne, devait recevoir le prix LiBerturpreis 2023 à la foire internationale du livre de Francfort. L’évènement a été reporté et sa rencontre avec le public annulée afin de « rendre les voix israéliennes particulièrement audibles » a déclaré la direction du festival. C’était au lendemain des attaques du Hamas contre Israël. Son roman Un détail mineur (paru en 2020, Actes Sud) raconte une histoire relatée dans Haaretz en 2003 après une longue enquête : le 12 août 1949, dans le désert du Néguev, un groupe de soldats israéliens enlève une très jeune bédouine, l’enferment dans un camp militaire, la violent puis la tuent avant d’abandonner son corps dans le désert. La 2ème partie du livre est racontée par une narratrice singulière qui part dans le Néguev, pour un voyage cauchemardesque la confrontant à sa condition palestinienne. Adania Shibli en a fait  un roman… trop (?) dérangeant. (le Monde du 28.10.2023)

 Ils, elles luttent


Défendre le droit à défendre le peuple palestinien

 

Le 28 octobre, le tribunal administratif a confirmé l’interdiction de la manifestation Palestine, du même jour à Paris. Face à cette offensive contre le droit à manifester, « faisons front pour maintenir notre présence dans la rue ». Elsa Marcel, avocate des organisations à l’origine du recours (NPA, Révolution Permanente et Poing Levé) a dénoncé « une décision choquante et scandaleuse. Quand on regarde l’actualité récente et les bombardements d’une violence absolument inouïe qui ont eu lieu à Gaza cette nuit, c’est un droit démocratique essentiel que de pouvoir exprimer sa tristesse et sa solidarité avec le peuple palestinien. La préfecture et le tribunal administratif fondent leur décision sur des arguments fallacieux, amalgamant soutien à la Palestine et soutien au Hamas mais aussi dénonciation des crimes d’Israël et antisémitisme ». Dans un communiqué, le Collectif Urgence Palestine, qui réunit plusieurs organisations politiques et syndicales dont Boussole Palestine, Révolution Permanente ou NPA, à l’initiative de la manifestation, appelle « à exprimer partout et dès maintenant la solidarité avec le peuple palestinien. Nous ne nous tairons pas malgré la répression. Nous sommes tous des Palestiniens, halte aux massacres, halte au génocide, halte à la colonisation et à l’apartheid ! » (revolutionpermanente.fr)

 

Arrêtés pour « apologie du terrorisme »

 

C’est à ce titre que le 20 octobre à 6 heures du matin le secrétaire départemental de la CGT du Nord était placé en garde à vue ainsi qu’une salariée du syndicat. Une dizaine de policiers, dont plusieurs encagoulés et équipés d’un bélier, sont intervenus dans le cadre d’une enquête ouverte par le parquet de Lille pour « apologie du terrorisme » et « provocation à la haine et à la violence ». En cause, un appel à manifester à Lille en « soutien au peuple palestinien en lutte contre l’Etat colonial d’Israël », précisant « les horreurs de l’occupation illégale se sont accumulées. Depuis samedi 7 octobre, elles reçoivent les réponses qu’elle ont provoquées ».  Cette phrase a suffi pour interpeler les membres de la CGT qui ont rassemblé aussitôt une centaine de personnes en soutien.  « Nous avons condamné les actes terroristes du côté d’Israël et des Palestiniens. On assume notre position : nous sommes pour une Palestine libre ». Les deux interpellés sont ressortis libres sans avoir été mis en examen à ce stade. Une enquête est en cours. C’est gravissime : après les interdictions de manifester pour soutenir les Palestiniens, c’est la liberté d’expression qui est mise à mal. Exprimer une opinion divergente ne serait plus possible en France ?  

 

Arménie et Haut-Karabakh

 

L’Arménie est un petit Etat situé dans la région du Caucase. Sa superficie est de 18 000 km2, plus petite, donc que la Bourgogne-Franche-Comté (45 000 km2). C’est un des pays les plus enclavés au monde, du fait de sa géographie (pas de façade maritime, un relief très montagneux, des vallées très encaissées) et du manque d’infrastructures routières et ferroviaires.

