Rouges de colère car les classes populaires ne doivent pas payer la crise du capitalisme.



Verts de rage contre le productivisme qui détruit l’Homme et la planète.



Noirs d’espoir pour une société de justice sociale et d’égalité


lundi 27 février 2023

 Ci-dessous l'éditorial et les textes publiés dans PES - Pour l'Emancipation Sociale -

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De cette société là…

 

On n’en veut plus… Les vieux dans la misère, les jeunes dans la galère… N’est-ce qu’un slogan ? Certes, le ventre mou de ceux qui ne sont pas encore atteints par le virus de la régression sociale évite encore l’embrasement général. Ceux-là sont encore sensibles à la propagande gouvernementale : la « réforme » des retraites est juste, responsable, nécessaire… Et lorsque le navire de la bonne « gouvernance » chaloupe, le grand Mamamouchi convoque en son palais, en secret, la bande d’éditocrates afin que ces perroquets apprennent bien leur leçon. Ils sont effarouchés lorsque la révélation de leur convocation en catimini apparaît au grand jour. Nous sommes libres, disent-ils, de répéter le jargon présidentiel. Les bouffons du roi ont de ces pudeurs… d’indépendance maltraitée.

 

Et puis… tout doit rester paisible. Deux millions manifestent, protestent… On les comprend, c’est la démocratie, la manifestation bon enfant, traîne-savates, bien encadrée, dans l’unité de ne rien bouleverser. Bloquer le pays, faire grève, vous n’y pensez pas, ce serait prendre la richesse produite en otage, mettre à genoux le capital. Enfin, cela se dit autrement : prendre en otages les usagers qui veulent continuer à se faire exploiter même si… ils sont de tout cœur avec les manifestants et les grévistes.

 

De cette société là… Peut-on encore supporter ces 10 millions de pauvres qui la composent, ces 8 millions qui dépendent de l’aide alimentaire, ces 1.2 million qui ne parviennent plus à se chauffer, ces 1.4 million n’ayant pas accès à l’eau potable, ces 300 000 qui dorment dans la rue, ces plus de 1 000 morts au travail par an…

 

On n’en veut plus… Mais alors, que faire du forcené de l’Elysée, cet entêté qui n’entend rien de la colère sociale prétendant, avec courage, faire subir à ces Français récalcitrants la régression sociale, nécessaire à l’expansion compétitive du capital. Quoi de plus normal qu’au sortir de la période covid, les milliardaires se soient enrichis et que Bernard Arnault, le premier d’entre eux, possède, au bas mot, autant que 20 millions de Français.

 

Malgré cela, les demeurés de la légitimité et de la légalité de pérorer : restons calmes, laissons les parlementaires voter pour nous entuber… Pas d’obstruction intempestive. La courbe démographique impose d’allonger les carrières pour accéder au plus vite au cimetière. C’est désormais pour le plus grand nombre métro, boulot, tombeau. La légalité du 47.1 ou du 49.3 permet d’aller au plus vite sans trop de parlottes parlementaires. Quant aux jacasseries trop virulentes, il suffit de rappeler que force est à la loi… des matraques au besoin.

 

On n’en veut plus… d’autant que tous les entêtés qui prétendent nous gouverner en obtenant des peuples la « soumission volontaire » pour continuer à faire leurs affaires, y compris celles des marchands de canons, prévoient, pour nous, le pire à venir. Pour eux, 60 % des richesses mondiales captées par les 1 %, ce n’est pas encore assez ! Pour eux, la « guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens », concurrence, compétition, confrontation… jusqu’à saccager les sociétés et la planète.

 

Alors, si l’on n’en veut plus de cette société-là, va falloir devenir ingouvernable, s’auto-organiser, défaire les hiérarchies instituées, tout bouleverser… Va falloir mettre de l’huile dans nos neurones, graisser les rotules de la détermination, faire naître des comités de quartiers, des comités de grèves… Y est-on prêt ? Pas sûr…

 

GD, le 24.02.2023

 

Poèmes de Pedro

 

à longueur de journée

le pépiement incessant

des oiseaux de mauvais conseil

 

grands-prêtres de l’impossibilité de faire autrement

 

accomplit son boulot endormissant

sur les vagues ondes des médias moyens

 

par chance la nuit déporte les conseils

 

Pedro Vianna

le 22.12.2011 in Observations

 

 

 

il faut des milliards de litres de sang

pour imbiber les drapeaux

qui flottent en haut des mâts

de la bêtise humaine

 

Pedro Vianna, le 17.02.1992

http://poesiepourtous.free.fr

 

 

Ukraine. L’engrenage meurtrier

 

Pas question, dans le cadre de cet article, de pouvoir, ne serait-ce qu’évoquer l’histoire de l’Ukraine (1) et même les modalités de la confrontation ayant conduit à l’agression de l’armée russe. Toutefois, il s’agit de se démarquer de la propagande de guerre, d’éviter de tomber dans le complotisme ou dans l’une ou l’autre représentation en « compétition » : celle du Bien contre le Mal, de la démocratie contre l’autocratie ou de la lutte contre un régime néo-nazi, piloté par l’OTAN en vue de détruire la Russie. Les peuples n’ont rien à gagner à épouser ces croisades : les intérêts des puissances en conflit ne sont pas les leurs.

 

Préambule

 

Pour comprendre la réalité de cette guerre et la montée aux extrêmes, un retour sur les évènements antérieurs s’impose.

 

Lors de l’implosion de l’URSS, la promesse de dissoudre l’OTAN n’a pas été tenue, y compris lors du mémorandum de Budapest de démilitarisation de l’Ukraine et de la reconnaissance de son indépendance. De même, les demandes de Poutine, lors de son premier mandat, d'intégrer l’Union européenne, et même l’OTAN, ont été purement et simplement dédaignées. Plusieurs raisons à cette attitude négative : la « volonté » continue des dirigeants des pays de l’Est européen, en particulier la Pologne, d’ostraciser la Russie. Par ailleurs, l’opposition au redressement économique de la Russie qui entreprenait la mise au pas, par Poutine, des oligarques russes. Enfin l’OTAN, dans les guerres engagées par les USA au Moyen-Orient, jouant le rôle de bras armé et de caution de l’Occident permettant aux USA d’ignorer l’ONU, et donc, le droit international.

