Rouges de colère car les classes populaires ne doivent pas payer la crise du capitalisme.



Verts de rage contre le productivisme qui détruit l’Homme et la planète.



Noirs d’espoir pour une société de justice sociale et d’égalité


lundi 28 juin 2021

 

Colombie. Resistencia popular

 

Cela fait presque 2 mois que la Colombie est secouée par une vague de protestation, de colère sociale de la population la plus précarisée. Ce pays compte 21 millions de pauvres (dont 7.5 millions de très pauvres), soit 45 % de la population. Les jeunes sont particulièrement touchés par le chômage : entre 2019 et 2020, les 18/28 ans sans emploi et sans diplôme (les NiNi) sont passés de 19 à 33 %.

Depuis le 28 avril 2021, le pays est au bord de l’explosion : les manifestations, marches et autres protestations n’ont cessé (elles ont rassemblé 5 millions de personnes), contestant les décisions du gouvernement ultralibéral qui, en retour, réprime, tue, blesse, comme il sait « si bien » le faire… Mais les révoltés affirment « ils nous ont tellement pris qu’ils nous ont même enlevé notre peur ». Les raisons de la révolte sont profondes. Comment les Colombiens peuvent-ils s’en sortir sans une force politique interne, permettant d’éliminer les nuisibles et leurs accointances et soutiens intéressés de la communauté dite internationale ?    

 

Que s’est-il passé le 28 avril ?

 

Des flots de manifestants sont descendus dans la rue des principales villes de Colombie, à l’appel du Comité national de grève, suite à la loi de « solidarité durable » ( !), en fait, une contre-réforme fiscale de l’ultra-libéral Duque qui consiste à piocher dans les poches des classes moyennes et  populaires, 6.3 milliards de dollars pour renflouer les caisses de l’Etat. L’élément déclencheur de la révolte est l’augmentation de  la TVA sur les produits de première nécessité,  passant de 5 % à 19 % et celle des taxes sur l’eau, le gaz et l’électricité. Ces mesures s’ajoutent à la contre-réforme de la santé et autres politiques publiques qui précarisent encore plus la vie des Colombiens des classes moyennes et pauvres.  

 

Face à ce soulèvement populaire, le 2 mai, Duque retirait la réforme fiscale contestée et le ministre géniteur du projet démissionnait. Mais la contestation s’est amplifiée. Au-delà des centrales syndicales et de divers mouvements sociaux, ce sont des travailleurs, des salariés, des étudiants, des organisations paysannes, la Minga indigène et surtout les jeunes précarisés des quartiers populaires qui organisent des marches, des manifestations, des fêtes malgré la répression du gouvernement… Du 28 avril au 6 mai, on a dénombré 13 tués, 47 victimes de blessures aux yeux, 234 victimes de violence physique, 22 victimes de violence sexuelle, 98  cas de coups de feu et 1 445 détentions arbitraireset 87 « disparus », de quoi inquiéter les familles, dans ce pays où l’on estime à au moins 80 582 les disparitions forcées durant les 40 dernières années de conflit entre les guérillas révolutionnaires, et notamment les FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie) et les gouvernements successifs..

 

Dans les rues l’Etat envoie la police, les Escadrons mobiles Antiémeutes (ESMAD), les forces militaires et des civils armés. En Colombie ce n’est pas nouveau, d’ailleurs l’ex-président Uribe (le mentor de Duque, dénommé « le sous-président ») a affirmé que les soldats et policiers ont le « droit d’utiliser des armes pour défendre leur intégrité contre l’action criminelle du terrorisme vandale ». (On croirait entendre du Luc Ferry !).