 

Une particularité géographique assez rare

 

Une partie de la population, 125 000 Arméniens vivaient jusqu’à très récemment dans une enclave située sur le territoire de l’Azerbaïdjan (son voisin à l’Est). C’est le Haut Karabakh. Par ailleurs, le relief du Caucase avait fait du Nakhitchevan azeri un couloir naturel reliant Erevan à Bakou et à Téhéran mais il a été transformé en exclave (un territoire sous la souveraineté d’une nation dont il est séparé par un pays ou par une mer) coupé de l’Azerbaïdjan au nord et à l’est par un massif arménien le Zanguezour. C’est un peu comme si une partie de la population franc-comtoise vivait sur le territoire suisse, relié par un corridor, et que la région d’Auxerre était suisse. La grande différence entre ces deux territoires est leur statut. Le Nakhitchevan est une république autonome de l’Azerbaïdjan alors que le Haut-Karabakh est une entité territoriale disposant d’une certaine autonomie qui s’est auto-proclamée république du Haut Karabakh en 1991 (appelée aussi République d’Artsakh).

 

Pour simplifier encore les choses… l’Arménie entretient des relations exécrables avec la plupart de ses voisins et aucune avec l’Azerbaïdjan et la Turquie. Les frontières sont donc fermées depuis des années. La frontière avec la Géorgie est également fermée car une minorité arménienne vivant sur le territoire géorgien a des volontés autonomistes. Sur les 1 000 kms de frontière que compte le pays, 834 sont fermés. La seule frontière ouverte est celle de l’Iran. Le seul pays avec lequel l’Arménie chrétienne entretient des relations commerciales et des relations de « voisinage » apaisées est paradoxalement l’Iran islamiste. En fait, la voie aérienne est quasiment le seul moyen de se rendre en Arménie.

 

Pour ajouter encore aux difficultés de ce pays, il faut dire qu’il a un climat continental très chaud en été et très froid en hiver, que 90 % de son territoire est à plus de 1 000 m d’altitude, que l’activité sismique y est très importante (le 7 décembre 1988, un séisme a fait 30 000 morts) et qu’il n’a pas de ressources naturelles importantes. Il possède certes des gisements de cuivre, de plomb, d’or, de mercure et de quelques métaux rares, mais le relief, le manque d’infrastructures, ses relations exécrables avec ses voisins, empêchent toute exportation importante.

 

En 2009, l’Arménie comptait 3.2 millions d’habitants, en 2016, 3 millions et en 2023, toujours 3 millions. Cette démographie stagnante est le fruit de la pauvreté actuelle du pays et surtout de son histoire.

 

L’Arménie a toujours souffert d’être « à la limite de… »

 

Géographiquement, elle est en Asie, mais culturellement, elle est plus proche de l’Europe. Elle est un royaume qui, en 301, adopte le christianisme comme religion officielle. Cette religion était celle du Royaume d’Arménie, fondé en 190 avant JC, royaume plus étendu que l’Arménie actuelle. Il devint un enjeu entre Romains et Parthes (peuple vivant sur le territoire de l’Iran actuel) puis entre Romains et Sassanides (venant eux aussi d’Iran). Il fut le théâtre de conflits, de guérillas incessantes, car « à la limite » de l’empire romain et des régions asiatiques. Cet empire disparaît en 428.

 

Durant le 1er siècle après JC, cet empire, dirigé alors par les Parthes, s’étend de la mer Méditerranée à la mer Caspienne, englobant la Syrie, le Liban, une partie de la Turquie, de l’Irak et de l’Iran, de la Géorgie et de l’Azerbaïdjan actuels.

 

Puis, l’Arménie est envahie par les Arabes. Ils établissent « l’émirat d’Arménie », en 885, c’est la dynastie bagratide qui prend le pouvoir. La capitale est alors Ani (située dans l’actuelle Turquie). Elle est très peuplée et n’a rien à envier à Londres ou Paris. On l’appelle la ville aux mille et une églises. Cette époque est vraiment « l’âge d’or » de l’Arménie.   

