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Verts de rage contre le productivisme qui détruit l’Homme et la planète.



Noirs d’espoir pour une société de justice sociale et d’égalité


mardi 8 novembre 2022

 

Fragmentation européenne

 

(éditorial de PES n° 87)

 

Christine Lagarde avait affirmé qu’il fallait l’éviter ; elle est en passe de se réaliser, non pas seulement sous l’effet de l’augmentation des taux d’emprunt et de l’inflation, mais face aux retombées de la crise énergétique qui secoue toute l’Union européenne. En fait, cette fragmentation était déjà potentiellement inscrite dans les fondements mêmes de cette construction paraétatique. La vision néolibérale, mettant en concurrence sociale et fiscale les Etats, repose sur l’acceptabilité des populations face à ce qu’on leur impose pour « rester compétitif » : baisse des prestations sociales, coupes dans les services publics, précarité…

 

Brutalement, le seuil de tolérance fut atteint. Avec les décisions prises suite à l’invasion de l’Ukraine par la Russie, les sanctions et mesures de rétorsion, l’Allemagne, tout particulièrement, ne pouvait plus compter sur l’énergie bon marché. Qui plus est, avec le zéro covid en Chine, les exportations d’automobiles et de machines-outils se sont taries, les excédents commerciaux ont fondu. Et Scholz, le chancelier allemand, de se précipiter pour être prochainement reçu par Maître Xi dans l’Empire du milieu.

 

Mais les raisons profondes de la « germanophobie » qui gagne toute l’Europe sont ailleurs. Que l’Allemagne fasse cavalier seul, semblant jeter aux oubliettes les fondements de l’Europe, c’est inconcevable : annoncer 200 milliards pour atténuer, pour les seuls Allemands, les effets de la hausse du gaz et de l’électricité, pour « aider son industrie », sans concertation, afin de « ne pas fâcher son industrie chimique (BASF) », c’est de la distorsion de concurrence. De même, 65 milliards versés sous forme de chèques à 2 millions d’Allemands, les plus modestes, c’est de l’égoïsme national ! Prévoir un plan de 100 milliards pour la modernisation de l’armée allemande en achetant du matériel et des armes étatsuniens et israéliens, ce serait de la trahison ! Le mythe du couple franco-allemand explose. Macron ne décolère pas face à l’abandon programmé du projet d’avion et de char du futur.

 

Les dirigeants des autres pays européens sont également fâchés : Pologne, Estonie, disent niet au diktat de Berlin et en appellent à la solidarité européenne du pays le plus riche !

 

En fait, dans nombre d’Etats, tout comme en Allemagne, c’est la panique. Alors ? Finies, les minauderies d’avant l’invasion russe où le couple-moteur de l’UE s’entendait pour prétendre conjointement que la production de déchets nucléaires et la consommation de gaz russe étaient écologiques ?

 

La brouille semble consommée et l’histoire profonde des deux pays refait surface. Mais ce sont des moribonds qui surgissent : la France toujours occupée à défendre son pré-carré néocolonial en Afrique qui part en lambeaux, l’Allemagne qui rêve de trouver son espace vital à l’Est, celui d’une main d’œuvre bon marché, qualifiée, de la sous-traitance généralisée, inaugurée depuis les années 1990 sous Helmut Kohl…


Peine perdue, cette fuite en avant, déjà dans les tuyaux avec l’extension de l’OTAN et de l’UE profite dès lors au grand frère états-unien.

 

Le rêve germanique de la Mitteleuropa, de l’Allemagne-pivot, se heurte aux Etats baltes, scandinaves et d’Europe centrale. Ils n’acceptent plus ni la suprématie allemande, ni les prétentions françaises. Les égoïsmes nationaux et l’engouement transatlantique semblent prévaloir. On assiste désormais, après le Brexit, à la fragmentation et à la dilution de l’Union européenne. La volonté pour y faire obstacle semble faire défaut.

 

GD le 2.11.2022