Rouges de colère car les classes populaires ne doivent pas payer la crise du capitalisme.



Verts de rage contre le productivisme qui détruit l’Homme et la planète.



Noirs d’espoir pour une société de justice sociale et d’égalité


vendredi 24 août 2012

9ème Foire Eco-bio à LURE (70) 7-8-9 Septembre

 9ème Foire Eco-bio à LURE (70)
 TERRES, les Amis de l’Emancipation Sociale,
Les Amis du Monde Diplomatique Nord Franche-Comté,
vous proposent  débats et rencontres 

Vendredi 7 septembre 2012
au cinéma Méliès à 20h30 (5.50€)
 Gasland 

 Le gaz de schiste, une alternative de ressource énergétique sans danger ? Venez voir la réalité quotidienne des habitants aux Etats-Unis, proches des forages et des réservoirs de gaz de schiste, filmée par Josh Fox. Il est vital que nous nous interrogions sur les risques et la dangerosité des procédés pour extraire, exploiter le gaz de schiste.  


Samedi 8 septembre 2012
Centre culturel François Mitterrand -auditorium (entrée gratuite) à 16h30
Conférence-débat sur le thème
Pouvons-nous vivre sans pétrole ?
en présence de Matthieu AUZANNEAU
journaliste indépendant – spécialiste du « début de la fin du pétrole »

Faute de réserves suffisantes encore exploitables, les extractions du pétrole ne pourront plus étancher la soif d’énergie toujours plus grande de l’économie de croissance du monde « moderne ». Les nouveaux champs se situent dans des zones toujours plus inaccessibles et leur taille est bien inférieure au volume annuel nécessaire de nos sociétés énergivores. Alors, le pétrole va manquer ? Des alternatives sont-elles possibles ou serons-nous, demain, engagés dans de nouveaux  conflits pour s’accaparer les réserves restantes ? Venez en débattre.  


Dimanche 9 septembre 2012
Centre Culturel François Mitterrand- auditorium (entrée gratuite) à 16h
Conférence-débat sur le thème
Notre santé condamnée
 par l’exigence de rentabilité ?
 en présence de Frédéric PIERRU
sociologue – chercheur au CNRS – collaborateur de la revue Savoir/Agir
co-auteur du « Manifeste pour une santé égalitaire et solidaire »

Notre système de santé solidaire est bien malade. La privatisation rampante qui lui est appliquée depuis plus de 20 ans l’a fragilisé par des remèdes répétés : diminution des remboursements, fermeture des hôpitaux de proximité, restriction de personnels de santé, et, parallèlement autorisation des dépassements d’honoraires, acceptation de déserts médicaux, etc. Allons-nous laisser faire ? Nombreux sont ceux qui prônent l’autre remède pour reconstruire un système de santé égalitaire et solidaire. Venez en débattre.  
Débat co-organisé avec le Comité de vigilance pour la défense des hôpitaux et maternités de proximité

Contacts : Odile-Mangeot@wanadoo.fr  ou Gérard Deneux 03 84 30 21 06

lundi 20 août 2012

Etat espagnol: d’actions «symboliques» à un mouvement plus massif?

Par Bernard Fischer
«Dans ce moment de crise, lorsqu’ils exproprient le peuple, nous voulons exproprier les expropriateurs, c’est-à-dire les grands propriétaires terriens, les banques et les grands magasins qui se font de l’argent en pleine crise économique.» Cette déclaration, Juan Manuel Sanchez Gordillo, maire de la bourgade de Marinaleda (Andalousie), animateur du Syndicat Andalou des Travailleurs (SAT), l’a faite le mardi 7 août 2012 (El Paìs – Andalucia). Cette affirmation principielle faisait suite à l’entrée de membres du SAT dans deux supermarchés, l’un à Ecija (Séville) et l’autre à Arcos de la Frontera (Cadix). On ne peut que souligner le peu d’enthousiasme initial face à cette action d’élus d’Izquierda Unida (IU), dont Sanchez Gordillo est membre et député. IU participe au gouvernement de la région autonome d’Andalousie aux côtés du PSOE.
Les travailleurs membres du SAT ont rempli quelques caddies avec des aliments de base: huile, sucre, riz, pâtes, lait et quelques légumes. Le secrétaire général du SAT, Diego Canamero, a insisté lors de l’expropriation à Arcos (chaîne Carrefour) que les travailleurs agricoles journaliers «ne prendraient ni chocolat, ni yogourt, ni dessert». Ils ont remis ces marchandises à une ONG.
Les dirigeants de la chaîne Mercadona à Ecija ont dénoncé les travailleurs pour agression et vol d’aliments. Par contre, à Arcos, la direction du supermarché a accepté que le contenu des caddies remplis d’aliments pour une valeur estimée à 1000 euros soit remis aux services sociaux locaux. Ces deux expropriations ont été faites sans violence.
Les membres du SAT, depuis fin juillet 2012, avaient aussi organisé l’occupation d’une grande propriété qui appartient à l’armée (Las Turquillas, près de la ville sévillane de Osuna). Le 10 août, la Guardia Civil a obligé les travailleurs à quitter cette propriété de 1200 hectares, dont l’essentiel n’est pas cultivé.
Les membres du SAT revendiquaient que «ces terres publiques soient mises en vente pour que les coopératives puissent les acquérir, alors qu’elles ne sont pas cultivées». Ce type d’action traduit à la fois la profondeur de la crise sociale en Andalousie et la volonté initiale d’une réponse concrète, sous forme d’action directe.
La politique répressive s’est immédiatement déchaînée: «l’Etat de droit» du Royaume d’Espagne ne protège pas les épargnants qui sont volés par les banques, mais, par contre, engagent des poursuites et des arrestations pour ceux accusés de mener «des attaques» contre les supermarchés. Face à ce qui apparaît si injuste, des dizaines de personnes (El Paìs, 16 août 2012) se sont déclarées, auprès du ministère de l’Intérieur, coresponsables de ces expropriations.
Les réactions des gouvernants traduisent la volonté de réprimer toute forme de désobéissance civile pacifique, d’autant plus si elle touche à la propriété privée. Parmi ceux qui ont lancé le mouvement de coresponsabilité, se trouve José Coy, un des animateurs de la Plate-forme des personnes affectées par les hypothèques (PAH) à Murcia. Il a déclaré: «Des gens ont faim alors que l’on jette de la nourriture [des invendus]. Il y a 517 expulsions quotidiennes de logements, alors qu’il existe 6 millions de logements vides. Voilà la vraie cruauté.» (El Paìs, 16 août 2012) D’ailleurs les occupations de logements vides se multiplient.
C’est cette effervescence sociale que veut étouffer dans l’œuf le ministère de l’Intérieur du Royaume d’Espagne. Pour cela, il propose de durcir le Code pénal à ce propos (El Paìs, 8 avril 2012). Nous publions ci-dessous un compte rendu de ces derniers événements.
(Rédaction A l’Encontre)