 

L’Arménie se « rétrécit »

 

En 1015, l’Empire byzantin (empire romain d’orient) annexe la partie occidentale de la région alors que la partie orientale est occupée par les Turcs. Nombre d’Arméniens quittent alors la région pour la Hongrie, la Pologne, l’Ukraine actuels. Ils vont même établir en 1137 le royaume de Cilicie (situé au sud de la Turquie actuelle).

 

Au gré des prises de pouvoir par les différents peuples qui entourent la « grande Arménie » de cette époque, les populations sont « mixées », mélangées et vivent côte à côte en plutôt bonne entente. Au fur et à mesure du « rétrécissement » de cette grande Arménie, des Arméniens chrétiens vont se retrouver « perdus » au milieu de Turcs ou de Perses venus s’installer dans les territoires conquis. Petit à petit, les Arméniens sont répartis en 3 « empires » : les Arméniens d’Iran, les Arméniens de Russie, les Arméniens ottomans. Dans cet empire, les populations minoritaires, de religions différentes de « l’Etat central » étaient acceptées et légalement protégées. Ces communautés religieuses étaient regroupées administrativement sous forme de millets, eux-mêmes contrôlés par le pouvoir central mais bénéficiaient d’une certaine autonomie liée à leur loyauté envers l’empire ottoman.

 

Au début du 19ème siècle, les Arméniens sont disséminés en petites communautés dans différents pays (Turquie, Iran, Russie, Azerbaïdjan). Ces communautés sont « le reliquat » de la grande Arménie du passé. Ils sont de culture et de religions différentes. Sur le territoire de la Turquie actuelle, malgré l’organisation des Arméniens en millets, les relations entre les deux communautés deviennent très vite conflictuelles.

 

Entre 1894 et 1896, les premiers massacres turcs des Arméniens font près de 200 000 morts. En 1915, le gouvernement turc décide d’en « finir » avec la minorité arménienne vivant encore sur son territoire. Il organise des déportations et des massacres au cours desquels entre 1,2 et 1,5 million d’Arméniens trouvent la mort, perpétrant ainsi le premier génocide du 20ème siècle. Cette partie du territoire turc où vivaient depuis « la nuit des temps » des Arméniens a été systématiquement, méthodiquement vidée de cette population. Ce génocide n’a jamais été reconnu en tant que tel par la Turquie dont les lois condamnent toujours ceux qui mentionnent un génocide arménien.

 

En 1917, l’effondrement de l’empire russe laisse un vide politique dans cette région composée d’une mosaïque de groupes ethnico-religieux qui, souvent, peinent à s’entendre.

 

Les Arméniens proclament la République d’Arménie

 

Ils fondent, en 1921, de grands espoirs sur la conférence de la Paix de Paris. Mais les puissances centrales, vainqueurs de la 1ère guerre mondiale, refusent de reconnaître l’autonomie de l’Arménie, tout comme la même revendication des Kurdes. Touchés par l’esprit révolutionnaire des Bolcheviks, ils s’insèrent dans les républiques soviétiques pour devenir, le 29 novembre 1920, la République soviétique d’Arménie, qui ne couvre qu’une petite partie du territoire « historique » de celle-ci.

 

Une importante communauté arménienne (confettis de la grande Arménie) vit au Haut-Karabakh, sur le territoire de l’Azerbaïdjan frontalier. Cette région, peuplée à 94 % d’Arméniens, à une dizaine de kms de l’Arménie, semblait « naturellement » devoir faire partie de la République socialiste soviétique d’Arménie, mais le régime stalinien en décida autrement et la rattacha à l’Azerbaïdjan, tout en lui donnant une certaine autonomie. Il créa le corridor de Latchine permettant à la population d’accéder à l’Arménie. Durant la période soviétique, la situation reste gelée même si régulièrement, les Arméniens du Haut Karabakh demandent leur rattachement à l’Arménie.

