Rouges de colère car les classes populaires ne doivent pas payer la crise du capitalisme.



Verts de rage contre le productivisme qui détruit l’Homme et la planète.



Noirs d’espoir pour une société de justice sociale et d’égalité


mardi 1 mai 2018


Expulsions en cours
Le texte ci-dessous est un cri du cœur d’une militante engagée dans la défense des exilés, face à l’usage inacceptable de l’expulsion, la seule que connaisse Macron et son ministre de l’intérieur

Mardi 10 avril 2018, un jour comme les autres… 9 expulsions d’exilés de la guerre et de la misère sont programmées, notifiées, exécutées, en Haute-Saône.
Quatre personnes placées en HUDA (hébergement d’urgence des demandeurs d’asile) doivent se rendre au commissariat ce matin pour y recevoir deux notifications : une assignation à résidence et une OQTF (obligation de quitter le territoire français).
Suite à la réception de ces deux mêmes notifications la semaine dernière, une famille albanophone avec 3 enfants, installée en France depuis 5 ans, décide - au pied du mur - de se rendre ce matin au siège de l’OFII (office français de l’immigration et de l’intégration) pour « accepter » un « retour » forcé vers le Kosovo qu’ils ont dû fuir. Accepter l’inacceptable de l’expulsion redoutée, d’un départ en toute invisibilité, sans résistance, « c’est la seule solution » pour éviter le décuplement de la violence par le déploiement de l’appareillage policier.
« C’est la seule solution » pour ne pas revivre le cauchemar de familles déchirées dont ils ont été plusieurs fois témoins. Pour ne pas revivre une image qui les hante depuis deux mois quand des gendarmes sont venus « cueillir » des enfants à l’école de leur village, ont séparé un enfant allaité de sa mère tout en voyant là « une occasion de le sevrer », ont menotté, frappé, le père « devant ses enfants » et l’ont embarqué avec 3 de ses 5 enfants en CRA (centre de rétention administrative) avant de rejoindre l’Arménie.
Froidement, inlassablement, chaque jour, la machine administrative et policière de la Préfecture avance, déchire des familles, broie des vies, détruit des rêves, bafoue la convention des droits de l’homme, le droit d’asile et le devoir d’hospitalité inconditionnelle. Chaque jour, elle continue à expulser en toute invisibilité, en toute impunité, sourde aux arguments et contestations, aux mises en garde d’un retour sous une nouvelle forme de l’histoire des « rafles » et des « camps ». Notification, assignation à résidence, OQTF, CRA, charter… L’annonce de l’un déclenche le coup suivant, exécute un pas de plus vers… le mur.
Une même méthode qui se répète et « se durcit » à coup de circulaires ministérielles destinées à éviter les « fuites », à « réguler » et rejeter efficacement des « flux » humains, des directives et des règlements européens qui renforcent et déploient le « complexe industrialo-carcéral »[1] en traitant les réfugiés comme des délinquants, en élargissant le rôle de l’agence Frontex (de contrôle et de « garde » des frontières), en ouvrant le fichier européen d’empreintes des migrants (Eurodac) à la prise d’image faciale, aux enfants dès 5 ans, et en discutant de la possibilité d’user de la « contrainte »…

Mardi 10 avril, un jour comme les autres… Les défenseurs de la Zone A Défendre de Notre Dame des Landes font le bilan de la nouvelle tentative d’expulsion qui a eu lieu la veille. « Dès 3h du matin, l’opération s’est déployée dans toute sa brutalité : interminables files de fourgons bleu marine, chars blindés, lacrymos, premiers blessés et premières arrestations »[2], auxquels s’ajoutent des lancers de grenades. La machine médiatique est aussi bien huilée, contrôlée : « les gendarmes ont annoncé que (…) la prise d’images de presse était prohibée et que les médias devraient se contenter de celles fournies par la gendarmerie »… « Les tritons crêté-e-s contre le béton armé » donc.
Face aux actions de destruction orchestrées par les mêmes ministre et Etat dits de droit, un même mot d’ordre se répète de chaque côté : « S’ils nous expulsent, on reviendra ! »

Mardi 10 avril, un jour comme les autres ?… Depuis quelques jours, la plume me démange. Comme un mal qui couve, nourri par la sidération, la tristesse, la colère, mais aussi l’obstination et l’espoir d’un espoir, ressentis face aux annonces quotidiennes de destructions et d’expulsions… Dans les facs, les gares, les services publics, le travail, mais aussi à Mayotte, à Gaza, et ailleurs… Face à cette machine qui avance inlassablement, dans l’indifférence des contestations et des revendications d’un autre monde, c’est un autre mouvement qui s’emballe obstinément comme un désir d’insurrection poétique onirique puisant sa force « du pus de la blessure »[3].