 

Les privatisations sauvages entreprises en Ukraine, si elles ont été aussi, voire plus, dévastatrices qu’en Russie, n’ont connu aucun frein. Dès 1994, ce fut la curée des apparatchiks locaux, tout comme ceux venus d’Occident, y compris le fils Biden pris la main dans le sac pour s’accaparer les Biens publics et les riches terres agricoles. Le premier accord de partenariat avec l’UE fut conclu cette année-là. Les résultats, peu médiatisés à l’ouest, furent catastrophiques : la production industrielle diminua de 48 %, le PIB de 60 %, l’émigration prit une importance considérable (vers la Pologne notamment qui manquait de bras… exilés en Grande-Bretagne, en France…). On assista, dès lors, à une guerre fratricide entre oligarques hésitant entre la Russie et l’Occident ou ménageant les deux camps. L’Ukraine obtint la réputation d’être l’un des pays les plus corrompus de la planète, cette réalité n’empêchant nullement l’OTAN d’installer un bureau d’information à Kiev et « d’aider » à la formation de l’armée ukrainienne, réorganisée, afin qu’elle parvienne rapidement à adopter les standards occidentaux.  

 

Les pressions occidentales, la résurgence sur la scène publique des formations néo-nazies et antisémites, la naissance de partis politiques défendant les intérêts concurrentiels des oligarques et la cacophonie qui s’en suivit, finirent par aboutir à une « première » révolution dite Orange (2004) qui n’arrangea rien. Toutefois, la Russie poutinienne s’inquiéta de voir l’OTAN installer des missiles près de sa frontière ; elle multiplia les ingérences en Ukraine pour s’opposer à  l’Occident. Cette révolution Orange, manipulée, reposait néanmoins sur un ras-le-bol généralisé de la corruption et de « l’incompétence » des castes dirigeantes. Ainsi, fut imposé « un gouvernement pro-réformes occidentales » avec, à sa tête l’hésitant Iouchtchenko qui, en 2013, refusa de signer l’accord d’association avec l’UE. Et ce fut la révolte dite euro-Maïdan, la mobilisation populaire gangrenée par la présence des néo-nazis.

Destitué, le président se réfugia en Russie ; le Donbass s’était déjà enflammé suite à l’interdiction de pratiquer la langue russe… La guerre pointait son nez meurtrier. Mais, malgré la Crimée envahie puis rattachée à la Russie, à deux reprises le cessez-le-feu fut proclamé sous l’égide de la France et de l’Allemagne, la Russie et l’Ukraine s’engageant, avec les accords de Minsk, à éviter le pire. Il n’en fut rien : l’autonomie du Donbass dans un cadre fédéral, celui de l’Ukraine, ne fut jamais décidée par le gouvernement ukrainien.

 

Vraisemblablement, les Etats-Unis, tenus à l’écart de ces négociations de paix, ne souhaitaient que l’affaiblissement de la Russie et surtout la fin de la coopération économique entre elle et l’Allemagne… La guerre devint, dès lors, inévitable.  

 

C’est ainsi, qu’exaspéré, Poutine en vint à considérer que la guerre-éclair, « l’opération spéciale » antinazie, pouvait, à partir de la Biélorussie, chasser du pouvoir le « comique » Zelensky et faire ainsi repasser l’Ukraine dans le giron de la Russie. Les Etats-Unis « effrayés » par une telle audace, persuadés que Zelensky, l’armée ukrainienne, allaient s’effondrer, invitèrent le dirigeant ukrainien à choisir l’exil chez eux. « Je veux des armes pas un taxi » répondit celui qui habitait son nouveau rôle. En fait, la Russie poutinienne avait réussi à faire resurgir les réflexes nationalistes d’un peuple qui, malgré ses contradictions, refusait d’être dominé par une puissance étrangère agressive. L’invasion militaire fut donc un échec cuisant qui allait, de fait, provoquer la redéfinition des buts de guerre des belligérants, les risques de guerre mondiale et toutes les horreurs qui, inéluctablement, l’accompagnent.    

 

1 – Buts de guerre des camps opposés

 

Du point de vue de la Russie, il s’agit de tenter de conserver l’Ukraine comme Etat-tampon, neutraliste, en évitant, pour le moins, qu’il soit intégré à l’OTAN. Désormais, cette perspective semble difficile à atteindre. Toutefois, l’inclusion des régions du Sud et de l’Est ainsi que la Crimée sont des objectifs dont Poutine pourrait se satisfaire. Priver l’Ukraine d’un accès à la mer Noire est une éventualité contraignant, si elle se réalise, le régime Zelensky à une négociation défavorable. Dans l’optique d’une offensive russe massive jusqu’à Odessa et la Transnistrie, cette hypothèse est plausible.

 

La stratégie états-unienne poursuivie depuis plusieurs années, consistant à détacher l’Allemagne de la Russie, est désormais atteinte. Opposés à la construction des oléoducs Nord-Stream et à la politique économique suivie par le gouvernement allemand depuis Schröder, les USA ont réussi, à l’occasion de l’agression russe, à consolider l’OTAN, à assujettir à leur volonté l’UE. Les Allemands ont découvert que « notre protecteur est notre ennemi ». Les Européens doivent désormais accepter le nouveau protectorat US. L’aigle états-unien peut-il, pour autant, saigner davantage la Russie ? Cette guerre est aussi un affrontement entre deux systèmes industriels.

 

2 - Pourquoi la guerre va-t-elle durer, se prolonger ?

 

Le régime russe, sous Poutine, c’est celui du redressement économique, de la mise au pas des oligarques. La production de blé est passée de 40 à 90 millions de tonnes, dépassant celle des USA ; c’est l’économie qui est la première exportatrice de centrales nucléaires, qui a développé ses capacités  industrielles et son économie de guerre. Même si sa production d’armes est moins sophistiquée, elle est massivement redoutable. D’ailleurs, malgré les sanctions, pour l‘heure improductives, le rouble s’est valorisé (+ 23 %) par rapport au dollar, 30 % vis-à-vis de l’euro). La démocratie trafiquée russe, les valeurs conservatrices diffusées, y compris l’homophobie, le poids de l’Eglise orthodoxe, sont autant d’éléments qui maintiennent l’opinion favorable au régime, surtout dans les campagnes. Certes, si le nombre de morts parmi les soldats russes prenait des proportions beaucoup plus importantes, cela pourrait évoluer : 150 000 morts du côté ukrainien, 200 000 du côté russe (sans pouvoir vérifier ces chiffres). Qui craquera le premier ? Le camp occidental a certainement sous-estimé les capacités du secteur industriel de l’économie russe, de celles de l’armée russe à mobiliser 1 millions d’hommes, de la résilience de l’opinion russe, formatée à l’acception de cette guerre « juste », « patriotique » !