 

Après la disparition de l’URSS

 

 Les tensions dues à l’illogisme de ce découpage administratif « remontent à la surface ». Le 12 juin 1988, le Haut Karabakh se déclare en sécession et le 15 juin l’Azerbaïdjan réaffirme l’attachement de la région à son territoire. L’Azerbaïdjan proclame son indépendance de l’URSS le 30 août 1991, l’Arménie fait de même le 21 septembre. Le Haut Karabakh a, lui, proclamé sa propre indépendance le 2 septembre, confirmée par un référendum le 10 décembre. Les autorités de Bakou y envoient des troupes pour y rétablir leur contrôle. Les habitants du Haut Karabakh se défendent avec l’appui de l’Arménie. Ces affrontements font des milliers de victimes de part et d’autre. C’est la 1ère guerre qui se conclue par l’occupation arménienne d’une partie du territoire de l’Azerbaïdjan (entre le Haut-Karabakh et l’Arménie). Malgré le cessez-le-feu conclu en mai 1994, la question du Haut Karabakh reste en suspens. L’Azerbaïdjan a certes perdu cette première guerre mais ses prétentions sur le Haut Karabakh  subsistent et il n’aura de cesse d’envisager la future attaque contre l’enclave arménienne.

 

Politiquement, l’Arménie est « encadrée » par deux voisins pas très sympathiques, plutôt menaçants et beaucoup plus puissants et riches : la Turquie et l’Azerbaïdjan. Elle continue à avoir des relations privilégiées avec la Russie pour s’assurer un minimum de protection. Ce sont, par exemple, les Russes qui assurent la protection du couloir de Latchine.

 

Depuis 1994 et la victoire des Arméniens du Haut Karabakh, la situation était plutôt stabilisée même si l’Azerbaïdjan manifeste la volonté de récupérer les territoires entre l’Arménie et le Haut-Karabakh et de rattacher le territoire du Nakhitchevan au reste de l’Azerbaïdjan par un corridor dit de Zanguezour. Il déclare une nouvelle guerre en 2020. Les Azéris soutenus par la Turquie et équipés d’armes israéliennes, récupèrent le territoire occupé par les Arméniens (entre l’Arménie et le Haut-Karabakh) et chassent la moitié de la population. Un cessez-le-feu est signé en novembre 2020, entérinant l’avancée azérie et un contingent russe de 2 000 hommes est déployé pour le faire respecter. Le Haut-Karabakh est encore autonome.

 

L’assaut final

 

Après cette victoire, ne restait plus à l’Azerbaïdjan qu’à récupérer le Haut Karabakh. A partir de décembre 2022, un blocus est instauré pour affaiblir la population arménienne du Haut Karabakh et l’assaut final est donné. C’est la 3ème guerre en septembre 2023 : les derniers Arméniens quittent l’enclave et le 15 octobre, le drapeau azéri est hissé à Stepanakert, l’ancienne capitale du Haut Karabakh.    

 

Ce jour-là, l’Arménie a perdu totalement et certainement définitivement l’enclave du Haut Karabakh. Les 90 % d’Arméniens qui y habitaient ont été contraints à un exode massif, sans grande réaction de l’Europe ou de la France… La ministre Colonna est allée à Erevan promettre des armes à l’Arménie mais à la fin de la guerre, c’est un peu inutile...

 

Silence et manque de réactions internationales et, surtout, européennes. Pourquoi ?

Ne serait-ce pas, parce que l’Arménie a peu de ressources naturelles et que l’Azerbaïdjan, lui, regorge de pétrole et de gaz (que la France lui achète) ? Madame Von der Leyen, en signant des contrats de vente de gaz et de pétrole avec le président azéri Ilham Aliyev participe à  brader le choix des peuples à disposer d’eux-mêmes contre du pétrole et du gaz azéri qui… comble de cynisme, provient de Russie, pour une part. Dans ces discussions avec Aliyev, elle n’a apparemment pas eu le temps de parler du Haut Karabakh !