Rosa
Bravo ! François, contrôleur SNCF n’en peut plus de voir des mômes érythréens, soudanais, somaliens, qui ont échappé à la mort et à l’esclavage en Libye, sauvé leur peau en Méditerranée, et se font alpaguer par des CRS dans la gare de Menton pour renvoi en Italie. Il agit. « Arrivée du Ter sur le quai direction Italie : je me mets en mode combat ! Si le conducteur est sympa, il freine le plus loin possible, histoire de faire courir les CRS qui, avec de la chance, n’ont pas le temps d’embarquer les jeunes ». L’autre jour, il refuse l’embarquement de deux gamines érythréennes en pleurs, le règlement l’y autorise, le mineur présentant des signes de « vulnérabilité ». Le CRS fulmine et bloque la porte. François donne le top départ et fait démarrer le train sans les mineurs. La sanction n’est pas passée loin. Il utilise alors  la « tactique photoreporter» : je filme les flics embarquant les mineurs ; à bord, je les interviewe au tél. portable. Côté Italie, ils seront relâchés si les Italiens ferment les yeux et hop, ils reprennent un Ter pour la France. Je garde les vidéos, ça pourra servir un jour. On nous cherche des noises à nous, agents du service public, alors que c’est l’Etat français qui est dans l’illégalité ». Siné Mensuel déc. 2017, extraits.
Beurk ! Le 21 avril, Génération Identitaire (Extrême Droite) bloquait le col de l’Echelle (Hautes-Alpes) aux migrants, avec 2 hélicoptères, des drones et un avion biplace ! Cette même organisation avait affrété (sa campagne Defend Europ, 07/2017) le navire C-Star en Méditerranée pour dissuader les ONG de secourir les migrants en mer !
  



[1] Angela Davis, Une lutte sans trêve, Ed. La fabrique, 2016
[2] Communiqué, les expulsions ont commencé, la ZAD appelle à se mobiliser, http://zad.nadir.org
[3] Sarah Haidar, La morsure du coquelicot, Ed. Métagraphes, 2018.


NDDL. Macron montre ses muscles !


2 500 gendarmes, armés jusqu’aux dents de flashball, gaz lacrymogènes, barrages routiers, survols d’hélicoptères… On se croirait en guerre, s’énervent les riverains. A peine 3 mois après l’abandon officiel du projet d’aéroport, le gouvernement veut passer en force. 4 jours d’affrontements violents, faisant d’innombrables blessés, entre le 9 et le 13 avril, ont donné lieu à la démolition de 29 installations ou constructions (sur 97 recensées), cassant et saccageant au passage les jardins alentours et autres aménagements des habitants de la ZAD. La colère des occupants est vive d’autant que certains avaient entamé des démarches, notamment Michel de la ferme des « 100 noms », là où existent des projets agricoles ; ils avaient interpelé la préfecture pour se déclarer occupants. La réponse fut la destruction. Curieuse façon de commencer le dialogue !  « Ce n’est pas une main tendue c’est un revolver sur la tempe » !
Cette démonstration de force fait partie de la méthode du gouvernement, à NDDL, dans les universités en lutte et ailleurs. Stratégie de la tension accompagnée du dénigrement pour diviser. Pour aller jusqu’où ? Car, à NDDL, ils ne veulent pas céder ; déjà, ils ont reconstruit, grâce à des milliers de volontaires arrivés dès le 15 avril. Deux modèles de société s’affrontent en ce lieu symbolique de résistance. De même, un nouveau militantisme politique est né, désarmant aussi bien le pouvoir que certaines organisations militantes. Dans le mouvement global de mécontentement actuel, peut-il être moteur de convergences de luttes ?