 

Les USA, comme l’UE, ont été surpris par la résistance ukrainienne et la volonté de Zelensky d’impliquer de plus en plus ceux qui se sont présentés comme ses alliés indéfectibles. Un arc belliciste s’est constitué de Washington à Varsovie, en passant par Londres. Objectif : faire saigner la Russie en accroissant, malgré les réticences, la fourniture d’armes à l’Ukraine. Cette guerre comparable à celle de 14-18, où l’artillerie constitue le « hachoir à viande » susceptible de s’opposer à toute percée d’un camp par rapport à l’autre, n’a en apparence qu’une issue, faire craquer l’un des protagonistes. C’est sans compter, qui plus est, sur une offensive d’ampleur meurtrière au printemps. D’ici-là, le recours aux armes est agité, des corps d’armées occidentales sont pré-positionnés en Pologne, dans les pays baltes, en Roumanie ; des promesses de livraisons d’armes à l’Ukraine sont réitérées… Pour l’heure, les conséquences de cette montée aux extrêmes a conduit au retour des forces de l’OTAN en Europe, à la fragilisation et la dépendance accrue de celle-ci (et l’Allemagne est la plus touchée) et du point de vue des intérêts des Russes, à la perte quasi définitive de son influence à venir sur l’Ukraine. Il semblerait que le régime poutinien en soit conscient, se contentant des gains territoriaux à l’Est et au Sud. Les pseudo-référendums initiés à cet effet sont le signe de la volonté de ne rien lâcher à cet égard.

 

3 – Alors, vers la 3ème guerre mondiale ?

 

L’effroi du secrétaire général de l’ONU est significatif : il a comparé les belligérants à des somnambules qui, les yeux ouverts, nous conduisent à l’abîme. Quand on connaît la manière dont, sous des prétextes « futiles » (assassinat à Sarajevo de l’archiduc d’Autriche), la 1ère guerre mondiale s’est enclenchée, on peut évidemment craindre le pire. On peut craindre également, comme le souligne l’essayiste Pierre Conesa, le complexe militaro-intellectuel, ces pousses-au-crime, comme tous les BHL qui ne manqueront pas de brandir la « guerre juste » contre la barbarie. On en a vu les résultats au Moyen-Orient et, tout particulièrement, en Lybie. L’escalade en cours, la multiplication des sanctions et contre-sanctions, les fournitures d’armes, la mobilisation militaire générale en Russie et la transformation de son système en économie de guerre, ne conduisent pas à la table des négociations. Qu’une bombe atterrisse en Pologne et les Occidentaux pourraient invoquer l’article 5 de l’OTAN pour déclarer la guerre à la Russie et frapper le Kremlin. Et si Moscou ou une autre ville était frappée, le Kremlin pourrait répliquer à l’aide d’armes  nucléaires… tactiques.

 

Qu’est-ce qui peut empêcher cette éventualité effroyable ? Les pays du Sud, aux Nations Unies, ont déjà fait savoir que cette guerre européenne n’est pas la leur, refusant de choisir un camp contre l’autre. Puis il y a la voix de la Chine qui appelle à des négociations, au cessez-le-feu. Elle refuse cette montée aux extrêmes qui entrave son déploiement économique, notamment en Europe, mais qui, contradictoirement, retarde la confrontation avec les USA. A priori, elle craint que la Russie s’écroule, son tour suivrait… Peut-elle être entendue alors même que le péril jaune ne cesse d’être évoqué ?

 

4 – La montée aux extrêmes, l’horreur et la propagande

 

L’intensification de la guerre reste à l’ordre du jour. L’armée russe utilise 20 000 obus par jour sur le front, l’armée ukrainienne 6 à 7 000. Les usines russes tournent à plein régime ; les USA ont déjà fourni 1 million d’obus mais c’est insuffisant. Ils pourraient poursuivre. Biden répète « Tenez bon les petits gars » on va vous fournir munitions, chars et peut-être des avions. La Russie n’aurait jusqu’à présent utilisé que 10 % de ses missiles S300 et 30 % des missiles antinavires. La Grande-Bretagne prévoit de construire une usine d’armement en Ukraine…

 

Tous ces faits, plus ou moins vérifiés, retardent la crise des oligarchies et le déclin US. S’il faut considérer que s’affrontent des systèmes industriels opposés, force est de constater que les Etats-Unis sont sur le déclin. De fait, la mondialisation financière de l’économie mondiale sous leur égide, s’est retournée contre eux. Certes, ils restent la 1ère puissance économique et surtout militaire, avec leurs plus de 800 bases militaires réparties sur toute la planète. Toutefois, la part états-unienne dans la production mondiale n’a fait que décliner : 51 % en 1965, 26 % en  2000, 18 % en 2020. Elle manque d’ingénieurs, les élites étudiantes faisant le « libre choix » de la finance bien plus lucrative. Elle en arrive même à recruter ses meilleurs cerveaux et ses chercheurs en… Inde.

 

Un tigre blessé est d’autant plus redoutable quand il perd pied dans l’arène mondiale. Dès lors, la propagande de guerre bat son plein (y compris à l’Est). En ce qui nous concerne, on a même tenté de nous faire croire que la « bestialité poutinienne » en arrivait à bombarder les prisons qu’elle détient, les centrales nucléaires de Zaporijia qu’elle occupe, qu’elle avait saboté l’oléoduc qu’elle avait construit avec l’Allemagne…

 

Dès lors, cette « ambiance » conduit à la prolongation de la guerre et, au mieux, à terme, au gel du conflit. Pour finir une guerre, les ennemis doivent négocier. Dans l’équilibre des forces qui s’instaure, surtout après la probable offensive russe du printemps, la partition de l’Ukraine est possible. Il apparaît, en effet, que la production industrielle occidentale d’armement connaît de sérieuses difficultés et, qu’en tout état de cause, les USA, après avoir misé sur l’effondrement de la Russie, ne sont pas prêts à s’engager dans le bourbier ukrainien. Malgré les encouragements guerriers de Jo Biden, il semblerait que Zelensky soit prêt à écouter la voix de maître Xi…

 

Plus fondamentalement, cette guerre détourne les peuples du combat social nécessaire contre les pouvoirs qui les oppressent. Contradictoirement, les conséquences de cette guerre peuvent raviver la flamme de l’émancipation des peuples (2). L’inflation, l’austérité, les restrictions des droits sociaux et des libertés publiques sont de plus en plus inacceptables.