*****
Tentative de synthèse des derniers événements
Des denrées «expropriées» ont été distribuées chez les familles d’un immeuble occupé. Mercredi, trois des chariots de nourriture récupéré dans le supermarché d’Écija ont été distribués par le SAT parmi les trente-six familles d’un immeuble occupé de Séville.«Aujourd’hui, j’ai fait des boulettes de viande», raconte une mère de famille et serveuse au chômage à un journaliste. Les sacs contenaient des pois chiches, des lentilles, du sucre, de l’huile, du lait, du riz…
Les trente-six familles sans-domicile (cent dix-huit personnes au total, dont trente-six enfants) qui occupent depuis plusieurs mois un immeuble d’appartements, propriété d’un promoteur immobilier en faillite à Séville se sont réparti le contenu de trois chariots remplis de produits de première nécessité que leur ont apporté les militants du SAT, suite à l’action d’«expropriation» de la veille dans un supermarché Mercadona.
Cette okupa appelée Corrala de Vecinas la Utopia est constituée de familles ouvrières au chômage du quartier de la Macarena, qui pour la plupart ont perdu leurs logements et ont été expulsées pour avoir cessé de payer le loyer ou le prêt hypothécaire. Une grande partie d’entre elles ne perçoit aucune allocation, d’autres, des aides ponctuelles ne dépassant pas trois cents euros…
Réponse répressive de l’Etat espagnol
Dès qu’a été connue la nouvelle de ces actions menées dans deux supermarchés d’Andalousie, le ministre de l’Intérieur du gouvernement de l’Etat espagnol, Jorge Fernández Díaz, a réagi en déclarant qu’il avait donné l’ordre d’arrêter toutes les personnes ayant participé à ce «vol». Qualifiant cette action d’«intolérable», il a déclaré:«Nous sommes tous conscients que ça va mal pour les gens, mais la fin ne justifie pas les moyens», en ajoutant qu’il ne permettrait «en aucun cas» que la loi soit violée, car sinon «ce serait la loi de la jungle».
Ce à quoi ont répondu rapidement, dans un communiqué publié sur leur site Internet, les familles de l’okupa Corrala de Vecinas la Utopia déclarant que «nous voulons préciser à Monsieur Fernández Díaz que la Loi de la Jungle est déjà en vigueur dans notre société, car on ne peut expliquer autrement que des centaines de familles soient pratiquement expulsées chaque jour de leur logement par des établissements bancaires qui ont, en plus, reçu de grandes quantités d’aides publiques».
Le même jour, le ministre en question a rappelé que le gouvernement allait durcir la loi en ce qui concerne l’ordre public, notamment en introduisant le délit de «résistance passive» à l’autorité, ce qui permet de poursuivre pénalement toute personne qui manifeste, y compris les plus «pacifiques» puisque ce sont elles qui sont visées. L’information n’est pas nouvelle. Elle remonte au printemps dernier, mais qu’elle ressorte maintenant participe du climat répressif que les dirigeants politiques entendent instaurer.
Alors que jusque-là les actions du SAT étaient passées sous silence par les médias, c’est maintenant l’exact opposé. La droite, la gauche, les éditorialistes de la presse (comme El País, centre-gauche) se déchaînent contre les actions illégales-injustifiables-dans-un-État-de-droit, préjudiciables à «l’image de l’Andalousie et de l’Espagne à l’étranger» et visant rien de moins qu’à «attaquer l’État de droit» selon une députée andalouse du PP. Un journaliste du quotidien ABC (droite) s’est même lâché : «J’espère que c’est la dernière fois que j’interroge un élu qui vole dans les supermarchés […]. C’est un acte répréhensible à cent pour cent!»
Les premières arrestations
Mercredi soir, 8 août, deux militants du SAT ont été arrêtés sur ordre du ministre espagnol de l’Intérieur. Les deux détenus, l’un de Hornachuelos (province de Córdoba) et l’autre de Cuevas de San Marcos (Málaga), ont refusé de répondre aux interrogatoires lorsqu’ils ont été transférés au commissariat. Le lendemain matin, jeudi 9 août, ces deux militants ont été présentés devant la justice. Ils ont de nouveau refusé de répondre des faits qui leur sont reprochés. Ils ont été mis en examen pour «vol avec violence» et«désordre public» puis remis en liberté dans la journée de jeudi avec interdiction de s’approcher à moins de trois cent mètres de supermarchés.
Gauche et droite unies contre les actions d’expropriation
Si la droite se déchaîne contre le syndicat andalou, la gauche n’est pas en reste.
Le PSOE a déclaré que les actions menées par le SAT étaient des actes de «sauvagerie.»Le vice-secrétaire général du PSOE d’Andalousie, Mario Jiménez a déclaré qu’elles révélaient de la «théâtralité populiste». Il a ajouté que les détentions étaient tout à fait normales dès lors que les lois n’étaient plus respectées car «celui qui commet une illégalité doit rendre compte de cette illégalité devant la justice». Il s’est félicité de la position «raisonnable» du mouvement Izquierda Unida (Gauche Unie) avec lequel il gouverne la Junte d’Andalousie, qui s’est publiquement désolidarisée de ces actions.
Le fait que José Manuel Sánchez Gordillo, militant historique du Sindicato de Obreros del Campo-SAT, maire de Marinaleda soit aussi député de Izquierda Unida au Parlement andalou ajoute à la polémique et à la confusion. Accusé d’être un meneur de ces«attaques» contre des supermarchés, alors qu’il a pris soin de ne pas participer directement à l’opération tout en étant présent et solidaire, la droite en profite pour demander à Izquierda Unida de prendre des mesures contre lui. Le secrétaire à l’organisation du PSOE, Óscar López, est tout à fait d’accord avec cela et a assuré ce vendredi que «la loi est la même pour tous, y compris pour les représentants politiques» et que ces derniers, quels qu’ils soient, méritaient d’être poursuivis. IU a déclaré, sous couvert d’anonymat comme on dit, que Gordillo était maintenant «hors de contrôle.»
Sánchez Gordillo et son mouvement politique, le Colectivo de Unidad de los Trabajadores (CUT), fait partie d’Izquierda Unida Andalousie, mais est en opposition avec la ligne majoritaire de participation au gouvernement autonome avec le PSOE.
Cinq autres détenus
Le vendredi 10 août, on apprenait l’arrestation de cinq nouvelles personnes, effectuées soit la veille, soit dans la matinée, identifiées par la police comme ayant pris part aux actions dans les supermarchés de Carrefour (près de Cadix) et Mercadona (Écija, province de Séville). Parmi eux se trouve le secrétaire à l’organisation du SAT, José Caballero, ainsi qu’un militant de Grenade et trois de Jaén. Quant à Sánchez Gordillo, qui ne peut pas être arrêté en sa qualité d’élu, il a le 10 août, dans sa mairie de Marinaleda, une citation à comparaître «dans les plus brefs délais» devant un juge d’instruction du tribunal d’Écija.
Pour l’instant, le bilan de la répression est de sept personnes poursuivies pénalement.
Premières actions de solidarité