1 – Pourquoi de tels agissements du gouvernement ?

La violence inouïe qui a déferlé sur la ZAD n’est pas le fait du hasard et l’on doit s’attendre à la multiplication de ce type d’opération dans le mouvement social actuel (1). Ce n’est pas le hasard et ce n’est pas nouveau : la stratégie de la tension est utilisée par tous les gouvernements mal élus et menant des politiques mal acceptées car inacceptables. « Un gouvernement loin du peuple, voulant lui faire avaler ce qu’il ne veut pas, croit avoir intérêt à user de la force brutale pour s’imposer et pour détourner l’attention, pour faire diversion. Le gouvernement n’est pas stupide au point de ne pas se douter que la réinstallation des zadistes évacués se fera. Car les gens exaspérés ne se laissent pas faire et l’Etat n’a pas les moyens de l’empêcher. On voit mal trois escadrons de gendarmerie bivouaquer dans les champs plus d’un mois. Et on voit mal comment quelques milliers de gendarmes empêcheraient d’agir un nombre de personnes dix fois plus important ».
« En agissant ainsi, il entend passer deux messages politiques : un, il cogne ; deux, il se moque de l’état de droit. En effet aucune nécessité judiciaire n’imposait un pareil déploiement de force à NDDL ». Ce message s’adresse à tous les opposants des « réformes » annoncées : « Vous voulez vous opposer ? Sachez que rien ne vous protégera de ma violence aveugle et disproportionnée et certainement pas la justice (chacun sait que toutes les blessures ne sont jamais condamnées ni réparées par la Justice). Quant aux médias dominants, ils ont depuis longtemps brisé toutes les digues de la déontologie quand ce n’est pas celles de la décence, et ils applaudissent déjà ».

Stratégie dangereuse qui dresse les groupes les uns contre les autres, les personnes les unes contre les autres, déchire les solidarités. Ajoutons à cela l’arrogance de Macron affirmant (le 15 avril lors de l’entretien avec Plenel et Bourdin) : « Et pour nos concitoyens les plus modestes, le retraité, la personne qui paie ses impôts, qui paie pour avoir une maison, qui paie son loyer, et l’agriculteur qui paie ses terres, vous pensez que je peux maintenant aller lui expliquer : il y a des gens qui ont un idée formidable, une idée fumeuse, ils paient pas les terres, se conforment à aucune règle, produisent du lait sans aucune règle… les règles de santé publique, c’est pas les leurs, ils ont un projet alternatif, c’est formidable, on paie plus rien, il n’y a plus de règles. Je peux les regarder en face ? ». Oui, bien sûr, il les a regardés en face « ceux qui paient » quand il a allégé encore l’impôt sur les grandes fortunes ! Cynisme et mépris incommensurables !

Simultanément, il tente la division, sur la ZAD, entre ceux qui « citoyennistes » veulent remplir les formulaires de déclaration individuelle comme l’exige la préfète et ceux qui refusent toute déclaration autre que collective. Marcel Thébaut, paysan et résistant historique, alerte : « Le collectif est la base et l’âme du mouvement. Si on se déclare individuellement, c’est forcément contre les autres ». Car il n’y a pas que des paysans, dans la ZAD, il y a des artisans, des sans-travail, des lieux de vie collective, bref, des gens qui inventent un autre mode de vie ensemble. Aux yeux de Macron, ils n’ont aucune « légitimité » à rester là ! Ce sont de « faux » illégaux face aux « vrais » illégaux occupants que le 1er ministre invite à déposer un dossier dans le respect des procédures « normales ». Pourtant, le mouvement de lutte contre l’aéroport et son monde, représenté par une nouvelle association, était prêt à signer des baux précaires (ou des conventions d’occupation provisoire) d’un an renouvelable, pour légaliser la situation, mais le gouvernement veut imposer des conventions individuelles pour trier les « bons » des « mauvais ». Tous ceux qui ne s’inscrivent pas dans la légalité devront quitter les terrains.