 

Gérard Deneux le 25.02.2023

 

(1)   pour connaître l’histoire de l’Ukraine lire Aux portes de l’Europe Histoire de l’Ukraine de Serhii Plokhy, ed. Gallimard, et ce, même si les derniers chapitres peuvent apparaître défendre un point de vue occidental

(2)   lire les articles d’Hanna Perekhoda, historienne à l’université de Lausanne et celui de Denys Gorbach, in Politis du 23.02.2023 illustrant les positions du mouvement Sotsialny Rukh, s’opposant à la politique néo-libérale de Zelensky ainsi qu’à la destruction des protections sociales et du code du travail, à l’oeuvre pendant cette guerre

 

Pour en savoir plus sur les modalités des privatisations en Russie, le poids des oligarques, y compris leur refuge financier dans les paradis fiscaux, à Londres notamment, lire le roman Oligarque d’Elena B. Morozov, ed. Grasset

 

A lire absolument : l’interview de Harald Kujat, ex-général allemand de l’OTAN. Beaucoup d’informations auxquelles nous n’accédons jamais (envoyée par Alain Mouetaux, un abonné) sur https://www.pardem.org/ukraine-un-ex-general-de-lotan-prend-la-parole  

 

Encart

Point de vue d’un abonné

« Je ne pense pas que la Russie ait voulu envahir et occuper l’Ukraine, l’an dernier, mais seulement montrer ses muscles. L’Ukraine est plus grande que la France. Il ne faut pas seulement renverser un gouvernement, mais surtout ensuite contrôler le territoire. Pas une mince affaire en l’occurrence. De fait, la Russie est déjà encerclée par les USA/OTAN (de la Tchéquie à la Lituanie en passant par l’agressive Pologne;..). Le destin pro-russe des régions sud-est (Donbass…) et Crimée me semble solidement accepté par les populations locales. Hormis les effets de propagande « humanitaire » occidentale, l’Ukraine est surtout frappée dans ses infrastructures par les Russes (aucune comparaison avec le Vietnam). L’UE ne peut pas entrer en guerre directement contre la Russie. Les USA ont abandonné l’Afghanistan pour « s’occuper de la Chine ». Ceci depuis Obama. Je vois comme issue l’Ukraine transformée en Autriche « neutre », non membre de l’Otan mais membre de l’UE (ce que Poutine a déjà accepté dans un discours. Et pour de longues années une nouvelle « guerre froide ». Donc de propagande. De nombreux déploiements militaires ont lieu actuellement dans la région Chine/Japon/Corée (les 2) et bien sûr, Taïwan. C’est là, je pense, que se joue le destin de l’Ukraine ».

Fred Kosman, le 2 février 2023

 

Faisons battre en retraite les chiens de garde !

 

Après avoir fait la pub du projet de contre-réforme des retraites, la plupart des commentateurs en poursuivent la défense, sans trêve ni repos. Dans de nombreux titres de presse, les chefferies médiatiques la disent « indispensable ». Du côté de l’audiovisuel, studios et plateaux sont modelés par et pour les professionnels du commentaire qui en font « naturellement » leur terrain de jeu. Partout le reportage est réduit à peau de chagrin et les travailleurs ne sont généralement entendus que par le biais de micros-trottoirs. Partout, les « débats » se font en vase clos ou dans des conditions iniques et inégales : face aux contestataires, les chefferies éditoriales déploient leur escadron de fast thinkers en défense de l’ordre établi… Tous se chargent de diffuser la bonne parole.  Jour après jour le journalisme de démobilisation sociale est au beau fixe. Depuis 30 ans, celui-ci ne vise pas à informer mais à promouvoir la régression sociale et à démobiliser ceux qui la contestent. Incapable de rendre compte de la construction collective du combat social, syndical et politique, le journalisme dominant suit à la lettre sa feuille de route traditionnelle par temps de « réforme »… Emission après émission, les petits soldats réactionnaires de Bolloré sont en tenue de combat. Mais ils sont loin d’être les seuls : chaque crise voit l’extrême droite médiatique assurer le maintien de l’ordre de concert avec les combattants de la « raison » macroniste et libérale.  Les 10 éditorialistes invités à déjeuner à l’Elysée en sont de parfaits prototypes. Tous se sont chargés de ventiler les éléments de langage du président, sans mentionner le président à la demande expresse… du président. Ils se sont servilement pliés à une opération de communication décidée par l’Elysée… L’homogénéité sociale des journalistes-vedettes et la solidarité de classe qui les unit fondamentalement à un gouvernement au service des élites économiques, n’en finit pas de miner le pluralisme d’un côté et l’information de l’autre. Quant à l’auto-légitimation des pires pratiques journalistiques, elle a encore de beaux jours devant elle…

Tant qu’il le faudra, nous continuerons le combat : diffuser le plus largement possible une critique radicale des médias qui appelle à leur transformation !

 Acrimed (Action-Critique-Médias). Pour accéder à la totalité du tract : acrimed.org

 

Chanson croisée

 

C’est un jeu de lettres basé sur le principe de la télé-grille.

Le jeu est accessible en ligne à l’adresse

https://chansoncroisee.merome.net

Chaque mois, une grille originale basée sur une chanson « engagée », dans la ligne éditoriale de PES, sera publiée ici et la solution sera donnée le mois suivant.

Chaque grille repose sur une chanson francophone : les définitions à gauche correspondent à des mots dont les lettres forment un extrait de la chanson à découvrir à droite.

Chaque nouvelle lettre trouvée sur une partie de la grille doit être reportée sur l’autre grille. Il y a plusieurs façons de résoudre le puzzle : en utilisant ses connaissances, les règles de grammaire et d’orthographe, l’intuition, les rimes de la chanson…

Sur le parcours du jeu, vous trouverez des cookies mais ils  ne sont pas dangereux dans le sens où ils ne servent pas à tracer des comportements ou profiler des utilisateurs pour leur afficher de la pub. On peut tout à fait jouer en mode « navigation privée » ou « mode incognito » où les cookies sont supprimés à la fin de la partie.

Découvrez ce jeu. Bonne grille et chantez maintenant

Jerôme, créateur de Chanson croisée

 

Nous avons lu

 

Stratégies anticapitalistes pour le 21ème siècle

Au sein des « gauches » mondiales, bien divisées, resurgit l’idée d’une stratégie anticapitaliste. Partant de ce constat, l’auteur états-unien, professeur de sociologie à l’université du Wisconsin, s’attache à faire d’abord l’inventaire critique des modèles historiques de « sortie » du capitalisme. Comment peut s’opérer la rupture révolutionnaire ? Si, d’après lui, il faut éviter la fuite libertaire ignorant la prise de pouvoir, la régulation dite sociale-démocrate qui tente de surmonter les crises du capitalisme en s’y soumettant, le « socialisme » étatisé, nouvelle forme bureaucratique d’exploitation et d’oppression, c’est que ces « modèles » se sont révélé insuffisants. Elaborer une transition post-capitaliste supposerait une réflexion positive mettant l’imagination au pouvoir susceptible de mettre les acteurs sociaux en mouvement. Comment ? En initiant par en bas et par en haut, des institutions, des espaces de vie anticapitalistes où l’optimisme de la volonté se conjuguerait avec celui de l’intelligence. Pour aboutir à la démocratie économique au sein d’une société de marché ? Avatar d’une nouvelle espèce de social-démocratie où la lutte des classes et la guerre seraient absentes ? A lire néanmoins pour s’apercevoir que des idées iconoclastes sont en train de germer, y compris aux USA. GD

Erick Colin, ed. La découverte, octobre 2020, 19€

 