A Grenade, une trentaine de personnes (parmi lesquelles Juan Pinilla, auteur-compositeur interprète de flamenco très connu au-delà de la région) ont remis aux autorités un document qu’ils ont signé et dans lequel ils s’auto-accusent d’être complices et instigateurs intellectuels des attaques contre les supermarchés. Le secrétaire local du SAT, Francisco Cabrerizo, a réaffirmé qu’il s’agissait qu’une «expropriation symbolique» de produits de première nécessité et a critiqué la manière dont se font les arrestations, pendant la nuit, rappelant d’autres époques, pendant que les vrais voleurs, qui détournent des milliards, ne sont pas inquiétés.
De son côté, Sánchez Gordillo a déclaré que ce n’était pas un vol mais une «soustraction» d’un montant représentant «moins d’un dix millionième des profits» que réalise Mercadona.
Cette chaîne de supermarché est en effet connue pour les multiples conflits sociaux relatifs aux conditions d’exploitation, au harcèlement, aux agressions et à la répression contre les travailleurs qui se battent et les syndicalistes combatifs (notamment de la CNT dans nombre de magasins au cours des dernières années) et dont le propriétaire, Juan Roig, est devenu l’une des principales fortunes du pays.
En 2006, le plus important conflit du secteur de la grande distribution s’est déroulé dans le Centre logistique de Mercadona pour tout le nord-est de la péninsule, à Sant Sadurní d’Anoia (Catalogne), conflit où la CNT en a été à l’origine (licenciement de 3 délégués) et où ce syndicat anarcho-syndicaliste a joué un rôle primordial dans le déclenchement de la grève, son animation et la solidarité avec le mouvement.
C’est le même Roig qui avait déclaré il y a peu que la seule façon d’«en finir avec la crise» était de «travailler comme les Chinois» (sic!).
Le chanteur Juan Pinilla, en remettant la lettre collective d’auto-accusation à la sous-délégation du gouvernement de Grenade a improvisé devant les soutiens et les médias présents une copla d’un fandango fort à propos, dont voici les paroles: «Me lo roban y me lo prenden / al que roba pa comer / me lo roban y me lo prenden / y quien roba mucho miles /no lo encuentran ni los duendes / ni tampoco los civiles» (ce qui donne à peu près ceci: «Ils me le volent et me le prennent / celui qui vole pour manger / ils me le volent et me le prennent / et celui qui vole des milliers de fois plus / ne le trouvent ni les duendes [lutins] / ni les (gardes) civils»).
Expulsion de la finca de Las Turquillas
L’offensive répressive s’étend à la dernière occupation menée par le SAT, celle de Las Turquillas, propriété de l’armée. A 6 heures du matin, les forces de police en nombre (une centaine d’agents, dix-sept véhicules) sont intervenues avec un «ordre strict d’expulsion.» Les membres du SAT, parmi lesquels se trouvent Sánchez Gordillo ont demandé que l’évacuation «soit pacifique et sans incidents» et que la police laisse les occupants démonter le camp et récupérer leurs affaires. A 8 heures, la police poursuivait les contrôles d’identité.
«Nous avons démonté le campement et nous sortons de la propriété, parce que l’affrontement avec la Garde Civile n’était pas l’objectif. Ce qui est clair par contre, c’est que nous allons de nouveau occuper la propriété», a déclaré Sánchez Gordillo à la Radio Nationale Espagnole. De son côté, Diego Cañamero, le leader du SAT, a déclaré exactement la même chose à d’autres organes de presse.
Dans la matinée, plus de trois cents personnes, la plupart en provenance de Marinaleda, se sont déplacées avec «leur» maire à Las Turquillas pour dénoncer l’expulsion et soutenir l’occupation.
Une des personnes arrêtées dans le cadre des poursuites pour l’action des supermarchés a été arrêtée lors du contrôle d’identité.
La suite
La vague répressive n’est sans doute pas terminée. Et de ce côté-là, c’est l’inconnu. D’autant que le PP étudie la possibilité de porter plainte contre le SAT pour avoir, sur son site Internet, soi-disant détourné le logo du parti de droite en l’accolant avec une croix gammée. Le dessin a été enlevé du site («pour ne pas favoriser la stratégie répressive et de criminalisation du parti du gouvernement») et remplacé par une photo où l’on voit ensemble le dictateur Franco et Fraga Iribarne, fondateur du PP.
Le maire de Marinaleda a appelé le gouvernement à prendre des mesures visant à «obliger les chaînes de supermarchés à donner à la Croix-Rouge ou à Caritas les produits alimentaires avant qu’ils aient atteint leur date de péremption, afin qu’ils soient livrés aux familles qui n’ont aucuns moyens de subsistance»- Faute de quoi, de nouvelles opérations dans les supermarchés auront lieu.
Le SAT a confirmé et précisé son projet de marche qui partira le 16 août de Jodar, la localité andalouse qui détient le record absolu du taux de chômage [qui est un haut lieu des luttes des travailleurs agricoles], et se dirigera vers Jaén, la capitale provinciale de ce village.
Suite à la première réaction à Grenade, les sections locales du SAT sont appelées à convoquer des assemblées et à prendre des initiatives.
Les actions directes de désobéissance, de réappropriation, d’auto-réduction [imposer la baisse d’un prix ou ne pas payer un péage ou encore refuser de payer un loyer «exagéré»], ont tendance à se multiplier dans tout le pays, même si la presse n’en parle pas, même si cela reste encore des actions isolées les unes des autres, ponctuelles et généralement de l’ordre du symbolique.
Il y a quelques semaines, le 6 juin dernier, une «assemblée des chômeurs et chômeuses» de Ferrol, organisée autour du syndicat indépendantiste galicien CIG [Confederación Intersindical Galega] avait mené une action dans un supermarché de la ville. Quelques caddies pleins avaient été présentés aux caisses et les chômeurs avaient fait mine de vouloir payer en présentant leur carte de demandeurs d’emploi. La police avait été appelée rapidement et s’est contentée de vérifier les identités. Là aussi, action symbolique. Ils avaient déclaré vouloir les remettre à une association délivrant des repas aux personnes sans ressources de la ville.
Plus important est le mouvement de refus de payer les péages autoroutiers. A l’instar du mouvement « Je ne paie pas » de Grèce, il existe un mouvement de ce type en Catalogne en train de se développer, tandis que certaines professions visées par les coupes budgétaires (fonctionnaires, pompiers…) se mettent aussi à lever les barrières…
Entre l’occultation totale et la soudaine diabolisation et criminalisation de ces actions, il est clair que les politiques de droite et de gauche qui se partagent les pouvoirs institutionnels, les «grands» syndicats UGT-CCOO (que l’on n’entend même pas protester hypocritement contre la répression) et la presse du régime, craignent surtout le développement de ces pratiques de désobéissance collective, d’expropriation et de réappropriation, leur banalisation et légitimation grandissante, et que du «symbolique» de plus en plus de gens décident de passer à un mode d’action plus «réel» quant aux objectifs…