Cette stratégie de la tension peut se retourner contre le gouvernement et le faire perdre, écrit Frédéric Viale, parce qu’il est faible, il est au pouvoir avec moins de 15% des Français. Il est loin du peuple et engage des « réformes » à un train d’enfer qui vont toucher les classes moyennes ayant voté pour lui, et ne vont pas tarder à constater que les « réformes » ne favorisent que les plus riches. « Il n’est pas d’exemple dans l’histoire qu’une tension comme celle qui est entretenue actuellement par le gouvernement ne se retourne contre celui qui en est de fait responsable» affirme F. Viale et nous ajoutons, avec un mouvement social fort, des blocages, grèves et autres expressions de rejet, partout.   

2 – A La ZAD, un autre mode de vie

Macron aura bien du mal à faire taire la colère légitime. Ce 15 avril, malgré l’important dispositif policier et les tentatives d’intimidation, une foule joyeuse de plusieurs milliers de personnes revenait. La ZAD s’est repeuplée ! Ces gens de tous âges et toutes professions ont remonté, à bout de bras la charpenté de la nouvelle grange du Gourbis. Face aux policiers, suréquipés, des gens pique-niquent, jouent de la musique, jonglent avec des grenades usagées (4 000 ont été tirées par les gendarmes), discutent, les barricades sont surmontées de fleurs, des accordéonistes poussent la chansonnette…  De gré ou de force, nous garderons la ZAD ! chantent les occupants « Jamais nous ne partirons ! » Le lendemain matin, les forces de l’ordre ont rasé à coup de tronçonneuses la grange édifiée dans la nuit. La guérilla sera longue. Reste à voir qui sera le plus endurant du gouvernement ou des zadistes.

Les dégâts dans les têtes et dans les corps sont irréversibles. En 4 jours, la confiance qui avait pointé au moment de la décision d’abandon du projet, a été anéantie. Les résistants sont sur leurs gardes derrière des barricades. Quand une alerte est lancée, chacun enfile ses lunettes et son masque et se précipite vers le lieu attaqué. Les équipes « Médic » sont stupéfaites de constater les blessures graves au niveau des yeux et des pieds, provoqués par les tirs tendus de flashball, de grenades lacrymogènes et des bombes F4 lancées au couguar (un lance-grenade). Camille (ils s’appellent tous Camille les zadistes, ce qui fâche terriblement Môssieu le président de la chambre d’agriculture !), en rébellion depuis 40 ans, relève que « côté matos, ils ont fait de gros progrès. Ils ont des trucs qui font mal sans tuer. Un de leur gaz, de couleur jaune, rend vraiment malade. On reste mal parfois pendant plusieurs jours ». 

« Pourquoi vouloir à tout prix empêcher ces gens de vivre sur les terres qu’ils ont défendues ? » se demande un paysan « Ces gens interrogent nos modes de vie et notre société de consommation. Ils sont sans doute une partie de la solution pour sauver la planète du désastre ».

Parce que ce qui se joue là-bas, est la mise en œuvre d’un autre modèle de vie, d’installation collective autogérée. « On n’est pas idiot » déclare un autre Camille « on est prêt à réfléchir à différents cadres permettant aux uns et aux autres de rester. Mais on veut des garanties que sera trouvée une forme qui n’exclut personne et qui n’étouffe pas notre volonté de porter des projets collectifs et solidaires ». La préfète campe sur les positions de son ministre : la convention d’occupation collective des terres n’est pas une forme qui cadre avec le droit, il faut une convention personnalisée. La date butoir pour décliner identités et projets agricoles ou para-agricoles est fixée au 23 avril. Faute de quoi… tout ce qui doit être évacué sera évacué, a menacé Macron.  

Craindrait-il que se répande, à partir de la ZAD, une nouvelle forme de militantisme politique, rapprochant associations de défense, syndicalistes et mouvements autonomes et anarchistes ? Selon Sylvaine Bulle (2), la lutte contre le projet d’aéroport, entre 2009 et 2017, a été nourrie par des personnes venant de l’écologie, de l’alternativisme, membres de l’ACIPA (association historique des opposants à l’ancien projet d’aéroport), riverains légalistes, agriculteurs productivistes et d’autres issus de l’anarchisme libertaire. Ces derniers posent plus globalement la question des rapports de domination dans la société, d’un projet d’autonomie politique auto-organisé, sans recours aux institutions légales et politiques. Ils l’expérimentent dans les micro-actions imaginant qu’elles pourraient s’étendre jusqu’à changer le système politique marchand et capitaliste.