L’Occident malade de l’Occident

Cet essai, paru en 2009, conserve toute son actualité. Opérant un retour sur le passé historique récent, il éclaire les enjeux du présent. Après les guerres d’invasion en Irak, en Afghanistan, mais aussi la crise géorgienne, c’est notamment le rôle joué par l’OTAN qui est mis en lumière. La nouvelle donne planétaire qui s’annonce, la montée en puissance de la Chine, sa rivalité avec les USA, la guerre en Ukraine, confirment que l’Occident, désormais sur la défensive, a besoin d’ennemis afin de continuer à assurer sa suprématie. Après les pays arabo-musulmans, la Chine, la Russie, mais aussi les pays émergents (BRICS), les pays d’Asie du sud-est, sont autant d’adversaires révélateurs de la crise systémique mondialisée. Se comportant comme une citadelle assiégée voulant convaincre du bien-fondé de « ses » valeurs, n’hésitant pas à récrire ou à occulter son passé. Ainsi, est révélé le rôle joué, notamment par les Etats-Unis et la CIA pour soutenir financièrement depuis 1959, les rebellions du « régime » théocratique tibétain ou plus récemment l’organisation des Ouïgours (315 000 dollars en 2008). Dans le même esprit d’informations dissimulées par les médias dominants, le constat du régime russe sous l’ère Poutine avant sa guerre d’agression contre l’Ukraine : augmentation de la production de 70 % par rapport à celle de 1999, de 115 % de la consommation des ménages. Il n’y a pas lieu, dès lors, de s’étonner du taux d’approbation du régime poutinien (80 %)…et donc d’en conclure que la guerre en Ukraine va.. perdurer… GD

Martine Bulard et Jack Dion, ed. Fayard, 2009, 22€

 

Retraites. Enième bataille

 

Encore une contre-réforme du système des retraites, pour soi-disant, encore une fois, le « sauver » ! Une histoire rapide s’impose pour démontrer que, depuis sa création, il n’a été question que de régressions. Et voilà qu’à nouveau, il y aurait urgence face au déficit du régime. Ce qui est certain, c’est que Macron ne voudra pas perdre la face. Borne est donc autorisée à user de toutes les méthodes pour que ça passe. La bataille est engagée au Parlement et dans la rue. Si la rue lâche et si la lutte ne prend pas une forme de blocage par la grève, Borne n’aura plus de limites.

 

1 - Une dynamique de long terme de dégradation des droits à la retraite

 

Tous ceux qui ont touché au système des retraites depuis des décennies, qu’ils soient de droite ou de « gauche », se sont présentés comme ses défenseurs et ont tous contribué à durcir les conditions d’accès à la retraite.

 

C’est à l’aune de la formidable construction du régime général de la Sécurité Sociale, incluant une assurance vieillesse pour tous les salariés, en 1945, qu’il faut mesurer les régressions des « contre-réformes » qui ont, très vite, omis les 4 principes fondateurs : universalité, financement par la cotisation, unité de caisse pour l’ensemble des risques sociaux et gestion démocratique des caisses. Même si les régimes « pionniers » par capitalisation ont été conservés, les classes dominantes ont dû accepter de perdre la main sur le régime général et  n’ont eu de cesse de remettre en cause la direction des caisses par les salariés. Dès 1967, l’ordonnance Jeanneney/De Gaulle met fin à la caisse unique et au principe de compensation : quand une branche est en déficit, l’excédentaire la compense et vice versa ; 4 caisses sont créées : maladie/accidents du travail/maladies professionnelles, vieillesse, famille, et recouvrement). Elle crée le paritarisme et affaiblit de fait le pouvoir des syndicats, les salariés perdant 1/3 des sièges dans les Conseils d’administration au bénéfice du patronat. En 1996, la loi Chirac/Juppé redonne à l’Etat le pouvoir sur le financement : le budget est désormais voté par le Parlement (loi de financement de la Sécurité sociale – LFSS). L’UE considère que les prestations sociales déficitaires doivent être inscrites comme une dette sociale incluse dans le budget de l’Etat. La Cour des Comptes veille à l’orthodoxie budgétaire ainsi que les directeurs des caisses nommés par l’Etat, désignant eux-mêmes les directeurs des caisses locales.

 

Pour autant, la période 1945/début des années 1980 est celle de l’expansion. En 1945, la plupart des personnes décèdent avant l’âge de la retraite à taux plein (65 ans) ; l’espérance de vie à l’époque se situe à 48.5 ans pour les hommes et 52.4 ans pour les femmes. Mais à partir des années 50, la couverture s’accroît (extension du salariat, travail des femmes…) et permet qu’en  1970 les retraités ne constituent plus la catégorie la plus pauvre de la population. Cette évolution est aussi due au relèvement du taux de remplacement, à la montée en charge des complémentaires ainsi qu’à la création, en 1972 (jusqu’en 1999), d’une « garantie de ressources » (égale à 70% du salaire antérieur), versée aux salariés licenciés âgés de + 60 ans afin d’attendre l’âge légal de la retraite. Cette amélioration est telle que lorsque le gouvernement Mitterrand inscrit dans la loi la retraite à 60 ans les salariés redoutent une réduction des droits. Dans les années 80, la retraite devient un véritable remplacement du salaire, et ce, de manière universelle, même s’il reste des disparités.

 

Cependant, dès les années 80 jusqu’à 2010, on assiste à des « réformes » freinant la progression des droits et durcissant les conditions de la retraite. Les gouvernements veulent absolument contenir l’évolution des pensions, car l’allongement de la durée de vie, l’arrivée de générations nouvelles nombreuses à la retraite et l’amélioration des droits des femmes, à leur sens, pèsent trop lourd : il faut les réduire, pour disent-ils, tous, « sauver le système ».

 

En 1971, la loi Pompidou/Boulin passe l’obligation de 30 années de cotisation à 37.5 pour une retraite à taux plein, calculée sur les 10 meilleures années et non plus sur les dernières. En 1982, Mitterrand/Auroux font voter la retraite emblématique à 60 ans (tout en créant une décote pour les salariés ayant une carrière incomplète). Le niveau de vie des retraités est relativement « confortable » à cette période, par rapport au reste de la population mais, depuis 2010, les retraites se raccourcissent et le niveau de vie moyen des retraités se dégrade : désindexation des pensions, hausse de la CSG... De plus, les longues périodes de chômage pour les nouveaux salariés, le prolongement des études des jeunes, rallongent d’autant la durée du travail pour atteindre le taux plein. La retraite se raccourcit : l’âge moyen de liquidation est de 64 ans pour la génération 1976. La retraite pourrait redevenir un temps de déclassement social comme en 1970 et le niveau de vie des retraités décroche (d’autant que la politique salariale de l’Etat préfère les primes à l’augmentation des salaires).