mardi 7 août 2012

Un capitalisme en voie de putréfaction ?

Un capitalisme en voie de putréfaction ?

En examinant la presse quotidienne du 15 au 23 juillet, l’on découvre quelques perles malodorantes pourvu qu’on les compile. Elles ne font ni la une des journaux télévisés, ni l’objet des commentaires autorisés des journalistes de connivence. Et pourtant, l’arnaque au Libor et à l’Euribor est de taille ! Mais pourquoi donc ces révélations tardives alors même que cette affaire est connue depuis 2008 ? Au vu d’autres spéculations, prévarications, l’entreprise dite de moralisation du capitalisme semble insurmontable tant sont nombreux les parasites qui gangrènent le système. Et si ce n’était que son cours normal ? Pire, il semblerait que les parangons de vertu  soient les plus cyniques. A New York et ailleurs, la léthargie des masses manipulées semble dater d’une autre époque. Pour ceux, lucides mais fatalistes ou apathiques devant l’ampleur de la crise et de ses conséquences, cet article souhaiterait transformer leur aigreur en volonté de combattre ce monde de rapine.

1 – Le décor

Commençons par l’arnaque au Libor et à l’Euribor et par les définitions qui s’imposent pour en comprendre l’ampleur.

Afin que les banques se prêtent entre elles, avec la confiance des plus mesurées qu’elles s’octroient, un  taux de référence interbancaire est établi par la City de Londres. A partir des estimations déclaratives basées sur la confiance… une agence financière les compile et fixe une moyenne permettant aux établissements financiers de se situer les uns par rapport aux autres. C’est le Libor. En fait, il vaudrait mieux en parler au pluriel dans la mesure où les taux du Libor portent sur 10 devises différentes et, pour chacune d’entre elles, sur des durées de prêts s’étalant d’un jour à 12 mois et sur des transactions se montant à des millions de milliards de dollars. A ce stade, l’on commence à mesurer l’ampleur du casino et sa vulnérabilité à la manipulation. Surtout en période de crise financière où la suspicion est de mise et nombreuses les raisons de maquiller les taux déclaratifs pour apparaître en bonne santé. Puisque l’on se prend soi-même la température, il vaut mieux manipuler le thermomètre pour qu’il n’indique jamais la fièvre au risque d’être mis en faillite, voire nationalisé. Car tout le système est sur les dents : plus le Libor est élevé, plus les banques sont craintives et ont tendance à fermer le robinet du crédit. En d’autres termes, le Libor comme l’Euribor sont en quelque sorte le baromètre mesurant la nervosité du système financier, tiraillé qu’il est aujourd’hui, bien plus qu’hier, entre l’insatiable appât du gain et la frayeur de perdre.