 

On l’a compris, l’Arménie, petit pays sans ressources naturelles sans grand intérêt pour les pays industrialisés dits « avancés », a été lâchée par tous, même par la Russie. Ils ont tous préféré s’assurer de bonnes relations avec l’Azerbaïdjan pour profiter de son gaz et de son pétrole, plutôt que de défendre les intérêts de la population expulsée de force. Pas très surprenant. Les évènements au Moyen-Orient, et surtout l’attitude des pays « avancés » face à la politique israélienne en Palestine, nous montrent que les droits de certains humains ne valent pas cher dans certaines circonstances. « Nos démocraties » ont préféré soutenir Aliyev plutôt que les Arméniens. Ce n’est finalement que la suite logique de la politique occidentale. Aliyev a été reçu en France par Hollande en 2017, aux USA par Obama en 2016, par Barroso, alors président de la commission européenne, pour mettre en place le projet de corridor gazier sud qui relie Bakou à l’Italie qui, depuis 2020, achemine le gaz azéri vers l’Europe.

 

Au cours de ces rencontres, ces dirigeants « intègres » n’ont certainement pas eu le temps, à leur grand regret ( !), de parler à ce « cher » Aliyev

-        de l’affaire Safrou, cet officier azéri condamné à la perpétuité en Hongrie pour le meurtre d’un officier arménien pendant un stage de l’OTAN, transféré en Azerbaïdjan pour y purger sa peine,  qu’Aliyev a gracié… et nommé à un grade supérieur

-        de la diplomatie du caviar, consistant à acheter le soutien occidental en échange de cadeaux, on peut appeler ça aussi pots de vin…,

-        de la nomination quelque peu étonnante de la femme d’Aliyev au poste de vice-présidente du pays,

-        pas non plus de son implication avec ses enfants dans les scandales révélés dans les Panama et Pandora Papers

-        et encore moins de la réalité des droits de l’Homme dans son pays (voir encadré)

 

Peut-être ne l’ont-ils pas fait, faute de temps, ou peut-être avaient-ils la « bouche pleine »… de caviar.

 

Cette attitude, cette absence de réaction, face aux exactions azerbaïdjanaises au Haut Karabakh sont, par contre, insupportables pour le peuple arménien. N’oublions pas qu’au sud, le Nakhitchevan est coupé de l’Azerbaïdjan par l’Arménie. Il ne serait donc pas étonnant que des incidents éclatent dans cette région. Une nouvelle guerre n’est pas à exclure pour assurer la continuité territoriale de l’Azerbaïdjan qui pourrait contraindre les Arméniens à quitter le sud de leur pays. Pour l’heure, des négociations ont lieu pour créer un couloir longeant l’Iran et reliant, par la même occasion, les deux parties de l’Azerbaïdjan.

 

La situation de découpage territorial, de rivalités ethniques et religieuses entretenues par les forces dominantes sont, toujours, sources de guerres qui peuvent resurgir à tout moment.

 

Jean-Louis Lamboley, le 24.10.2023

 

 

 

Après le génocide, les dispersions de la diaspora

A cette époque, la situation démographique de l’Arménie est quelque peu chaotique. En effet, des Arméniens vivant en Azerbaïdjan le quittent. Mais, surtout, la pauvreté, l’instabilité, l’absence de perspectives stables, incitent près d’un million d’Arméniens à quitter leur pays pour tenter leur chance ailleurs. Ils rejoignent la Russie où ils sont actuellement plus de 2 millions, l’Iran (600 000), les USA (500 000), la France (500 000), etc. On arrive donc au paradoxe suivant : 3 millions d’Arméniens vivent en Arménie et 9 millions hors du pays. Parmi ces 9 millions, nombreux ont la double nationalité. Par exemple, sur 500 000 se reconnaissant Arméniens, 400 000 sont nés sur le territoire français.