 

Entre les années 90 et 2010, les contre-réformes se succèdent, portées par la droite et par la « gauche » (PS notamment), même si elles sont ralenties, voire même annulées grâce aux mouvements sociaux. Le coup d’envoi est donné par Seguin/Chirac en 1987  en indexant les pensions du régime général sur les prix et non plus sur les salaires, ce qui rogne largement les pensions. En 1991, Rocard « au nom du sauvetage du système par répartition », propose 3 « réformes » qui seront la matrice de toutes celles qui suivront : allongement de la durée de cotisation, calcul de la pension sur les 25 meilleures années et indexation sur le niveau des prix. Balladur (sous Mitterrand) en 1993 allonge les annuités de 37.5 annuités à 40. Puis Juppé en 1995, tente sa grande « réforme » de la Sécurité Sociale ; il doit reculer face au mouvement social puissant et le blocage du pays avec 3 semaines de grève, contraint à abandonner l’alignement des retraites du public sur celles du privé ainsi que le plan SNCF. Cette victoire fut de courte durée : Juppé, en 1996, provoque une véritable rupture et s’attaque au système en réintroduisant l’Etat dans gestion du budget (loi LFSS) ; il crée la Caisse d’amortissement de la dette sociale (CADES), chargée de gérer la « dette sociale » et l’autorise à recourir aux marchés financiers. Quand Jospin devient 1er ministre de la cohabitation (Chirac) en 1997, il affirme vouloir, lui aussi, « défendre les retraites des Français » mais ne revient pas sur les mesures précédentes. Raffarin, en 2003, généralise le système des décotes et allonge progressivement l’âge de départ pour atteindre 41 annuités pour tous (fonctionnaires inclus). En 2010, Fillon recule l’âge légal de 60 à 62 ans et l’âge du droit automatique au taux plein de 65 à 67 ans. En 2014, Hollande/Touraine passent la durée de cotisation à 43 ans et diminuent encore plus les moyens de la CNAV (caisse nationale d’assurance vieillesse) : de 14 800 salariés gérant 16.1 millions de retraités en 2017 à 13 700 salariés pour 16.9 millions de retraités en 2021. Macron/Philippe en 2019, en plein mouvement des Gilets Jaunes suivi de la pandémie, abandonnent le projet de régime universel à points.

 

2ème mandat, 2ème contre-réforme : Macron/Borne/Dessopt annoncent la retraite pour tous à 64 ans avec 43 annuités de cotisations en 2027. La 10ème bataille pour la retraite est engagée.

 

2 - Une partie de la bataille se déroule au Parlement

 

La 1ère ministre a annoncé le contenu du projet ce 10 janvier et la procédure accélérée (article 47-1 de la Constitution) qui limite les débats du Parlement : tout doit être bouclé en 50 jours. L’Assemblée Nationale a clos la séance le 17 février, sans avoir voté la loi. Le Sénat commence son examen le 2 mars et doit conclure sous 15 jours. Puis viendra la commission mixte paritaire pour trouver un accord entre les deux Chambres, le tout devant être bouclé au Parlement le 26 mars. Et s’il n’y a pas d’accord, Borne n’hésitera pas à dégainer le 49.3 et une ordonnance par laquelle le Parlement autorise l’exécutif à légiférer.

 

Ce projet est pourtant fondamental et ne peut être considéré comme un ajustement budgétaire inclus dans la loi rectificative du budget de la Sécurité Sociale. Le Conseil Constitutionnel sera sans doute saisi à l’issue de cette procédure mais, par expérience : aucune illusion sur cette institution des « Sages » !

 

C’est, de fait, une « réforme systémique » qui va bien au-delà des calculs paramétriques. En ce sens, le débat parlementaire ne peut être évacué comme une simple formalité. Il ne s’agit pas uniquement du vote ou non l’article 7, celui qui porte les limites de 64 ans et 43 annuités mais du financement par la cotisation, du maintien de la retraite par répartition, du rejet de la capitalisation qui réapparaîtrait au détour d’un article, comme une resucée du projet Macron 2019 sur la retraite à points ou sur le modèle imposé en 2005 de la Retraite additionnelle de la fonction publique (régime obligatoire par capitalisation contrôlé par l’Etat), toutes ces formules promues par les think tanks libéraux. Le budget des retraites représente 332 milliards€ en 2020, ça peut faire rêver !

 

Afin de contraindre le débat et d’empêcher que cette loi antisociale soit votée, les députés Nupes, et particulièrement LFI, ont déposé des milliers d’amendements. Pas question, pour eux, de laisser Borne (et la minorité Renaissance ralliant les LR), l’emporter pour, ensuite, s’en glorifier ! Peu habituée à l’opposition parlementaire, Borne en a perdu son calme, attaquant vivement LFI qui n’a pas retiré tous les amendements déposés (comme l’ont fait les autres membres de la Nupes) : « Fondamentalement, vous ne croyez pas à la démocratie. Vous la minez en la transformant en cirque ». Eh oui ! il faut toutes les audaces pour gouverner, mêmes les plus perfides.

 

3 - Pourquoi une telle « réforme » ? Simple question de mathématiques ?

 

C’est une nouvelle phase pour contenir la hausse des dépenses, affirme Borne : il faut réduire la part des retraites dans le PIB et comme la proportion des retraités augmente, la solution est de diminuer les droits en réduisant la durée des retraites, donc en allongeant la période au travail. Le ministre Lemaire, lui, veut diminuer les dépenses pour compenser la suppression d’autres recettes, comme celles de la CVAE - cotisation de la valeur ajoutée des entreprises - à venir (2024), soit 8 milliards d’euros. Cette « réforme » suit la même logique ultralibérale que celle de l’indemnisation chômage : faire travailler plus pour produire plus et pour accentuer la concurrence sur le marché du travail.

 

Le gouvernement s’appuie sur la fausse raison de « péril grave » pour le système actuel, menacé de déficit du fait de l’augmentation continue de l’espérance de vie et de la baisse de la natalité. Ces arguments sont mensongers défend Hervé Le Bras (1). D’une part l’espérance de vie diminue, ce qui signifie moins de retraités et par ailleurs, l’argument de la baisse de natalité n’est pas pertinent pour les proches années à venir car les nouveaux nés n’entreront sur le marché du travail qu’en 2045. Le déficit modeste estimé à 13.5 milliards en 2027 serait résorbé par le ralentissement de l’espérance de vie. Et si l’on ajoute solde migratoire et mortalité, le déficit disparaît à l’horizon 2030. Pierre Louis Bras, président du Conseil d’Orientation des Retraites (COR), est invité le 19 janvier devant la Commission des finances de l’Assemblée nationale. Ce haut fonctionnaire, rédacteur du rapport annuel du COR, déclare : « Les dépenses des retraites ne dérapent pas ». Elles sont « globalement stabilisées et, même, à très long terme, elles diminuent selon 3 hypothèses sur les 4 étudiées ». Stupeur dans les rangs gouvernementaux. Ce haut fonctionnaire ose contredire le Président de la République, la 1ère Ministre, le gouvernement ! « Sait-il qu’il peut être débarqué chaque mercredi en Conseil des ministres ? » conclut le journaliste Yann Bouchez ?