 

Les jeunes se sont placés en première ligne du mouvement. Cali, 3ème ville du pays, est devenue l’épicentre de la rébellion. Située à proximité des départements affectés par le conflit armé, Cali a accueilli des réfugiés internes, paysans misérables déplacés par la violence, des aventuriers. Elle compte près de 3 millions d’habitants et la plus grande population noire du pays. Cali est toute proche du port sur le Pacifique par lequel  entrent 60 % des marchandises ; les blocages ont donc conduit à l’envoi rapide des militaires, par l’Etat et les agro-industriels. Le maire écolo, dès le 2ème jour des manifestations, a demandé au gouvernement une assistance militaire. Défiant le pouvoir et les 3 500 militaires envoyés en renfort, ouvriers, travailleurs informels, femmes et étudiants défilent à n’en plus finir et organisent 21 « points de résistance ». Affrontements avec les forces de l’ordre : 36 morts à Cali (dans la cinquantaine sur l’ensemble du pays). Duque ne lésine pas sur les moyens : fusils de guerre, grenades et gaz lacrymo, mitraillage depuis des hélicoptères, unités militaires aéroportées pour encercler les quartiers…

 

Une « garde indigène », une sorte de police communautaire non armée, faite de 3 000 hommes et femmes de la Minga sont arrivés en renfort une semaine durant, pour protéger les jeunes souvent attaqués la nuit, dans les espaces autonomes et autogérés qu’ils ont constitués. Pour la première fois, une jeunesse noire et métisse issue des quartiers pauvres a manifesté.

 

Barrages, barricades citadines, entrave aux déplacements, paralysie des transports, des services et de l’activité économique, les difficultés d’approvisionnement provoquent le mécontentement des classes aisées. Des pratiques inquiétantes ont été relevées : appel lancé aux habitants de Cali pour qu’ils envoient l’emplacement des manifestants ; des groupes de policiers en civil pourchassent des manifestants et tirent à balle réelle ; appel à créer un front commun entre membres de la sécurité privée et police/armée ; des habitants d’un quartier chic Ciudad Jardin, tirent à balles réelles sur la foule issue des banlieues pauvres.

 

Tous ces évènements sont le résultat de 40 ans de paramilitarisme, d’un Etat instigateur de la violence, assassin de son peuple et des militants communautaires, politiques et sociaux, provoquant la haine de classe, le racisme. L’acharnement policier contre les manifestants est aussi une fuite en avant, en réaction à la chute de popularité de l’uribisme qui voit son élection de 2022 menacée.

 

La braise couvait sous la cendre.

 

En novembre 2019, dans un mouvement contre le néolibéralisme (au Chili, en Equateur, en Haïti) des protestations massives ont secoué la Colombie, à l’initiative des centrales ouvrières (CUT, CGT, CTC), contestant la politique économique, la privatisation des caisses de retraite, les réformes affectant le monde du travail ainsi que le sabotage des Accords de paix signés en 2016 par l’Etat avec les FARC, et les assassinats de dirigeants sociaux. Les étudiants qui réclamaient davantage de ressources pour l’éducation supérieure, vinrent en renfort. Plus d’un million de personnes s’étaient mobilisées dans les principales villes du pays. Duque fit intervenir les militaires pour rétablir l’ordre, le mouvement fut férocement réprimé : 27 morts, 22 000 arrestations, 3 649 blessés. Au mois d’octobre 2020, la vague d’explosion sociale déferla à nouveau, soutenue par quinze organisations indigènes, paysannes et afro-colombiennes ; 8 000 membres de la Minga indigène voulurent rencontrer Duque pour lui présenter leur demande d’un pays « plus démocratique, pacifique et égalitaire ». Il refusa de les recevoir.

 

Les motivations de mécontentement sont profondes et sont liées, également, à l’attitude cynique du gouvernement quant à la mise en œuvre des Accords de paix avec les FARC. Après 4 ans de négociation, la plus ancienne et importante guérilla du pays, signait, le 26 septembre 2016, un accord de paix, contenant six points principaux : réforme rurale intégrale, participation politique, fin du conflit, solution au problème des drogues illicites, réparations aux victimes : 13 511 guérilleros ont déposé les armes, ôté leurs bottes noires et quitté leur treillis. Depuis, le constat est implacable et la frustration terrible : emmenée par Uribe et son Centre démocratique, l’extrême droite a exercé une énorme pression pour torpiller les accords, travail de sape que Duque a parachevé. A la place de la paix, c’est un massacre quotidien qui s’exerce, au compte-gouttes, passant inaperçu au niveau international : 904 dirigeants sociaux et 276 ex-combattants des FARC revenus à la vie civile ont été assassinés depuis le 1er novembre 2016. Alors que les ex-guérilleros respectent leurs engagements, comparaissent et assument leurs responsabilités, les promesses du gouvernement se transforment en farce tragique.