2 – L’arnaque

Le 6 juillet dernier, l’office britannique de lutte contre la délinquance financière s’est décidé (enfin ?) à ouvrir une enquête pénale. Et l’on apprend ainsi que les taux interbancaires ont été manipulés avec la complicité de la banque centrale d’Angleterre. Les banquiers voleurs vont-ils se retrouver derrière les barreaux ? Pourquoi avoir attendu 2012 pour une arnaque qui aurait débuté en 2008, en pleine crise financière ?

Avant de tenter de répondre à ces questions, il convient de revenir sur la genèse de l’affaire qui a éclaté en 2008. Comme l’indique Paul Jorion[1], «personne ne s’en soucie», «la presse fut laconique», «elle n’avait provoqué qu’un froncement de sourcils». Et maintenant, une fronde médiatique sans précédent et le chancelier de l’Echiquier qui s’indigne : «les faits révélés sont symptomatiques d’un système financier qui a élevé la cupidité par-dessus toute autre considération et a mis notre économie à genoux». Diantre ! Presque 4 ans pour s’en apercevoir ! Paul Jorion attribue ces révélations tardives à la colère de ceux d’en bas qui, depuis l’affaire Murdoch[2], n’en peuvent plus de la corruption qui règne dans les cercles dirigeants à l’arrogance insupportable et qui, finalement, ont cessé de croire à la mondialisation heureuse.

Mais, en fait, ne s’agissait-il pas de peccadilles ? Pour la banque Barclays, la seule à coopérer pour l’instant avec les autorités, la seule à n’avoir pas bénéficié du renflouement par le gouvernement britannique, l’une des seules à ne pas avoir été nationalisée[3], bien qu’au vu de sa fragilité, le gouvernement y songeait, il s’agissait ni plus ni moins que d’occulter sa mauvaise santé pour pouvoir bénéficier des taux interbancaires avantageux en déclarant des taux moins élevés qu’en réalité. N’a-t-elle pas admis avoir commis ces «vols d’intérêts» à répétition des centaines de fois ? Certes, des milliers d’emprunteurs ont été soumis à des taux d’intérêt faussés, mais, stupeur, l’on découvre que bien d’autres établissements financiers sont impliqués dans les mêmes combines juteuses : la Royal Bank of Scotland, la Lloyds Bank, la Deutsche Bank, les américaines City Group, JP Morgan et même la Suisse UBS. La gangrène est partout. Et cette escroquerie consistant à truquer les taux d’intérêt sur des produits financiers d’une valeur (excusez du peu !) de 450 000 milliards de dollars aurait rapporté aux fraudeurs 22 milliards de dollars et fait perdre 11 milliards à 11 banques. L’Euribor[4] aurait été manipulé de la même manière et des traders organisés en réseau, installés dans des banques concurrentes, auraient participé à la goinfrerie générale en spéculant sur les différences de taux dont ils connaissaient les manipulations. Evidemment, les dirigeants des banques n’ont rien vu, la hiérarchie était aveugle, les superviseurs regardaient ailleurs, les initiés infiltrés seraient donc les seuls fautifs ! A voir, car la voyoucratie en col blanc est désormais empêtrée dans ces scandales.

3 – Règlement de comptes à OK Banco ?

Suite à l’apparition du scandale Barclays, trois des plus hauts dirigeants de cette banque ont démissionné. Le plus gradé de ces bancocrates, Bob Diamond, celui qui déclarait, plein de morgue et de suffisance en 2011 que «la période des remords et des excuses des banques est terminée», se trouve désormais sur le banc des accusés. Grand seigneur, il est parti avec 2,5 millions de dollars et l’escroc généreux de déclarer qu’il renonçait à ses 31 millions de bonus équivalents à 12 mois de son salaire… Lui qui se croyait quitte,  le voila trahi par ses coups de téléphone au n° 2 de la Banque Centrale d’Angleterre Paul Turker. Et pourtant, qu’en langage codé cela fut dit : «Il n’est pas toujours nécessaire que (votre) banque affiche des taux aussi élevés». Bref, c’était un feu vert pour truquer les taux à la baisse. A celui qui déclarait ne rien savoir de l’arnaque, la vieille règle consistant à « ne pas affranchir les caves», n’avait servi à rien. Quant à l’autre, son comparse, chargé de réguler, de moraliser les marchés, il était pris la main dans le sac. On ne sait (pas encore) ce que lui valut ce feu vert ( !) et jusqu’où remonte la connivence… Devant les parlementaires, sommés de s’expliquer, Bob Diamond et son collaborateur Del Rissier se sont écharpés. Ce dernier a craché le morceau : «M. Diamond m’a dit qu’il y avait des pressions politiques autour de la santé de Barclays et que nous devions déclarer un taux plus bas», «c’était une instruction». D’où venait-elle ? Faut-il remonter jusqu’au 1er Ministre Cameron ? Arrogant, mais se disant inquiet, Bob Diamond a fait le mal pour un bien, a-t-il expliqué «La banque mal en point devait payer des taux plus chers que ses concurrents pour se financer auprès du marché interbancaire». Comprenez «si ça se voit», «les marchés vont couler Barclays». «Fallait sauver la banque» cette poule censée pondre des œufs d’or pour les gardiens du temple assurant la domination de l’oligarchie financière. Quel rôle jouaient ces gens et que risquaient-ils ?