Dans le contexte du néolibéralisme et des problèmes sociaux qu’il génère, au regard de la perte de confiance dans les institutions politiques, les ZAD permettent au mécontentement de ressurgir et de se transformer en mouvement actif. La solidarité entre ces différentes composantes de résistance peut-elle durer ou s’effriter face à la fermeté de l’Etat ?

Ce 21 avril matin, les médias dominants informent que les occupants « illégaux » (40) ont accepté de déposer des dossiers. Une manière d’annoncer que Macron rentre ses muscles, sans perdre la face ? Ce qui est certain, c’est que la résistance extraordinaire des zadistes, qui a abouti à des victoires successives, est très populaire, soutenue par nombre de personnes qui refusent le modèle de société pour les riches que met en oeuvre Macron, l’imposant à coup de matraques policières et d’ordonnances anti-démocratiques. La colère est là, partout, transformons-là, là où nous sommes, en mouvement global pour « dégager » Macron et ce qu’il représente, pour construire une réelle alternative.

Odile Mangeot, le 21 avril 2018

(1)   Ce paragraphe a largement repris un texte de Frédéric Viale (ATTAC) « ZAD, universités, contestations sociales : la stratégie de la tension
(2)   Sociologue, dans Politis du 12 avril 2018 « la ZAD, « une action directe »

Pour des infos heure par heure  https://zad.nadir.org/
Sources : Bastamag, ATTAC, Reporterre, Politis




Macron, broyeur d’espérance à l’accès au savoir

Faire prendre des vessies pour des lanternes fait partie intégrante du discours dominant, cette novlangue qui renverse le sens des mots : les régressions sociales devenant des « réformes », les licenciements se traduisant par des « plans de sauvegarde de l’emploi » ; toute cette logomachie vaut pour la « loi d’orientation et de réussite des étudiants ». Il s’agit, en réalité, d’introduire la sélection à l’université. Macron l’avait promis : « il faut arrêter de faire croire que l’université est la solution pour tout le monde ». De fait, les mesures mises en œuvre préfigurent l’établissement d’un système à l’anglo-saxonne. La loi de 2007 avait préparé le terrain à l’offensive macronienne de destruction de la démocratisation du système scolaire. Telle est la raison de la mobilisation étudiante, largement déformée par les médias.

Etouffer les universités pour mieux les démanteler

La loi de 2007, dite « d’autonomie des universités », correspond à un retrait de l’Etat. Financièrement, il ne participe plus qu’à hauteur de 60/70% à leur fonctionnement, laissant aux présidents d’université le soin de solliciter les collectivités régionales et sponsors privés pour pallier les déficits. Une inégalité entre facs, régions s’est donc installée : amphithéâtres surchargés, locaux délabrés, moyens matériels insuffisants jusqu’à l’asphyxie et le scandale, en 2017, largement provoqué par le tirage au sort des étudiants sans affectation. Tout compte fait, ils ne représentaient que 0.9 % des étudiants. Bref, le terrain était préparé, d’autant que de 2009 à 2015, face à 280 000 étudiants supplémentaires, 7 147 postes furent supprimés. La plate-forme APB (Admission Post-Bac) expérimentait par ailleurs ce qui allait suivre. Elle sélectionnait les étudiants pour les filières sélectives BTS et classes préparatoires aux grandes écoles. En outre, la capacité d’accueil dans certaines filières, comme psychologie, droit, médecine, STAPS (sciences des techniques et activités physiques et sportives)… était largement insuffisante.