 

Il en est ainsi pour le projet de réforme rurale promise : 3 millions d’hectares de terre devaient être attribués à près de 14 millions de paysans et 7 millions d’hectares de petites et moyennes propriétés devaient être régularisées. Fin 2020, pas un hectare n’a été remis aux paysans sans terre et seuls 10 554 ha avaient été régularisés sur l’objectif de 7 millions annoncés. Une poignée de propriétaires terriens continuent à posséder plus de 40 millions d’hectares, pratiquant l’élevage extensif du bétail et exploitant le palmier à huile, la canne à sucre et autres cultures industrielles.

 

L’ouverture, par ailleurs, en 1990, du marché national à la production agricole au Brésil, Chili, Chine ou Canada, fait baisser le prix des productions colombiennes. Pour survivre, des dizaines de milliers de familles cultivent la coca de manière illicite. Pourtant, figurait, à l’accord de paix, un programme national intégral de substitution des cultures d’usage illicite : 215 244 familles ont signé des accords collectifs de substitution volontaire de cultures illicites. Mais… seules 99 907 familles ont été intégrées au programme. Les 116 147 autres n’ont eu d’autre choix que de continuer à dépendre de la feuille de coca et de la pasta. Duque choisit alors l’éradication forcée en envoyant ses groupes mobiles accompagnés de militaires ou de policiers. Poussés par la misère, les paysans n’ont d’autre choix, pour survivre, que d’abattre des pans de forêt pour replanter la coca un peu plus loin. De 48 000 hectares en 2013, les cultures de coca sont passées à 212 000 fin 2019.

 

Les narcos (paramilitaires) eux se portent bien. Après la supposée démobilisation en 2006 de 13 000 hommes des Autodéfenses unies de Colombie AGC), responsables, avec d’autres groupes armés, de près 80 % des crimes commis contre les civils depuis le début des années 1980, des Bandes criminelles émergentes et groupes armés s’organisent. Ces structures criminelles sont directement impliquées dans la production et le transport de la cocaïne et agissent dans le champ politique. Les AGC ont été l’une des principales responsables de l’augmentation des assassinats sélectifs de dirigeants communautaires et sociaux, de militants politiques de gauche et de déplacements forcés de population.

 

S’ajoute à ça, la putréfaction à la tête du pouvoir : Uribe assigné à résidence, accusé de fraude procédurale et corruption, démissionne de son poste de sénateur en août 2020, évitant ainsi la Cour suprême de justice. Duque, le président, est embourbé dans le scandale dit de la Nenepolitique : les écoutes téléphoniques d’un narcotrafiquant suspecté d’homicide, mettent au jour l’achat de voix par Uribe et l’organisation d’une fraude électorale pour favoriser l’élection de Duque en 2018.

 

Entre 2002 et 2008, sous la présidence d’Uribe (et avec comme ministre de la défense le futur prix Nobel de la paix, Santos) ce sont 6 402 Colombiens qui ont été assassinés de sang-froid par l’armée, dans 29 des 32 départements du pays.

 

Toute cette histoire pèse dans la mémoire du peuple dont celle des jeunes qui, aujourd’hui se mobilisent malgré les répressions policières.  Cela peut-il mener à un réel changement ?   

 

Réactions de la communauté internationale

 

Seuls l’Argentine, le Venezuela et la Havane ont protesté. L’Union européenne, l’organisation des Etats américains se sont dits « préoccupés ». Le Haut-Commissaire des Nations-Unies aux droits de l’Homme s’est dit « alarmé ».