4 - La pourriture, laboratoire de la vie ?

Comparer ce qu’en disait Karl Marx avec les propos tenus par les financiers qui désertent Wall Street clandestinement pour rejoindre le camp des Indignés états-uniens[5] est révélateur. Commençons par citer l’illustre barbu[6] : ce sont des parasites qui exploitent la séparation entre l’acheteur et le vendeur, entre les producteurs (salariés) et les consommateurs au moyen de transactions fictives avant l’échange définitif. Ces rapaces sont des «fanatiques de l’accumulation». Ils font partie de «ces gens exclusivement occupés à manger le travail d’autrui sous forme de rente foncière, d’intérêts, de dividendes, etc.». Dans l’histoire de l’exploitation humaine «la pourriture, comme dans la nature, est le laboratoire de la vie».

Que disent d’autre ces déserteurs de la finance qui, clandestinement, tentent avec les Indignés d’Occupy Wall Street, de créer une banque éthique, «l’Alternative banking» ? «Les banquiers sont devenus des prédateurs, des parasites». «Ils sont capables du pire» en particulier «des campagnes de calomnies» pour nous descendre. «Tous les pouvoirs et toutes les richesses sont confisqués par une petite élite». «Tout est permis : start-up fantômes, patrons surpayés, blanchiment d’argent». «La finance récompense en priorité des psychopathes asociaux». « Ce sont des requins qui exploitent les populations précaires ». Mais enfin, le Marché ? «C’est un gros tas de fric confisqué par quelques individus». Diantre ! N’y aurait-il pas quelques exagérations dans ces propos que l’on croirait sortis de la bouche d’un bolchevik ?

5 – La gangrène en expansion

Eh non ! La réalité dépasse toujours les esprits les plus imaginatifs. La gangrène s’est en fait diffusée dans toutes les hautes sphères de l’économie capitaliste sans que l’on ne voit poindre ne serait-ce que l’once d’un remède efficace employé pour stopper la contagion. La rapacité et la certitude de l’impunité semblent bien être les deux mamelles du système en crise. Des exemples, il y en a à foison.

JP Morgan avait été compromise, hier, dans la manipulation du marché de l’énergie en Californie et dans le Midwest. N’est-elle pas blanchie aujourd’hui ? Ses pertes spéculatives (dans la crise de 2007-2008) de 5,6 milliards de dollars n’ont-elles pas été compensées ? Alors que maintenant la Deutsche Bank et 20 autres établissements financiers soient impliqués dans la manipulation du Libor et de l’Euribor et qu’une enquête soit ouverte n’est guère pour nous rassurer. D’ailleurs, comme pour en excuser l’énormité, comme pour banaliser ces prédations, la presse états-unienne de déclarer : «la divulgation d’informations confidentielles par les banques au profit de clients privilégiés ou de fonds spéculatifs est une pratique répandue». Bref, l’argent va à l’argent ! Et, en cette période de crise, il n’y pas de petits gains qui ne fassent les grandes fortunes. Ainsi les fournisseurs de cartes bancaires US, visa, mastercard et les grandes banques n’ont pas hésité à «surcharger» les frais de leurs clients, les ponctionnant sans vergogne sur toutes leurs transactions. Pour éviter tout procès malencontreux, cette escroquerie a été négociée. Bah ! Une amende de 7 milliards de dollars, qu’est-ce ?

Dans le même esprit, l’on nous assure que la banque britannique HSBC est sur le point de parvenir à un accord avec le gouvernement fédéral US sur le montant de l’amende à verser pour éviter toutes poursuites pour blanchiment d’argent issu du trafic de drogue. Ce qui est fâcheux en l’espèce, c’est désormais la connaissance que le public commence à avoir de ces affaires qui, toutes, laissent transparaître un cynisme pour le moins déconcertant face à la démesure des révélations : 7  milliards de dollars de placements financiers issus du trafic de drogue, une paille ! Juré, le patron d’HSBC, Paul Thurstor, la main sur le cœur, l’a promis, sa banque va fermer les comptes de sa filiale mexicaine réfugiée dans les îles Caïmans.

Alors, que dire des 28 000 transactions douteuses alimentant des réseaux terroristes, des échanges illégaux avec l’Iran ? David Bagley, le responsable de ces transactions internationales a démissionné et, auditionné par le Sénat américain n’a-t-il pas déclaré, ingénu, qu’il s’agissait là «de défaillances d’envergure» et donc que «le moment est venu (pour lui) que quelqu’un d’autre soit le patron des transactions». Bref, en des termes plus crus, démerdez-vous, je m’en lave les mains d’autant que le Crédit Suisse, ABN, Amro, la Lloyds ont connu les mêmes «défaillances». Aux dernières nouvelles, tout ce beau monde serait prêt à aligner le montant d’une amende d’un milliard de dollars que verseraient leurs établissements financiers. Car l’Etat fédéral ne veut que sa part de racket, pas question de condamnation pénale, d’ailleurs aucun banquier ne s’est jusqu’ici retrouvé à l’ombre. Rapacité et impunité semblent bien être les deux mamelles des spoliateurs. Mais, n’y aurait-il pas dans cette arène de crabes, des hommes vertueux ?  

6 – Des professeurs de vertu impuissants, aveugles ou corrompus ?