 

 

Extraits du rapport d’Amnesty International de 2022

Des nouvelles atteintes au droit international humanitaire ont été signalées, cette année, et aucun progrès notoire n’a été enregistré en matière d’enquêtes sur les crimes de guerre qui auraient été commis pendant le conflit de 2020 au Haut Karabakh. La liberté d’expression, de réunion et d’association, a été extrêmement limitée. Les autorités se sont livrées à des arrestations arbitraires de militants et militantes de la société civile dont certains et certaines ont fait l’objet de poursuites fondées sur motivations politiques. Elles ont en outre réprimé violemment des manifestations pacifiques et entravé les activités d’organisations et d’organes de presse indépendants. Les femmes et les filles étaient toujours victimes de discriminations. D’après un rapport du CICR, on serait toujours sans nouvelles de plus de 300 Arménien-ne-s porté-e-s disparu-e-s en territoire azerbaïdjanais. Le président de la République a promulgué le 8 février 2020 une loi sur les médias aux termes de laquelle les propriétaires d’organes de presse s’adressant à un public azerbaïdjanais devaient résider de manière permanente dans le pays, ce qui les rendait vulnérables à la censure et aux persécutions…

Sans commentaires. 

 

 Ils, elles luttent

Plainte contre Total Energies

 

Faire  reconnaître la responsabilité de Total Energies dans le dérèglement climatique est le fondement de la plainte au pénal des associations Sea Shepherd France, Darwin Climax Coalitions, Wild Legal et StopEACOP, pour 4 infractions graves : abstention de combattre un sinistre, homicide involontaire, atteintes involontaires à l’intégrité de la personne et destruction ou dégradation d’un bien appartenant à autrui de nature à créer un danger pour les personnes. William Bourdon, l’avocat des associations, précise que la voie pénale a été retenue car les procédures civiles n’intimident pas les grands patrons. La seule chose qui les embarrasse, c’est le risque d’une mise en examen, d’un procès public, d’une sanction pénale et d’une atteinte à leur image. Les plaignants entendent démontrer que Total Energies n’a pas limité ses investissements pétroliers et gaziers, malgré les recommandations des scientifiques et de l’Agence internationale de l’énergie. Selon le GIEC, environ 3.5 milliards de personnes vivent dans des zones vulnérables aux effets du réchauffement qui devrait être considéré comme un « sinistre ». « Le PDG de Total Energies, Patrick Pouyanné ne veut pas la mort de citoyens, mais il poursuit en connaissance de cause des projets fossiles dont il ne peut pas ignorer qu’ils vont fabriquer des morts. Bien qu’il soit engagé à atteindre la neutralité carbone en 2050, le groupe va augmenter sa production d’hydrocarbures de 2 à 3 % par an d’ici à 2030 avec des projets de GNL au Qatar, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, aux Etats-Unis et au Mozambique ainsi que des projets pétroliers au Brésil, dans le golfe du Mexique, en Irak ou en Ouganda. Les mégaprojets en Ouganda et en Tanzanie sont particulièrement décriés car ils menacent d’expropriation plus de 100 000 personnes et se situent au cœur d’un parc naturel. Le tribunal judiciaire de Paris a jugé irrecevable le recours de 6 ONG contre les projets en Ouganda (Tilenga) et en Tanzanie (Eacop). La justice française suivra-t-elle les Pays Bas qui ont condamné, en 2021, le groupe Shell à réduire ses émissions de GES de 45 % d’ici à 2030… (reporterre.fr) 

 

USA. La misère s’expose dans les rues

 

Dans les villes les plus riches des USA, en particulier dans l’ouest américain, pauvres et sans domicile fixe démontrent s’il en est besoin que si le rêve américain est un mirage, le mot de Bush comme quoi  « notre modèle n’est pas négociable », vire au cauchemar : 50 000 sans abri à Los Angeles, 90 000 à San Francisco, 5 000 à Phoenix, 4 000 à Portland, 9 000 à Denver. La Californie, Etat le plus riche, est le plus touché. Il concentre 1/3 des sans abri et dans la dernière décennie, ce nombre a augmenté de 43 %.  La situation est particulièrement dramatique à Phoenix qui a connu 31 jours d’affilée à plus de 43° et où il fallut évacuer de force les sans-abri vivant dans la rue. A San Francisco ce fut l’expulsion des campements urbains sur les trottoirs. Ces populations en déshérence, sans possibilité d’accès à des logements trop chers, comptent, parmi elles, de nombreux toxicomanes et de personnes atteintes de troubles psychiatriques.