 

Côté Etats-Unis,  si le porte-paroles adjoint du département d’Etat « invitait les forces de police à faire preuve de retenue », le secrétaire d’Etat Blinken, lors de la 51ème conférence annuelle de Washington, a parlé des atteintes aux droits humains et du déficit démocratique au Venezuela, à Cuba, au Nicaragua, en Haïti … sans prononcer un mot sur la Colombie !! Biden ne souhaite aucune rupture avec la Colombie, pièce maîtresse de la politique étatsunienne en Amérique latine et dans les Caraïbes. Bogota est le premier récipiendaire d’aide militaire et l’un des principaux acheteurs d’équipements de combat américains sur le continent. La NSA (agence nationale de sécurité US) aide la Colombie (seul partenaire de l’OTAN en Amérique latine), pour les écoutes et l’espionnage. Biden affirme placer la démocratie et les droits humains au cœur de ses préoccupations mais ne s’interroge pas sur le sabordage systématique exercé par Duque sur les Accords de paix avec les FARC. Il faut dire que la Colombie a joué un rôle clef dans les différentes tentatives de renverser Maduro et qu’il compte bien convaincre les USA qu’il reste leur soutien indéfectible.

 

Sous les yeux de la « communauté internationale » se déploie une barbarie militariste, l’effondrement du prétendu « Etat de droit » et l’application du terrorisme d’Etat. Serait-ce l’impasse incontournable dans lequel le capitalisme ultralibéral conduit les peuples ? L’acharnement policier commandité par l’Etat colombien, est-il le signe de sa chute prochaine ?  Les dirigeants de droite (Changement radical et Parti libéral, n’avaient pas voté le texte de « réforme fiscale car c’était « la pire chose qui puisse arriver à la classe moyenne ». Les centristes et les Verts l’avaient rejeté. Même Uribe s’était prononcé contre. Ce mouvement populaire d’ampleur exceptionnelle annoncerait-il le crépuscule de l’uribisme et de son entourage mafieux ? Mais il n’entend pas lâcher le pouvoir facilement.

 

Ceux qui ont animé les blocages, les manifestations, sont des jeunes « marginalisés » par le néolibéralisme, privés d’accès à la santé, à l’éducation, au travail. Ils ne croient ni aux institutions, ni aux partis politiques. Ils s‘organisent d’en bas, dans les quartiers. Ce soulèvement a dépassé la représentativité traditionnelle des organisations syndicales. Que peut-il se passer ?  Démission de Duque ? Renforcement de la violence d’Etat ? Naissance d’un mouvement par en bas qui crée une assemblée constituante et populaire ? Pour l’heure, l’inquiétude des dirigeants communautaires est réelle : « on connaît les jeunes, on sait pourquoi ils sont dans la rue. On s’inquiète de savoir s’il y aura une sortie négociée, au moins avec les autorités locales parce qu’avec le gouvernement ça va être difficile. Qu’est-ce qui va leur arriver à ces jeunes ? On connaît l’histoire de notre pays ! ».

 

Même si des lueurs réapparaissent dans le ciel de certains pays d’Amérique latine (Brésil, Chili, Pérou…), l’Etat colombien n’hésite pas à assassiner son peuple.

 

Odile Mangeot, le 23 juin 2021

 

Sources : Mémoire des luttes de Maurice Lemoine, alencontre.org, le Monde Diplomatique juin 2021,  bastamag  

 

 

 

 

Effondrement ou transformation

 

La préoccupation angoissante de l’évolution du climat, le réchauffement de la planète et les dérèglements qu’il entraîne, vont questionner de plus en plus la nature des mobilisations populaires. Déjà Karl Marx, en son temps, avait insisté sur le fait que le capitalisme détruit l’Homme et la Nature. C’était bien avant la crise de 1929-30, les deux guerres mondiales, l’explosion des bombes atomiques, la guerre du Vietnam - où furent larguées trois fois plus de tonnes de bombes que pendant la période de 39-45, sans compter l’agent orange de Monsanto pour détruire la jungle sur la piste Ho Chi Minh... Ce qu’on a appelé les Trente Glorieuses furent également les Trente polluantes et, les années s’écoulant, il fallut se résoudre à tenir des conférences internationales, ces grands messes où on se lamentait que la maison brûle pour ne rien entreprendre ou presque. Les scientifiques du GIEC – Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat - ont annoncé à plusieurs reprises le cataclysme qui pourrait se produire si des mesures draconiennes n’étaient pas prises. Non seulement les constats sont accablants mais les prospectives, à court et moyen termes, sont catastrophiques. L’humanité peut-elle s’en sortir ?