 

Pour le gouvernement qui crie à la « faillite du système », pas question de proposer des recettes  comme l’augmentation des salaires, des cotisations, leur élargissement aux dividendes, le déplafonnement des cotisations retraite pour les hauts salaires (cf encart), la création d’emplois ou encore la fin des exonérations patronales (13 milliards en 2020). Projetées sur 10 ans, les exonérations atteindraient 154 milliards en 2032, l’équivalent des déficits des régimes de retraite pointés par Borne. Et les manques à gagner pour la SS et sa branche vieillesse ne se limitent pas à la baisse de la rémunération du travail. Pour les entreprises, des allégements s’ajoutent aux exonérations comme l’intéressement et les plans d’épargne d’entreprise, les revenus du capital (stock-options ou actions gratuites). Ces exemptions ne sont pas compensées par l’Etat et manquent dans les caisses de la protection sociale (2 milliards pour 2022). Rien de tout ça, le seul modèle qu’ils appliquent est la réduction des dépenses en faisant travailler plus longtemps. L’allongement de l’âge de départ à 64 ans et la mise en œuvre des 2027 des 43 annuités représentent une « économie » de  17.7 milliards en 2030 et 22 milliards en 2035.

 

4 – Les mesures « d’accompagnement »

 

Pour faire passer la pilule, Borne affiche des mesures « d’accompagnement » qui ne sont que poudre aux yeux et objets de communication pour ceux qui veulent bien se laisser prendre au piège de leur formulation mensongère. Ainsi, en va-t-il pour la retraite minimale.

 

La retraite minimale sera revalorisée pour tous à 1 200€ par mois. Supercherie ! Primo, cette mesure figure déjà dans la loi de 2003 et aurait dû s’appliquer dès 2008. Qui a « oublié » de rédiger le décret d’application ? Secundo, c’est 1 200€ brut (soit 1 150€ net, 22€ de plus que le seuil de pauvreté) Pour qui ? « Tous », annonce Dussopt, soit 1.8 million retraités, percevraient au minimum 85 % du Smic. Mensonge, dévoile Mickaël Zemmour (économiste) : il faut avoir cotisé pendant 43 ans. Alors combien ? 40 000 lâche Dussopt, au doigt mouillé et se fâche quand un député met en doute sa parole : « Je n’ai pas à rendre compte sur mes calculs et mes sources ». Mais si, Monsieur le ministre, c’est pour cela que vous êtes devant l’Assemblée nationale ! Ambiance ! Bref, les pauvres retraités resteront pauvres !

 

Sur les carrières longues. C’est un pire embrouillamini

Borne annonce : aucune personne ayant commencé à travailler tôt ne sera obligée de travailler plus de 44 ans ; 3 seuils d’âge conditionnent le départ. Injustice crie Pradié (LR) entre ceux qui ont commencé à travailler à 16, 18 ou 20 ans. Borne lâche du lest et crée 4 seuils d’âge : 63 ans pour celui qui a travaillé 5 trimestres avant 21 ans, 62 ans pour celui qui a travaillé 5 trimestres dans l’année de ses 20 ans, 60 ans pour celui qui a travaillé 5 trimestres l’année de ses 18 ans, à condition, pour tous, d’avoir cotisé 43 annuités. 58 ans pour celui qui a travaillé 5 trimestres avant 16 ans sauf… qu’il lui faut 44 annuités ???

 

Suppression des régimes spéciaux  

Rien de tel pour réussir à faire voter l’Assemblée : ressortir les vieux boucs émissaires ! Adopté par 181 voix contre 163 la suppression des régimes RATP, industries électriques et gazières dont EDF, Banque de France. Sont maintenus les régimes des marins pécheurs, de l’Opéra de Paris, de la Comédie française, tout comme les régimes autonomes (professions libérales et avocats) ainsi que celui… des députés et sénateurs… et du président de la République.

        

Aucune reconnaissance de l’usure professionnelle.

Partir en retraite à 62 ans sera possible pour ceux qui subissent la pénibilité reconnue. Les 4 critères supprimés par Macron en 2017 ne sont pas réintégrés : postures pénibles, vibrations mécaniques, manutention de charges lourdes, agents chimiques dangereux. Les travailleurs usés ont droit à une visite médicale… à 61 ans pour reconversion ? Le compte personnel de prévention de la pénibilité (C2P) est réintroduit... quand on sait que sur 13.5 millions de salariés pouvant y prétendre, seuls 1.5 million ont un compte ouvert !

 

L’index sénior. Un truc qui ne sert à rien

Un index sénior obligatoire serait créé « afin d’assurer la transparence en matière de gestion des âges et de valoriser les bonnes pratiques ». Pas de taux d’embauche obligatoire. Pas de sanction des licenciements abusifs. Aucune contrainte pour les entreprises alors que 40 % des 60-64 ans qui ne sont pas à la retraite n’ont pas de boulot et qu’à 61 ans, 30 % des ouvriers ne sont ni en emploi, ni à la retraite…

 

Cette « réforme » est injuste : elle contraint tous ceux qui n’ont pas des carrières complètes à travailler plus longtemps. Elle ne créera pas d’emploi, le recul de 2 ans de l’âge légal a pour conséquence une augmentation du chômage, évaluée à 0.9 point supplémentaire à horizon de 10 ans (selon l’OFCE) soit 277 000 chômeurs en plus. Cette « réforme » est antiféministe et ne corrige en rien les inégalités actuelles : 51 % des femmes retraitées (15 % des hommes) touchent moins de 1000 euros brut de pension. Plus de 50 % des bénéficiaires du minimum vieillesse sont des femmes seules. 1 femme sur 5 doit attendre 67 ans pour partir à la retraite pour échapper à la décote (deux fois plus que les hommes).

Elle va créer quantité de « vieux » sans-travail, sans-retraite, vivant de petits boulots épuisants ou de maigres prestations sociales. De tout cela, Macron/Borne et Cie n’en ont cure. Espérons que la colère qui gronde se transforme en tsunami collectif.

 

5 – La partie décisive de la bataille se déroule dans la rue

 

Pour l’heure, le mouvement social est « contenu » par les centrales syndicales, unies, qui donnent le tempo : une manif par semaine (sauf pendant les vacances) et une le samedi de temps en temps. Pour l’heure, ça marche (sans jeu de mots). Il y a du monde. Les médias dominants félicitent les syndicats (c’est le comble !), notamment la CFDT, pour les « rassemblements paisibles, massifs et disciplinés ». Rien à voir avec ces Gilets Jaunes réfractaires face auxquels il a fallu céder malgré nombre d’éborgnés et de blessés ! Mais Berger aura beau affirmer « que ce serait une faute démocratique de ne pas prendre en compte le fait que 2 millions de personnes soient régulièrement dans la rue », le nombre seul ne fait pas d’ombre au gouvernement.