Obama n’a-t-il pas déclaré qu’il allait discipliner les «fats cats» (les rapaces) ? Un rapport de 3 200 pages et nombre de mesures à prendre en ce sens et, qui plus est, aboutissant à la loi Dadd Frank, ce n’est pas rien ! Las ! Elle est promulguée depuis 2 ans mais reste … inappliquée. La toute puissance des lobbys de Wall Street nous dit-on ! Et notre aimable Michel Barnier, lui, le Commissaire européen chargé de scruter la moralité du marché intérieur, il n’a rien vu des manipulations du Libor et de l’Euribor. Le 9 juillet dernier, il déclarait encore ne pas savoir si les banques françaises étaient impliquées. Certes, certains lui sauront gré de s’être écrié «C’est une trahison» et se rassureront de savoir que ses services vont conduire «une étude sur plusieurs mois sur les indices des marchés afin d’examiner s’il est opportun de les placer (éventuellement !) sous la tutelle des régulateurs».  Mais, que faisaient-ils jusqu’ici pour être aveugles à ce point ? Des expertises pour mesurer les efforts accomplis par les Etats membres en matière de lutte contre le blanchiment d’argent sale et de financement du terrorisme[7] ? D’ailleurs, l’organisme européen spécialiste nous rassure : le Vatican vient d’être sorti de la liste des Etats sans foi ni loi. Mais «il peut toutefois mieux faire» disent les inspecteurs. On ne sait s’ils ont pu examiner le bien acquis de son patrimoine estimé à 5 milliards d’euros, encore moins s’ils ont pu pénétrer dans le donjon qui, au sein de la cité papale, à l’abri d’un mur de 6 mètres d’épaisseur, abrite 33 404 comptes secrets détenus officiellement par des prélats et différents ordres religieux. Ce dont on est sûr, en revanche, c’est qu’ils n’ont guère apprécié la nouvelle qui plombe la sérénité de leur analyse : la justice italienne vient en effet de saisir 22 millions d’euros de fonds secrets provenant de la Banque du Pape. Précipitamment, en toute urgence, le conseil d’administration des cardinaux qui la gère, s’est réuni pour licencier son banquier en chef, Ettore Gatti Fedeschi. Mal lui en prit, futé, l’ex homme de confiance papale pour qui l’on avait confectionné une image d’incorruptible, a placé des documents confidentiels en lieu sûr, déclarant : «Si on me retrouve  mort, c’est là qu’il faudra chercher le nom de mon assassin». La morale catholique est impitoyable depuis l’ère des bûchers ! Et nous, qui avions cru que c’en était fini depuis la fin des années de plomb (70-80) avec les montages scabreux abritant les comptes anonymes de la maffia et de la loge maçonnique P2 !

Quitte à y revenir, on vous fera grâce de l’opulence corruptrice qui règne parmi les gardiens des lieux saints de l’islam[8]. Les pétro-monarques ont de telles flatulences à jets continus qu’il vaut mieux s’en tenir à distance. Pour l’heure, mieux vaut s’intéresser à un personnage hors du commun, un mormon, se présentant entouré de toute sa famille, comme un parangon de vertu.

7 – Mitt Rommey, le candidat hors norme des spéculateurs

En termes euphémisés, ce fut (!) un spécialiste de la prise de participation dans des entreprises «cibles», celles qui sont en difficultés et appellent à l’aide. Depuis 1983, à la tête d’un fonds spéculatif, Bain Capital, il a su développer vis-à-vis de celles qui demandent du cash, une logique flamboyante de vautour. Il les dépouille jusque mort s’ensuive. De 1984 à 1999, son fonds spéculatif rapportait des rendements aux actionnaires de 88% l’an, loin des performances mirobolantes de 10 à 14% généralement pratiquées. Dans ce monde déréglementé, quoi de plus simple ! La recette : 1) On apporte du cash en participation dans ces «canards boiteux». 2) On surendette ces entreprises en leur faisant miroiter que ces investissements vont les relancer. 3) Les bénéfices de ces entreprises servent à rembourser l’emprunt souscrit par Bain Capital (son apport en cash). 4) On facture des honoraires, des commissions, des frais exceptionnels… 5) On dissimule tous ces apports dans un paradis fiscal pour éviter l’impôt. 6) On a le choix entre la City de Londres, le Luxembourg, les îles Caïmans, Jersey ou les Bermudes. 7) On convertit ces sommes en actions de l’entreprise pour en devenir propriétaire. 8) Ces actions rapportent des dividendes aux actionnaires. 9) L’entreprise une fois dépouillée, on la liquide.   

Ainsi fut faite la fortune de Mitt Rommey, un seul petit exemple franco-français : la fabrique de valises Samsonite et ses 200 salariés au chôme-dû. Après l’avoir coulé selon la méthode signalée et avoir acquis les brevets de fabrication, Bain Capital a ouvert une usine en Inde et utilisé les moules de fabrication française délocalisés. Estimation du pactole engrangé lors de cette opération de «sauvetage» : 50 millions de dollars. La morale ne dit pas si à cette occasion les larrons ont invoqué le coût du travail en France.

Mitt Rommey fut (!) aussi un spécialiste de l’évasion fiscale pour lui-même et ses clients. Les îles Caïmans ont sa préférence car, là-bas, le secret de l’identité de ceux qui y placent leurs avoirs est réputé pour être le mieux gardé. Désormais, candidat à la présidentielle états-unienne, il  n’aurait gardé pour lui-même que la gestion de 12 fonds spéculatifs sur les 138 sis aux îles Caïmans, laissant prospérer les autres au profit de Bain Capital. Il serait associé à des personnalités hors du commun, des oligarques russes et… à Benjamin Netanyahou. Sa dernière conquête est plus sulfureuse. Sheldon Adelion, l’empereur des jeux de Las Vegas et de Macao, 3ème fortune américaine, 13ème mondiale, du lourd ! Ce mécène pour l’aider dans sa campagne de propagande n’a pas hésité à lui signer deux chèques de 10 millions de dollars chacun, sans compter les contributions non divulguées, prétend le journaliste Sylvain Cypel. Fâcheux, le licenciement de l’un de ses associés qui vient de porter plainte contre lui, pour complicité avec le crime organisé à Macao et son organisation d’un réseau de prostitution au sein de ses hôtels de luxe.