 

1 – Des constats accablants

 

Depuis 150 ans, la grande accélération du capitalisme industriel, fondé sur l’extractivisme du charbon puis du pétrole, a prouvé son caractère néfaste. 100 millions de barils de pétrole par jour sont consommés, ce qui représente une colonne de 80 000 kms de haut. On annonce le fameux pic de Huber, qui limiterait l’extraction de pétrole, mais les solutions trouvées sont encore plus néfastes. On extrait désormais dans les sables bitumineux un pétrole de mauvaise qualité. On s’apprête à forer dans l’Arctique et le Groenland et l’on extrait du pétrole et du gaz de schiste, toutes méthodes plus catastrophiques les unes que les autres.

 

Dans le même temps, la surface des villes, le développement des métropoles, représentent chaque année 400 millions de m2. Paradoxalement, on assiste à la désertification des campagnes alors même que seul un quart des terres à l’échelle mondiale échappe aux activités humaines. En outre, la progression des inégalités provoque une empreinte écologique de plus en plus forte des 10 % les plus riches. Quant à la pollution, due notamment au rejet de CO2, elle tue environ 6 millions de personnes par an, principalement dans les pays pauvres et les lieux de développement industriel rapide. Le réchauffement climatique est désormais préoccupant pour 17 pays en situation de stress hydrique extrême, 27 autres pourraient bientôt manquer d’eau, soit 25 % de la population mondiale.

 

A l’été 2019, plus de 11 milliards de tonnes de glace ont fondu au Groenland. La montée des océans menace désormais les côtes. On annonce déjà une acidification des océans, résorbant leur capacité à absorber le CO2. Chaque année, ce sont 80 000 kms de forêts qui disparaissent. Leur exploitation outrancière dans des secteurs, lieux d’habitat des animaux sauvages, favorise la transmission des virus inconnus à l’homme, source probable de la pandémie actuelle. Il paraît évident que la politique menée par Bolsonaro, au Brésil, va encore restreindre la capacité de l’Amazonie à demeurer l’un des « poumons » de la planète. Que dire, par ailleurs, de la pêche industrielle qui consomme 19 milliards de kwh en parcourant 468 millions de kms/an. Ce constat de 2016 va s’aggravant et prive les pécheurs artisanaux, notamment dans les pays pauvres, de moyens de survivre.   

 

On assisterait à la 6ème extinction massive de l’histoire de la Terre : en 40 ans, plus de 400 millions d’oiseaux européens ont disparu, et plus de 3 milliards aux USA. Depuis 1990, le nombre d’insectes volants a chuté de 80 % rien qu’en Allemagne. Sur la planète, 70 % des oiseaux ont disparu et 90 % des hirondelles. Il n’y a pas lieu de s’étonner que sur les parebrises des voitures, on ne s’échine plus à se débarrasser des insectes qui y seraient collés puisque 40 à 80 % ont disparu.

 

Bref, la vie sur terre est en péril : les  humains qui ne représentent que 0.01 % des créatures vivantes ont causé 83 % des pertes animales depuis le début de la civilisation.

 

2 – Prospectives catastrophiques

 

Le capitalisme vert peut-il nous sauver ? En fait, quand une transformation s’opère, par exemple, par le recours moindre à l’extraction du charbon, on assiste au renforcement de l’utilisation des énergies entre elles : le charbon continue à être exploité, et pétrole et gaz s’y ajoutent et on utilise même de l’énergie verte pour en extraire encore plus. Ainsi, les panneaux solaires sont désormais utilisés pour injecter de l’eau chaude dans les sites pétroliers pour fluidifier le pétrole et en extraire, donc, davantage. Dans le même esprit, on envisage de créer des machines qui seraient capables de pomper du CO2 dans l’atmosphère pour le réinjecter et le stocker dans des galeries souterraines. Ces savants un peu fous se sont quand même aperçu que dans ces conditions on consommerait encore plus d’énergie et donc de pétrole. Dans le même temps, des entreprises raclent les océans pour en extraire les microbilles de plastique et tenter de nous prémunir des perturbateurs endocriniens qui saturent la chaîne alimentaire en empoisonnant les poissons.