Une usine à gaz pour sélectionner

Pour camoufler la sélection, la loi ORE – Orientation et Réussite des Etudiants – laisse penser qu’en définitive ce serait l’élève de 15/16 ans qui opèrerait un choix… multiple. 900 000 demandeurs furent donc appelés à faire 10 vœux, soit 9 millions de vœux, qu’enseignants, chercheurs, vacataires, seront amenés à trier, départager, repousser dans d’autres facs, selon les places disponibles, ou reléguer dans une remise à niveau problématique. Ces vœux doivent être formulés dans des « fiches-avenir » ( !) comportant, pour chacune d’entre elles, notes, appréciations matière par matière, évaluation de la motivation de l’élève, de son autonomie, de sa méthode de travail, de son esprit d’initiative, de sa capacité à réussir dans la formation visée… Au boulot, les enseignants du secondaire et les conseils de classes pour la présélection ! Les élèves, et les parents anxieux, devaient s’y mettre avant le 13 mars ! Et, tout ça, sur la plate-forme virtuelle « Parcours Sup » pour y inscrire les 10 vœux et toutes les pièces accompagnatrices.

L’on vit, aussitôt, fleurir des sociétés privées comme « Tonavenir », proposant de faire ce travail fastidieux pour 560€ selon la « formule « publicitaire » Sérénité ( !) ». Bref, un nouveau marché s’est ouvert, l’industrie pharmaceutique vantant, pour sa part, les pilules miracles contre le stress !

L’affaire semblait dans le sac à malices de Blanquer jusqu’à ce que les enseignants et les étudiants s’en mêlent. Les enseignants du supérieur, face aux 9 millions de vœux (et pour chaque postulant-étudiant 10 vœux, 10 lettres de motivation, plus les dossiers rassemblant tous les bulletins de notes et d’appréciations) s’indignèrent : impossible d’évaluer réellement, guère envisageable de recourir à des algorithmes locaux, de se faire les censeurs des choix des élèves. 8 000 d’entre eux, par pétition, ont condamné « Parcours Sup » et décidé de boycotter ce dispositif. Une motion signée par des enseignants de Lille, Bordeaux, Paris I et Paris X, Aix-Marseille, Lyon, ont refusé de participer à ce classement. Le SNES-SUP FSU défend cette position. Une association « Sauvons l’université » demande des moyens pour garantir une place pour tous les bacheliers dans la formation de leur choix. Puis ce fut la mobilisation étudiante et l’occupation des facs en plein milieu de la mobilisation sociale. Et le ministre de brandir la menace de sanctions aux enseignants et la répression face à l’occupation de locaux universitaires.

Le projet macronien anglo-saxon

S’il est mis en œuvre, ce serait la fin du BAC comme référence commune ouvrant l’accès aux études universitaires au choix des étudiants. Cette déconstruction de la démocratisation du système scolaire entend favoriser la concurrence accrue entre disciplines, une hiérarchisation entre lycées et facs et sera assortie de suppression de postes… Qui plus est, la dérégulation du système éducatif, telle que prévue, devrait s’accompagner de la refonte des programmes, d’offres de formation réduites, et, pour les lycéens, d’un grand oral. Tout serait fait pour exclure les moins dotés en capital culturel et donc, de refouler les jeunes issus des classes populaires.

Déjà pointe l’augmentation des tarifs universitaires expérimentée dans les filières les plus sélectives. A l’université de Nice Sophia-Antipolis, l’AG des étudiants a bloqué le conseil d’administration. Ils protestent notamment contre l’instauration de nouveaux diplômes à 4 000 euros pour des cours en master de biologie (au lieu de 256€). « On est dans une logique de privatisation », l’administration prétend qu’elle est en grande difficulté financière et pointe la volonté du ministère de laisser les universités se financer toutes seules, progressivement.

Plus subversifs, les étudiants, occupant Science Po Paris, dénoncent le contenu des enseignements qui leur sont dispensés, véhiculant l’idéologie néo-libérale. « De nombreuses multinationales subventionnent notre école pour que soient vantées leurs pratiques d’exploitation des travailleurs, d’appropriation des ressources naturelles des pays du Sud, de violations des droits humains et de destruction de la planète… Notre école est pleine de modules visant à former les hauts fonctionnaires zélés du régime libéral et autoritaire ». Ils appellent à « faire de Sciences Po-Paris un lieu ouvert à tous les étudiants, chômeurs, précaires, salariés, exilés avec ou sans papiers, à briser ce temple de l’enseignement injuste, inégalitaire et élitiste que l’on essaie de nous imposer ». Serait-ce là un joli mois de mai en perspective ? (1)

Gérard Deneux, le 21 avril 2018

(1)   Communiqué « Sciences-Po entre dans la lutte » du 18 avril 2018

Lire l’article d’Annabel Allouch « Les étudiants livrés au marché de l’anxiété » le Monde Diplomatique avril 2018


Et si les Versaillais s’y mettaient ?