 

Alors, « mettre la France  à l’arrêt le 7 mars prochain ? L’intersyndicale semble vouloir « durcir » le mouvement. Tous ? Les fédérations CGT des services publics et des transports ont appelé à la grève reconductible des éboueurs et de l’ensemble de la filière des déchets, idem pour celle de la chimie. Le blocage, seule façon de « mettre le capital à genoux » selon Frédéric Lordon, peut-il devenir effectif ?

 

Face à un pouvoir qui compte bien faire passer son projet ultralibéral et l’appliquer, le mouvement social doit durcir ses actions mais aussi élargir la bataille à d’autres enjeux, déclare Romaric Godin (2). Depuis la victoire contre le CPE (2006), les défaites se sont succédé ; en dépit de mobilisations très importantes, les contre-réformes des retraites (2003 et 2010) ont été mises en œuvre. Les centrales syndicales en ont, on le suppose, tiré les leçons et savent que le recul de 2020 sur l’introduction d’une retraite à points a été dû surtout à la pandémie. « Il y a fort à parier que si l’actuel mouvement en reste à de sages promenades collectives, rien ne freinera la brutalisation assumée du corps social par le pouvoir macroniste. Si le mouvement et ceux qui l’animent n’ont pas compris que dans le capitalisme libéralisé, la production de profit dépend de la déconstruction des protections sociales, alors, le pouvoir gagnera, même s’il lui faut du temps pour parvenir à ses fins.

 

Elargir le mouvement mettrait en œuvre des solidarités, des rencontres et débats, faisant se rejoindre celles et ceux qui luttent contre le mode productiviste qui détruit les écosystèmes dont l’Humanité est dépendante. Cela permettrait de « Préparer le jour d’après ! », rassemblant, comme cela s’est déjà produit, des organisations syndicales, associatives et environnementales pour reconstruire ensemble un futur en rupture avec le désordre néolibéral. « Ce serait le début de la construction du refus collectif du pouvoir économique sur nos vies ».  

 

Odile Mangeot, le 21.02.23

 

(1)   démographe

(2)   journaliste à mediapart. Auteur de La guerre sociale en France. Aux sources économiques de la démocratie autoritaire

 

Sources

-        le Monde Diplomatique (novembre 2022), article de Michael Zemmour Bientôt, la retraite à 70 ans ? et  février 2023, article de Nicolas Da Silva Novembre-décembre 1995, qu’en reste-t-il ?

-        Attac

-        AOC – Analyse Opinion Critique article  La (très) longue histoire des retraites aoc.media/

 

 

Depuis 1971, la 10ème bataille

 

1945

 Age de départ 60 ans (taux de remplacement 20%)

                         65 ans (taux de remplacement 40%)

 30 années de cotisation

 

1971 Pompidou/Chaban-Delmas/Boulin

De 30 à 37.5 ans de cotisation

Retraite calculée sur les 10 meilleures années

65 ans : âge de départ à taux plein

 

1982 – Mitterrand/Mauroy/Auroux

60 ans

37.5 annuités

pension calculée sur les 10 meilleures années

65 ans : âge de départ à taux plein

Création d’une décote

 

1993 – Mitterrand/Balladur

60 ans

40 annuités

calcul sur 25 meilleures années

Retraite indexée sur l’inflation

 

1995 – Chirac/Raffarin/Juppé                                                                                                

Propose 40 annuités pour régimes spéciaux

Retrait face au mouvement social

 

2003 – Chirac/Raffarin/Fillon    

60 ans                                       

40 annuités pour fonction publique

41 annuités en 2012 (sauf régimes spéciaux)

Décote allégée, création d’une surcote

Indexation sur inflation pour fonction publique

Dispositif carrière longue (ceux qui ont travaillé entre 14 et 16 ans)

 

2008 – Sarkozy/Fillon/Woerth

Régimes spéciaux

40 annuités puis à 41 (2017)

décote/surcote

indexation sur les prix

 

2010 – Sarkozy/Fillon/Woerth

62 ans pour tous (calendriers différents) 

41 annuités   

calcul sur 25 meilleures années                                                              

67 ans âge de départ à taux plein

 

2013 – Hollande/Ayrault/Touraine 

62 ans                                                     

43 annuités pour ceux nés après 1973 (2035)            

calcul sur 25 meilleures années (6 derniers mois pour FP)

 

2019 – Macron/Philippe

Projet abandonné : régime universel à points

 

2023 – Macron/Borne/Dessopt

64 ans  pour tous                                                                                 

43 annuités en 2027

     

Encart

Le plafond de la Sécu

Il sert de base de calcul, notamment pour les cotisations « retraite ». En 2023, il est fixé à 3 666€/mois. Ainsi, ceux qui gagnent, par exemple, plus de 10 000€/mois ne cotisent plus au-delà de ce plafond. Par contre, le calcul de leur pension s’effectue sur la base de 10 000€. De fait, ils « piochent » dans la caisse des cotisants plus modestes… un comble ! Et c’est pas fini ! Sur la partie non cotisée, ils peuvent prendre des Plans Epargne Retraite (fonds de pension capitalisé) pour augmenter leur pécule s’ils ne l’ont pas suffisamment fait en  achetant ou louant des logements. Aux USA ou en Grande-Bretagne, le recours aux fonds de pension  permet aux plus riches de partir en retraite à 50-55 ans, renforçant ainsi les inégalités. C’est ce modèle étatsunien qui tend à s’imposer !      

 

Encart

Cerbères de l’austérité pour les autres

 

Alain Juppé - inspecteur des finances – a pris sa retraite à 57 ans. Il bénéficie de cette pension, de ses droits à la retraite de parlementaire et de son indemnité de membre du Conseil constitutionnel = plus de 23 000€/mois

Pierre Moscovici – Président de la Cour des Comptes – perçoit un cumul retraite indemnité de 14 500€, 2 700€ de retraite de député européen, 8 500€ de son ancien mandat à la Commission européenne, soit 26 300 €/mois (14 fois le salaire médian).    

 

Le Monde Diplomatique février 2023         

 

Encart

La loi de 2020 promettant une retraite agricole de base revalorisée à 1200€ : une « arnaque, une annonce trompeuse et digne d’une escroquerie à grande échelle » dénonce la Confédération paysanne. De nombreux agriculteurs retraités perçoivent de modestes pensions, 766€/mois en moyenne. Et un retraité agricole ultra-marin sur deux touche une retraite inférieure à 333€/mois ! Ils ont des retraites encore plus indignes qu’en métropole. Celles et ceux qui ont arrêté leur carrière à cause du chlordécone sont doublement pénalisés. bastamag.com