 

Bref, ces exemples montrent que les écosystèmes ne peuvent se régénérer d’eux-mêmes que dans le temps long. Le mode de production capitaliste fondé sur la concurrence et l’accumulation des profits, tout comme les techniques utilisées, ne sont pas une solution « durable ».     

 

Les prévisions du GIEC sont des plus alarmantes. L’évolution des mesures prises lors des grands-messes médiatiques ne sont pas suffisantes pour éviter le pire des scénarios, soit une augmentation de 4 à 6° à la fin de ce siècle. Avec 4° de plus, l’Europe du Sud serait gagnée par le désert.

 

Il n’est pas étonnant qu’un certain nombre de scientifiques parlent d’un effondrement possible de l’humanité. En fait, ce qui est sûr c’est bien la perte de maîtrise de l’ensemble des oligarchies qui se profile : le système va devenir de plus en plus chaotique entraînant des durcissements autoritaires pour se maintenir.

 

3 – Perspectives incertaines

 

Le dérèglement climatique, c’est non seulement l’augmentation de la température jusqu’à des extrêmes de 46 à 50 °, la fonte des glaciers, y compris au Pôle nord, mais aussi des pluies intenses et brèves, provoquant des inondations et des éboulements de terrain. On va donc assister, dans les années à venir, à l’accélération des migrations, à l’aggravation de la pauvreté et au développement de famines. Dans certains pays, la population va décliner ; les pouvoirs en place pourraient recourir, face aux révoltes, à des répressions de plus en plus sanglantes, à la guerre. Déjà la course aux armements a repris, y compris dans l’espace, les « marchands de canons » et leurs VRP s’en réjouissent…

 

Il va de soi que, dans ces conditions, l’écologie candide promue par certains, n’est que de la bobologie qui ne ralentira en rien les réactions d’extrême droite qui progresseront sur ce terreau. En fait, il semble bien que la conscience critique retarde sur l’évolution alarmante de la situation. Les régimes dits démocratiques, issus du capitalisme, ne sont pas en mesure de trouver des solutions pour l’humanité.

 

Le capitalisme financiarisé, mondialisé, a développé les inégalités de manière exponentielle. Il a, de fait, organisé des systèmes hiérarchisés, où l’oligarchie capitaliste règne en maître. La crise de 2007-2008 a déjà démontré que les classes régnantes sont prêtes à tout pour conserver leurs privilèges, y compris en appauvrissant les peuples qu’ils sont censés représenter : on a déjà eu un avant-goût avec la suppression des services publics, le chômage, la mise en cause des conquis sociaux, comme les retraites, le droit du travail…

 

Il semble nécessaire que les formations sociales doivent s’organiser autrement, par en bas, pour changer de régime politique et instaurer des sociétés égalitaires et de sobriété énergétique. C’est tout le mode de production et d’échanges qu’il faut radicalement changer. Cette révolution sociale, écologique, énergétique ne peut se conjuguer avec les inégalités qui contredisent le principe de liberté. La liberté des plus puissants c’est la liberté du renard dans le poulailler. La légalité du système capitaliste, dans son mode de représentativité, doit être mise en cause pour y faire prédominer la légitimité de la lutte et de nouveaux modes d’organisation.

 

Il n’y a pas d’autres alternatives entre, d’une part, le chaos, et d’autre part, la révolution sociale, seule capable de s’opposer à la fascisation des régimes en place.

 

Reste qu’il faudra bien s’interroger et résoudre la contradiction entre les énormes métropoles et les campagnes pour faire prévaloir une économie agricole et industrieuse, au plus près des populations concernées.