 

Ces faits sont rapportés par la journaliste Corinne Lesmes, le Monde du 30 septembre 2023 

 

 

Ukraine/Russie. Et après ?

 

Il ne s’agit pas, ici, de retracer la guerre entre l’Ukraine et la Russie, mais plutôt de développer un certain nombre de points de vue, de réflexions, pour tenter de cerner les raisons qui ont conduit à ce conflit. Il y a en effet un certain nombre d’aspects qui ont été négligés, sur lesquels il est intéressant d’insister, d’une part le poids de l’histoire et d’autre part le processus qui a conduit à la guerre et n’a fait que l’amplifier.


                                     1 – Le poids refoulé de l’histoire

 

Il semble nécessaire de souligner que les pays de l’Est, dans leur configuration actuelle, y compris en Ukraine, résultent en grande partie du pacte germano-soviétique, conclu entre Hitler et Staline en 1939. La Pologne qui avait été rayée de la carte,  partagée entre l’Autriche-Hongrie, la Prusse et la Russie, a retrouvé un semblant d’indépendance après la première guerre mondiale. Pour l’Allemagne nazie, il s’agissait d’accroître son « espace vital ». Ainsi, la Pologne fut partagée entre l’Allemagne et l’URSS, Staline en profitant pour occuper les pays baltes et envahissant la Finlande. C’est dire que ces pays rattachés à l’Union soviétique ne résultaient aucunement d’une révolution. Quant à la partie ouest, occupée par les nazis, elle était marquée par un antisémitisme virulent et les pogroms. Lorsque la guerre éclata, en 1941, entre l’Ukraine et l’URSS, les pogroms et les actes antisémites se prolongèrent dans la partie ouest de l’Ukraine actuelle. La région de Linz, encore appelée Lemberg (1), fut l’objet d’une guerre civile ravageuse contre les Juifs et les communistes, dans laquelle s’illustra Bandera, de sinistre mémoire.

 

Lorsque l’Armée rouge fit reculer les armées nazies et, en application des accords de Yalta, occupa les régions anciennement polonaises catholiques et une partie de la Bessarabie ainsi que des régions faisant partie de la grande Roumanie, de la Hongrie et de la Slovaquie, il va sans dire que ces peuples n’avaient aucune unité nationale, parlaient des langues différentes et les religions se concurrençaient. La partie slave était concentrée, en Ukraine, dans la région Est la plus industrielle.

 

2 – Avant et après la désintégration de l’URSS

 

Les pays qui furent rattachés à l’Union soviétique et qui, selon le mot de Brejnev, ne disposaient que d’une souveraineté limitée, connurent des révoltes successives : en Pologne, en 1956, contestations ouvrières réprimées ; la même année en Hongrie, conseils ouvriers réprimés sous Khrouchtchev. Il en fut de même en Tchécoslovaquie en 1968 pour le printemps de Prague. Ces « socialismes » de caserne connurent effectivement un développement des forces productives (industrialisation, éducation…). Quant aux rapports sociaux de production et dans la société elle-même, il n’y eut guère de changements (hiérarchie, concurrence, poids de la religion, absence de liberté…).

 

Lors de la désintégration de l’Union soviétique en 1991, promesse fut formulée à Gorbatchev puis à Poutine, la dissolution de l’OTAN suivrait la dissolution du pacte de Varsovie. Or, cette promesse ne fut pas tenue, bien au contraire.

 

Ivre de sa supériorité, l’hyperpuissance américaine pensait pouvoir contrôler l’ensemble du monde. Or, cette période fut brève. Elle fut marquée par l’apparition de grandes catastrophes dans les pays de l’Est, l’accaparement des biens publics par les oligarques, le chômage, la misère et la corruption ainsi que le passage progressif des pays dits de l’Est dans le giron de l’économie libérale jusqu’à intégrer l’OTAN et l’Union Européenne.