8 – Appauvrissement généralisé ou (et) faillites en cascades

Toute cette pourriture n’est en fait qu’un symptôme d’un monde au bord de l’implosion. Sa logique de reproduction, celle de la «destruction créatrice» peut, sur les ruines, se permettre de se refaire. A  moins que l’appauvrissement généralisé, la précarité galopante lui opposent une autre logique, celle de l’affrontement des producteurs salariés au capital prévaricateur. Pour l’heure, l’on n’en voit que de timides prémisses et l’horizon de cette orgie d’accumulation est bien sombre. Si l’on en croit Martin Wolf, économiste, le recours massif au crédit[9] et à ses intérêts qu’accumulent les vautours de la finance est catastrophique. La dette privée aux USA est passée de 112% du PIB en 1976 à 296% en 2008. La grande affaire, selon lui, reste le désendettement du secteur privé, y compris des banquiers qui doivent se débarrasser des crédits pourris. Il n’entrevoit que deux solutions : la planche à billets à laquelle recourt de plus en plus la FED et demain la BCE, ce qui, immanquablement, produira «encore et encore» l’accroissement de l’endettement des Etats car, de fait, il s’agira, toujours et encore, de recapitaliser les banques. Il restera aux contribuables d’en assumer les frais en attendant une hypothétique embellie. L’autre solution, c’est de laisser faire, ce qui suscitera une cascade de faillites, la dépression. Toujours autant optimiste, cet économiste prétend «qu’une vague de crises souveraines et bancaires (est envisageable) en Europe». «Elle culminera dans le rétablissement des contrôles de changes et la désintégration de la zone euro».

Tous ces accapareurs qui trônent aujourd’hui sur des montagnes de dollars pourraient bien connaître demain des déconvenues fracassantes. Comme le souligne Karl Marx, le capital en jachère qui ne passe pas par le cycle de production n’a aucune valeur. Telle est la signification des crédits pourris. La surproduction immobilière, ces constructions qui ne se vendent pas, qui n’ont aucune valeur d’usage, ce n’est que de la destruction de capital qui, pour se régénérer, doit encore et encore exploiter la force de travail et diminuer d’autant le salaire socialisé. Jusqu’à quand ? «Dans toute cette affaire de spéculation, chacun sait que la débâcle viendra un jour, mais chacun espère qu’elle emportera son voisin après qu’il aura lui-même recueilli la pluie d’or au passage et l’aura mise en lieu sûr. Après moi, le déluge»[10]

Gérard Deneux – le 25 juillet 2012

Mieux vaut être un banquier voleur qu’un voleur de banque…

Notre République est exemplaire pour les petits malfrats, et bonne pour les grands escrocs en costume trois pièces. Le reportage de Florence Aubenas[11] sur l‘itinéraire de Philippe El Schannawy est éloquent. C’est l’histoire d’un petit franco-égyptien abandonné par ses parents à l’âge de 15 ans. Sans ressources, avec ses copains, il braque les banques et, même trois fois la même agence, c’est leur passion. Ce petit voyou, pour 6 millions de francs dérobés, écope de la perpétuité, dans les années 70, sans que l’on ne lui reproche aucun crime de sang. Pour avoir à plusieurs reprises ridiculisé la police et les banquiers, on lui inflige une peine d’élimination et le titre de Détenu Particulièrement Signalé (DPS). En 1990, on lui accorde la conditionnelle, lui qui, en prison accumule des diplômes, «une culture hors du commun», en profite pour se faire la belle. Un an et demi après il est de nouveau arrêté en possession de quelques cartes de crédits volées. Mis à l’isolement, déplacé les chaînes au pied de prison en prison (28 en 20 ans !), il s’obstine à demander une machine à écrire, fait la grève de la faim, subit 8 fouilles par jour, craque. Il est jeté en psychiatrie pendant 5 ans. Il s’en échappe en 2004 pour ne pas finir en légume. Il est repris 11 mois plus tard et écope du minimum, 2 ans de plus. Le Parquet, dans sa soif de justice, fait appel. Les deux deviennent 16. Il devrait être libéré en 2032 sans avoir attenté à la vie de qui que ce soit. Depuis 2 mois, il est en grève de la faim, il a perdu 17 kilos. La mort est sa dernière liberté.

On rêve de voir tous les banquiers voleurs subir les mêmes peines.

GD



[1] Dans un article du Monde du 17 juillet. Economiste et anthropologue, il a écrit un livre prémonitoire «La crise du capitalisme américain» édition la Découverte
[2] Magnat de la presse poubelle britannique impliqué dans des écoutes, chantages, corruption de la police, etc.
[3] Cinq banques ont été nationalisées afin que les contribuables les renflouent : la Northern Rock, Halifax Bank, la Lloyds, Royal Bank et Brandford et Bingley : coût de l’opération = 160 milliards d’euros
[4] Euribor. Le taux interbancaire est calculé de manière similaire au Libor. Il ne concerne que la zone euro. Il est établi sur la base d’un panel de 57 banques.
[5] Lire l’article-reportage d’Yves Eudes dans le Monde du 14/15 juillet 2012
[6] Le Capital tome 2 – éditions sociales p. 126
[7] Source article de Pierre Ridet le Monde du 20 juillet
[8] Lire «Or noir, Maison Blanche» de Robert Baer – édition Folio  
[9] Son éditorial reproduit dans le Monde du 17 juillet. C’est un partisan du système qui déplore ses avanies et son irrationalité.
[10] Le Capital – tome 1 – éditions sociales p. 264
[11] Le Monde du 17 juillet 2012