 

Il sera bientôt minuit en ce siècle. Si rien n’est entrepris, afin d’éviter que le dernier qui s’en sortira soit contraint d’éteindre la lumière de l’Humanité. La planète nous survivra. Piètre consolation…

 

Gérard Deneux, le 24 juin 2021        

 

sources :

GIEC

Aurélien Barrau, auteur de Le plus grand défi de l’histoire de l’humanité

Gaël Giraud, économiste, à écouter sur youtube, sur Blast « Cataclysme économique mondial et chômage de masse » ou encore conférence à HEC « Quelles solutions économiques face à l’urgence climatique ? »  

 

encart

Inefficacité des milliards dépensés pour verdir l’économie

 

Prime à la casse, taux réduits de TVA, MaPrimeRénov… Entre 2012 et 2021, la France a dépensé 200 milliards € en matière de rénovation des bâtiments, mobilité et production d’énergie bas-carbone. Cette montagne d’argent a-t-elle produit de véritables effets sur le climat ? Ça ne saute pas aux yeux ! Dans le logement par ex, l’empilement des mesures fiscales a une efficacité plus que discutable et engendre plutôt des effets d’aubaine. Les aides ont même eu un effet négatif, comme l’installation de pompes à chaleur air-air avec une consommation électrique toute l’année au lieu des seuls mois d’hiver… Et que dire des aides aux véhicules hybrides pour lesquels les niveaux réels d’émission sont jusqu’à 4 fois supérieurs à ceux mesurés lors des tests protocolaires ?

L’efficacité de la fiscalité verte est d’autant plus réduite que, dans le même temps, les dépenses fiscales défavorables au climat ne faiblissent pas ; elles représentaient encore plus de 16 milliards €/an en 2019 contre 14 milliards en 2012. Résultat : la France est largement au-dessus de ses objectifs en matière de budget-carbone et a même revu à la hausse le budget 2019-2023 avec 422 millions de tonnes d’équivalent CO2 par an au lieu des 398 millions prévus à l’origine.

Rapport du cabinet 14CE, paru sur https://korii.slate.fr/ le 25.06.2021

 

 

Nous avons lu

Le plus grand défi de l’histoire de l’humanité

Face à la catastrophe écologique et sociale

 

Les disparitions d’espèces ont été multipliées par 100 depuis le début du 20ème siècle. Cet immense édifice, dont chacun de nous est membre, est déjà en train de s’écrouler. Cette « disparition de la vie » est un crime de masse global perpétré en toute impunité. L’auteur illustre ces affirmations par des chiffres alarmants. Que faire ? Consommer moins constitue la clef d’un avenir possible pour éviter le « crash » du système « planète Terre ». Cette décroissance doit-elle être une initiative individuelle ou une décision politique ? Certes, migrer vers une alimentation végétarienne, par ex, serait très bénéfique pour l’écologie mais la responsabilité individuelle ne suffit pas. Alors, imposer la décroissance ? S’il est temps d’inclure les impératifs écologiques dans le bien commun, il n’est pas question d’instaurer une dictature verte mais de se donner les moyens pour éviter le pire. Il faut aborder les mesures urgentes (révision du modèle agricole, relocalisation de l’économie, lutte contre l’évasion fiscale, politique économique solidaire avec un partage des richesses…) car, au-delà des « rustines » une évolution plus révolutionnaire est nécessaire. Le néolibéralisme n’est pas compatible avec une écologie  authentique. La mutation écologique et sociale n’est pas une question de morale mais une question de choix. Mais, si la prise de conscience progresse par en bas,  il reste encore nombre d’opposants à la transition écologique. Il faut donc combattre les « négateurs » ceux qui affirment qu’il n’y a pas de crise majeure ou qui pensent que c’est réversible. Il est important de ne pas dépolitiser le combat écologique car le problème est systémique et la réponse doit être systémique : envisager une refonte politique radicale redéfinissant le sens même du Commun. OM

Aurélien Barrau, ed Michel Lafon, 2020, 9€