 

En Ukraine, pays particulièrement corrompu, où se disputaient oligarques pro-russes et oligarques pro-occidentaux, ces derniers finirent par l’emporter, suite au « soulèvement » de Maïdan, ce que les Russes considèrent, du point de vue juridique, comme un coup d’Etat. Le nationalisme ukrainien, incité par les groupes néo-nazis, alla jusqu’à interdire l’usage admis de la langue russe, particulièrement usitée par les Slaves de l’est. En effet, jusqu’à cette décision complètement ubuesque, la langue ukrainienne et la langue russe étaient enseignées de la même manière sur l’ensemble du territoire ukrainien. Cet oukase ukrainien provoqua la révolte des régions de Donetsk et des environs et une guerre larvée dans laquelle s’immisça de plus en plus l’armée russe. Des accords dits de Minsk furent conclus, pour tenter de mettre fin, en apparence, à ce conflit. Il s’agissait en fait comme l’avoua plus tard Mme Merkel de gagner du temps pour armer et organiser l’armée ukrainienne.

 

3 – Deux aveuglements, deux échecs

 

La Russie poutinienne ne parvenant pas à obtenir satisfaction sur la nécessité pour elle-même de garder l’Ukraine dans son orbite, décida de déloger le gouvernement pro-occidental qui s’était installé à Kiev. L’armée russe concentrée en Biélorussie pensait faire fuir très rapidement le gouvernement ukrainien afin d’y placer un pouvoir à sa botte. Ce fut un échec lamentable  qui contraignit l’armée russe à se concentrer sur l’Est de l’Ukraine et à y occuper véritablement une partie de ce territoire.

 

Le deuxième aveuglement et le deuxième échec concernent les USA et l’UE qui misèrent sur l’effondrement du régime poutinien. Ce fut loin d’être le cas. En effet, l’armée russe adopta une logique défensive, installant plusieurs rangées de tranchées, les fameuses « dents du tigre » pour bloquer l’avancée des chars ennemis et pilonnant toutes les tentatives d’avancées de l’armée ukrainienne dotée pourtant de technologies les plus sophistiquées.

 

On assiste ainsi à une guerre d’usure, jusqu’au dernier ukrainien pour les Occidentaux (?), et jusqu’à l’effondrement/épuisement du gouvernement Zelensky. Certes, nous n’en sommes pas là mais les gouvernements occidentaux avouent qu’ils n’arrivent plus à produire suffisamment de munitions, d’obus, de tanks pour satisfaire la contre-offensive ukrainienne que personne ne voit venir. Pour l’heure on assiste en fait à des coups d’épingles sur la peau du rhinocéros russe.

 

La stratégie américaine en est toute chamboulée. Elle pensait que cette guerre serait courte pour se concentrer sur son ennemi principal, à savoir la Chine. Elle misait également sur le raffermissement de sa puissance en Europe en coupant les approvisionnements de pétrole et de gaz russes. Elle n’a fait qu’affaiblir l’Allemagne, fragmenter encore plus l’Europe, y compris en divisant son plus fidèle allié, la Pologne antirusse.

 

Qu’en conclure ?

 

Les pouvoirs des différents empires et de leurs supplétifs instrumentalisent religions, ethnies, concurrences entre eux qui sont autant de sources de conflits. La croissance des forces productives n’entraîne nullement entraide et coopération dans les rapports à l’intérieur des pays et entre les nations.

 

La poursuite de la colonisation des Palestiniens, si elle est différente, connaît également des similitudes de manière exacerbée, entre colons et les Palestiniens.

 

De même, la situation de l’Arménie démontre que les conflits qui ne sont pas réglés dans le sens de la concorde entre nations, ont tendance à faire surgir de nouveaux monstres. On peut se demander d’ailleurs si le découpage colonial et son caractère arbitraire ne seront pas sources de conflits futurs entre pays composés de différentes ethnies.

 

Gérard Deneux, le 31.10.2023  

(1)   lire Le retour à Lemberg de Philippe Sands (ed. Albin Michel)