Etienne Pinte s’est fendu d’une tribune dans le Monde (11 avril). C’est le cri du cœur d’un Versaillais qui, après avoir été député RPR et UMP (1978-2012), maire de Versailles de 1995 à 2008, est devenu président du Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion. Sa découverte d’un monde qu’il ignorait l’amène à invoquer l’appel de l’abbé Pierre en 1954.

Et d’évoquer la situation dramatique dont il a dû longtemps ignorer l’existence : 3 millions d’enfants sous le seuil de pauvreté n’ayant pas accès à la cantine scolaire, à la protection maternelle et infantile, à la médecine scolaire et qui vivent en hôtels ou dans des bidonvilles. Et ces 54 % des jeunes dans les quartiers dits prioritaires qui souffrent d’un manque d’accès au savoir, dont 40 % sont privés de loisirs et encore 25 % de jeunes qui sont sans domicile fixe…

Et des chiffres, il en assène : 9.5 millions de Français reportent ou renoncent à des soins, dont 64 % sont des femmes. 4 millions de mal logés auxquels il faut ajouter 140 000 sans-abri. Et puis ces 12 millions qui souffrent de précarité énergétique. Quant aux étudiants on apprend que 50 % d’entre eux rencontrent des difficultés financières, qu’ils sont nombreux à fréquenter les restos du cœur et à se loger en habitats insalubres, à la merci des marchands de sommeil.

On rêve que tous entendent l’appel des étudiants Science-Po Paris et convergent dans la protestation subversive contre ce régime à la tête d’un pays qui se vante d’être la 6ème puissance mondiale.

GD le 21 avril 2018

Les mauvais comptes

Tant qu’il y aura des fraudes fiscales (80 milliards), des optimisations fiscales agressives, grâce à une non régulation et une législation laxiste et complaisante + le verrou de Bercy (60 milliards),

Tant qu’il y aura des fraudes aux cotisations sociales (25 milliards que les entreprises fraudent au fisc),

Tant que les amendes aux grandes surfaces non récupérées par Bercy (418 milliards, un quart de la dette publique),

Tant qu’il y aura des  niches fiscales concoctées pour les riches (90 milliards) et l’arnaque aux emprunts toxiques sur les collectivités locales (13 milliards),

Tant que l’Etat se privera des recettes légitimes qu’il ne veut pas prendre aux riches, faisant croire à la théorie du « ruissellement » (100 milliards),

Tant qu’on n’aura pas récupéré les 10% transférés du travail au bénéfice du capital (200 milliards par an),

Tant que les multinationales du CAC 40 ne paieront pas leurs impôts à égalité avec les PME,

Tant que les banques d’affaires ne seront pas dissociées des banques de dépôt (ce qui fait que la finance casino colossale atteint 100 fois le PIB de l’économie réelle),

Tant que tout cela continuera, toute politique économique et sociale, toute rhétorique capitaliste néo-libérale, toute énonciation de déficit et de dette publique (odieuse car 59% de la dette publique proviennent des cadeaux fiscaux et des taux d’intérêt excessifs), toute dénonciation de fraude sociale (la seule dont on parle dans les médias), toute proclamation d’assistanat et toute plainte de coût du travail et de marges insuffisantes, et bien sûr, toute casse du code du travail et de la protection des travailleurs et des retraités… etc… seront caduques, non prises en considération et combattues par le peuple volé et maltraité !!!

Ils peuvent bien faire ce qu’ils veulent, et enfumer les masses qui vont voter dans l’ignorance mais nous sommes de plus en plus nombreux, conscients de l’arnaque.

Et pour finir, avec la COP 21, ils rechignent à mobiliser 100 milliards de dollars (84 milliards d’euros) par an d’ici 2020 sur l’ensemble des pays ! Là je ne parle que de la France ! Imaginez…

Les riches détruisent la planète et le capital nous coûte très cher !

Alain Mouetaux